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Marché : Avec plus de 30 milliards d'euros, Lionel Jospin a été le chef de gouvernement qui a le plus privatisé d'entreprises, introduisant Air France et France Télécom en Bourse

Aujourd'hui à 15:33
Lionel Jospin

(BFM Bourse) - Lionel Jospin est mort ce week-end à l’âge de 88 ans. Premier ministre sous Chirac entre 1997 et 2022, l’ancien cadre du Parti socialiste a été le chef d'orchestre d’une vague de privatisations pendant son mandat, la plus importante en montant pour un gouvernement. Parmi ces privatisations figurent les emblématiques, France Télécom, Air France ou Thomson-CSF.

Alors que la France se rendait aux urnes pour le second tour des élections municipales, Lionel Jospin s'est éteint dimanche 22 mars 2026 à l’âge de 88 ans. Cette figure du Parti socialiste a occupé de nombreuses fonctions pendant sa longue carrière politique. Candidat malheureux aux élections présidentielles de 1995 et 2002, il a notamment été le Premier ministre de Jacques Chirac entre 1997 et 2002, dans un gouvernement de cohabitation.

Pendant cette cohabitation, le gouvernement de Lionel Jospin a été à l’origine de nombreuses avancées sociales telles que l’instauration des 35 heures, la Couverture maladie universelle (CMU) ou le Pacs. Ce gouvernement a aussi été paradoxalement celui qui a été le plus actif en matière de privatisations totales ou partielles d’entreprises publiques, en montant avec un total de 31 milliards d’euros.

Bien plus que le précédent gouvernement Balladur (1993-1997) pourtant étiqueté à droite de l’échiquier politique et qui était à la manœuvre d’une vingtaine de privatisations, ayant rapporté 22 milliards d’euros, rappelle Bercy dans un rapport consacré aux privatisations à l’échelle mondiale.

Une vague de privatisations en Europe et dans le monde

Cette vague de privatisations sous l'ère du gouvernement Jospin avait pour origine les engagements pris antérieurement par Paris vis-à-vis de la Commission européenne dans le contexte de la restructuration de certains groupes accompagnée d’aides de l’État.

Rappelons qu’une privatisation s’entend comme une cession par l’État d’une participation qu’il détient dans une entreprise et ce quel que soit le pourcentage du capital cédé. En France, Bercy a distingué huit périodes depuis le lancement du premier programme de privatisations en 1986. Ce mouvement n’est pas propre à la France, les privatisations ont pris de l’ampleur au niveau mondial dans les années 1980 pour atteindre un pic en 2000, précise ce même rapport rédigé par Bercy.

En Europe, les privatisations ont connu une très forte croissance à la fin des années 1990, atteignant un pic de revenus en 1998 en raison d'un certain nombre d'offres publiques importantes dans des secteurs "stratégiques", tels que l'Eni (pétrole) en Italie et Endesa (électricité) en Espagne, ou du secteur des télécommunications, rappelle ce document.

France Télécom : Une privatisation très lucrative

Parmi ces privatisations les plus emblématiques, celle de France Télécom, l'opérateur historique des télécommunications en France effective en 1997. L'ouverture du capital de France Télécom était dans les cartons bien avant...

En juin 1993, la Commission Européenne avait fixé au 1er janvier 1998 l'ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence. En amont de cette date butoir, la loi Fillon de 1996 a transformé France Télécom en une "entreprise nationale" à capitaux majoritairement détenus par l’État. Dans un entretien au journal Les Echos le lundi 9 septembre 1996, son président Michel Bon déclarait "L'ouverture du capital de France Télécom est possible dès la mi-avril 1997", rappelait un rapport d'information du Sénat déposé en 2002.

La dissolution de l'Assemblée nationale en février 1997 et le changement de majorité qui s'en suivit à gauche semblaient condamner à jamais cette perspective d'ouverture du capital.

Pendant la campagne des élections législatives, le 18 mars 1997, Lionel Jospin avait déclaré que France Télécom sera "renationalisée" en cas de victoire de la gauche. Quelques mois plus tard, en septembre 1997, le gouvernement Jospin fait volte-face. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Économie, des finances et de l'industrie, et Christian Pierret, secrétaire d’État à l'industrie, ont annoncé "l'ouverture rapide du capital de France Télécom, la cotation [en Bourse] devant permettre à l'entreprise de disposer à brève échéance d'une valeur de marché lui permettant de se comparer à ses partenaires et à ses concurrents".

Et en octobre 1997, une première tranche représentant 23,2% du capital de France Télécom est mise sur le marché, au prix de 182 francs soit environ 28 euros par action. Près de 4 millions (3,9 millions) de personnes ont souscrit des actions de France Télécom, soit le nombre le plus important jamais enregistré à l'occasion d'une introduction en bourse ou d'une privatisation, souligne le rapport d'information du Sénat.

Le montant des recettes brutes de cette première tranche de privatisation s'est élevé, pour l'État, à 42,6 milliards de francs (6,5 milliards d'euros).

Une deuxième opération d'ouverture du capital de France Télécom a été lancée en novembre 1998, avec une cession par l’État de près de 100 millions d'actions. Cette deuxième opération de cession, opération boursière la plus importante enregistrée jusqu'alors sur la place de Paris, a permis de lever au total 59 milliards de francs et a rapporté à l'État 35,7 milliards de francs, détaille le Sénat.

