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Selon CNN Business, l'IPO de Saudi Aramco est (de nouveau) imminente

dimanche 13 octobre 2019 à 08h00
L'IPO de Saudi Aramco est imminente selon CNN Business

(BFM Bourse) - Evoquée de longue date, semble-t-il repoussée avec les attaques survenues en septembre, l'introduction en Bourse du géant pétrolier saoudien pourrait intervenir dans les semaines qui viennent, selon des analystes interrogés par CNN Business. Si l'Arabie Saoudite ne devrait finalement placer que 2% d'Aramco à la Bourse de Riyad dans un premier temps, l'opération serait tout de même être la plus importante jamais enregistrée par le montant offert à la souscription.

Reportée plusieurs fois depuis un an, la privatisation partielle de l'entreprise la plus profitable au monde pourrait intervenir dans les prochaines semaines. L'opération, plus petite que ce qui était initialement prévu, pourrait tout de même déboucher sur la plus grosse IPO de l'histoire. Si les détails de celle-ci n'ont pas encore été officiellement annoncés, les analystes s'attendent à ce que l'Arabie Saoudite place 1 ou 2% du capital de Saudi Aramco sur le Tadawul, l'indice phare de la Bourse saoudienne, d'ici la fin de l'année. Un listing à l'international devrait suivre en 2020 ou 2021, possiblement à Tokyo.

Scinder l'introduction en Bourse en plusieurs phases ne correspond pas à la stratégie initiale de Riyad, qui prévoyait de coter 5% de l'entreprise en 2018 sur une grande place boursière (New York ou Londres), pour lever quelque 100 milliards de dollars. Entre-temps, l'accumulation des incertitudes géopolitiques et les craintes de ralentissement de l'économie mondiale, qui pèseraient à la baisse sur la demande mondiale en hydrocarbures si elles venaient à se concrétiser, et la chute des cours du brut ont incité l'État saoudien reporter l'opération.

En revanche, les attaques de drones yéménites sur les installations pétrolières de Saudi Aramco n'ont pas enrayé le processus, et auraient même renforcé la volonté du prince héritier Mohamed ben Salmane de se lancer rapidement.

40 milliards de dollars pour 2% ?

Les estimations concernant le montant des fonds levés via l'opération envisagée par Riyad varient toujours grandement. Si le prince héritier souhaiterait que celle-ci valorise Aramco 2.000 milliards de dollars, les analystes tablent toujours sur une valorisation plus proche de 1.500 milliards de dollars. À titre de comparaison, le titre de plus grosse capitalisation mondiale est actuellement détenu par Microsoft avec 1.060 milliards de dollars.

Vendre 1% du capital d'Aramco, dans le bas de cette fourchette, rapporterait donc 15 milliards au royaume saoudien. alors que vendre 2% dans le haut de cette même fourchette permettrait à Riyad de récupérer 40 milliards de dollars, ce qui éclipserait le record établi par Alibaba en 2014 (25 milliards de dollars). Le timing de cette introduction en Bourse tant attendue reste "du ressort du gouvernement saoudien", a indiqué le nouveau PDG du géant pétrolier à un journaliste de CNN, John Defterios, le mois dernier.

75 milliards de dividendes par an de 2020 à 2024

Au cours des dernières semaines, Saudi Aramco a clairement laissé entendre qu'il avait mis les bouchées doubles en vue de cette IPO, qui avait auparavant été suspendue en raison de complications légales aux États-Unis, de désaccords sur la valorisation du mastodonte et de conditions de marché jugées défavorables. Mais l'entreprise a annoncé la semaine dernière qu'elle prévoyait de verser 75 milliards de dividendes par an à ses actionnaires entre 2020 et 2024. L'Arabie Saoudite a également révélé qu'elle avait modifié en 2017, sa méthode de calcul des royalties versés par Saudi Aramco, désormais basée sur le baril de Brent et non plus sur le brut saoudien, moins cher, "une tentative d'attiser l'appétit des investisseurs" selon Ayham Kamel, un consultant en risques politiques, responsable de la région du Moyen-Orient pour Eurasia Group.

Pour ce spécialiste du dossier, interrogé par CNN Business, l'accélération du calendrier de l'introduction est la résultante directe des attaques sur les infrastructures pétrolières de Saudi Aramco du 14 septembre dernier, qui avaient amputé la production saoudienne de 5,7 millions de barils par jour (50% de la production totale d'Aramco et environ 6% de la production mondiale). Quant au timing officiel de l'annonce, Ayham Kamel considère que celle-ci pourrait intervenir à l'occasion d'une grande conférence sur l'investissement (la "Future Investment Initiative", NDLR) qui se tiendra à Riyad du 29 au 31 octobre prochain.

Une question reste toutefois en suspens : quelle prime de risque exigeront les investisseurs face aux remous géopolitiques quasi-permanents dans cette région du Golfe ?

"Le succès des attaques yéménites a logiquement entraîné une réévaluation des risques et des coûts pour garantir la sécurité physique des actifs d'Aramco" estime Hasnain Malik, responsable de la stratégie actions de Tellimer, une banque d'investissement basée à Dubaï, également interrogé par CNN Business. Celui-ci juge néanmoins que "la consistance des volumes de production d'Aramco devrait l'emporter sur les craintes géopolitiques" dans l'esprit des investisseurs, d'autant que le géant pétrolier devrait pouvoir compter sur le soutien d'alliés de poids, parmi lesquels des fonds de pensions domestiques, de riches familles du Golfe et un fonds souverain régional, avance le média américain.

Risque de surpondération au sein du Tadawul

Un autre problème mis en exergue par Steffen Hertog, un expert des politiques du Golfe à la London School of Economics, est que "le listing domestique d'Aramco pourrait entraîner à la baisse la valorisation des autres entreprises cotées à Riyad, en raison de la liquidité disponible limitée" sur cette petite place boursière. Placer ne serait-ce que 1% du géant pétrolier public pourrait en effet submerger la Bourse de Riyad, dont la plus grosse capitalisation actuelle est SABIC, groupe pétrochimique lui-même détenu à 70%, avec 64 milliards d'euros. Et la deuxième plus grosse valorisation sur le Tadawul ne pointe qu'à 17 milliards d'euros (la Saudi Electricity Company, entreprise étatique saoudienne de production et de distribution d'électricité)...

Si le prince héritier considérerait le succès de la cotation d'Aramco sur le Tadawul comme une victoire, dans l'optique de financer son plan "Vision 2030" qui vise à diversifier les ressources du pays pour l'heure trop dépendantes du pétrole, c'est clairement l'arrivée du géant pétrolier sur un marché international qui attise l'engouement des investisseurs.

Dans cette optique et pour courtiser les investisseurs internationaux, Saudi Aramco a réalisé de gros efforts de transparence en 2019, puisque le mastodonte pétrolier a dévoilé ses comptes pour la première fois en amont d'une émission d'obligations. "L'entreprise revient de loin en matière de communication sur ses actifs, sa structure de coûts et de revenus" juge Steffen Hertog, qui ajoute qu'Aramco va devoir en dévoiler encore plus en vue de l'IPO, "mais ils s'y préparent depuis plus de deux ans maintenant".

Si les risques géopolitiques et la valorisation posent toujours question, la cheffe économiste de l'Abu Dhabi Commercial Bank Monica Malik estime que les fondamentaux d'Amraco, même dans un environnement de prix bas, restent particulièrement solides", avec notamment "une génération de flux de trésorerie très forte et un dividende très attractif". De quoi aiguiser l'appétit des investisseurs internationaux.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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