Une troisième vague d'ouverture a eu lieu à l'occasion du rachat opérateur britannique baptisé Orange fin 2000, pour la somme faramineuse de 40 milliards d'euros, avant de le fusionner avec ses activités mobiles (Itinéris, OLA et Mobicarte) puis de prendre son nom à partir du 1er juillet 2013. L’opérateur, toujours présent au sein du CAC 40, vaut désormais 45 milliards d’euros (dix-neuvième capitalisation de l’indice phare).

Air France sur la piste de la Bourse

Deux ans plus tard, soit en 1999, une partie du capital d'un fleuron de l’industrie française a aussi été introduite en Bourse. Il s'agit de celui d'Air France, qui n'avait pas encore le nom de la compagnie néerlandaise KLM accolé au sien. Cette privatisation était là aussi dans les tuyaux du gouvernement Balladur, avant d'être relancée par l'équipe Jospin. Air France sortait d'une grave crise en 1993, et de 1994 à 1997, ses comptes étaient dans le rouge chaque année.

"La compagnie est publique, hautement symbolique, mais privée de tout effet de monopole. Elle est en concurrence absolue dans tous les aspects de son activité. Elle est trop petite pour se maintenir seule. Elle ne survivra qu'en s'alliant et en fusionnant avec d'autres, dans les dures règles du jeu actuel. Ce qui veut dire qu'elle doit avoir les mêmes structures et les mêmes règles de fonctionnement que ses partenaires", expliquait Michel Rocard, membre du bureau national du PS, le 11 septembre 1997 dans une interview accordée au journal "L'Express" et retranscrite dans Vie Publique, un site d'actualité géré par la Direction de l'information légale et administrative.

En janvier 1999, Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement des transports et du logement, alors communiste, avait défendu ce projet de privatisation partielle de la compagnie aérienne, dans une interview accordée à Europe 1, là aussi retranscrite par Vie Publique.

À la question posée par l'iconique journaliste politique Jean-Pierre Elkabbach "Un ministre communiste d'un gouvernement de gauche ouvre le capital d'Air France et s'en réjouit. Si on vous l'avez dit !", Jean-Claude Gayssot avait rétorqué qu'il fallait "se débarrasser de positions étroites et quelquefois étatiques que nous avons eues, en particulier dans ce domaine". "Lorsque c'est nécessaire, il ne s'agit pas de rester figés sur des dogmes. Il faut voir ce qui est le plus utile, non seulement à l'activité économique, mais également au progrès social" avait-il poursuivi.

Cette ouverture du capital d'Air France a été le théâtre d'un conflit ouvert entre Jean-Claude Gayssot et Christian Blanc, le dirigeant de la compagnie aérienne qui était partisan d'une privatisation plus large. La démission de Christian Blanc a scellé le projet d'une ouverture, donc partielle d'Air France.

En février 1999, l’État a donc lancé la privatisation partielle d'Air France dans laquelle il prévoyait de réduire progressivement sa participation à près de 55%. La même année, Air France noua un partenariat transatlantique stratégique avec la compagnie américaine Delta Airlines qui donnera naissance, un an plus tard, à la création de l’alliance SkyTeam.

Puis en mai 2004, la fusion entre KLM et Air France, annoncée en septembre 2003 a été effective pour former le premier groupe européen de transport aérien. Une fusion qui a fait baisser la participation de l’État à 44,1%. L'État français détient à ce jour 28% de la compagnie franco-néerlandaise et les Pays-Bas (avec 9,1%), selon Air France-KLM. ">la répartition du capital au 31 décembre 2025 disponible sur le site institutionnel d'Air France-KLM.

Thomson-CSF, l'ancêtre de Thales, les banques GAN, CIC, Crédit Lyonnais

La cession de la participation de l’État dans Thomson-CSF a hautement été explosive eu égard le caractère hautement stratégique et sensible. Cette privatisation a été lancée début 1996, par le gouvernement Juppé qui souhaitait vendre le groupe à une tierce personne et non pas en ouvrant le capital sur le marché. Cette opération n'est pas allée au bout.

Finalement, c'est le gouvernement Jospin qui a achevé cette privatisation partielle en passant par la Bourse et non pas par une vente de gré à gré. Thomson CSF, la branche l'électronique de défense sera privatisée en 1997 et la branche Thomson Mutlimédia en 1999.Thomson-CSF est désormais connu sous son nom actuel, Thales, depuis 2000.

En 1999, c'est aussi l'année de la privatisation partielle de la banque Le Crédit Lyonnais, deux ans plus tôt c'était l'assureur GAN et la banque CIC qui avaient fait l'objet d'une privatisation.

En 2025, l'idée d'une cession des participations détenues par l’État au capital d'entreprises avait refait surface pour réduire le déficit public et relancer l'activité. Le Premier ministre de l'époque François Bayrou avait alors évoqué des ajustements dans les participations de l'État qui représentent un patrimoine de pas loin de 200 milliards d'euros.

"Dans certaines, la participation de l'État pourrait être diminuée, sans réduire son influence". L'ancien chef du gouvernement avait alors ajouté que "le patrimoine ainsi dégagé" pourrait être mis en œuvre pour "aider à de grands programmes de recherche".

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