(BFM Bourse) - Le site bestbrokers.com a compilé ce classement à partir des 1.000 plus importantes sociétés cotées en Bourse. La chute est particulièrement violente pour Nike qui a effacé plus de 200 milliards de dollars de capitalisation boursière.
L'investissement en Bourse s'apprécie toujours à moyen terme. Et il est souvent conseillé de faire le dos rond lorsque le marché souffre. Il peut par ailleurs être tentant de racheter l'action d'un groupe de qualité après une forte baisse.
Mais un adage boursier dit également que l'on ne rattrape pas un couteau qui tombe. Le classement compilé par le site Bestbrokers.com et reproduit dans l'infographie ci-dessous (pour les dix plus fortes baisses) en témoigne.
Le site s'est concentré sur les 1.000 plus importantes sociétés cotées en Bourse. Puis, sur cet échantillon, Bestbrokers.com a établi un classement des groupes qui ont accusé les plus forts plongeons de leurs cours sur cinq ans. Plus précisément, le site a pris pour point de départ le 13 août 2021 et pour point d'arrivée le 25 septembre 2026.
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Paypal et les enfers boursiers
In fine, le plongeon le plus violent a été subi par Paypal, groupe spécialiste des solutions de paiements en ligne pour les commerçants. L'entreprise américaine a pâti d'une intensification de la concurrence dans le paiement en ligne avec l'émergence, notamment, d'Apple Pay mais aussi de start-up comme Stripe.
"La croissance de PayPal avait été stimulée par le passage continu aux paiements électroniques et la montée du e-commerce, que la pandémie de coronavirus a temporairement accélérée. Cependant, l'entreprise a dû faire face à des vents contraires lorsque les effets positifs liés à la pandémie se sont inversés et que de nouveaux concurrents sont apparus", résume Morningstar.
Si bien que la capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions) est passée de 322,7 milliards à une cinquantaine de milliards de dollars.
À côté de Paypal, Zoom (3e, -75,7%) et BioNTech (4e, -72,72%) illustrent combien les "gagnants" de la période Covid ont vite dégringolé en Bourse une fois la pandémie passée au stade d'endémie.
Spécialiste des vidéoconférences en ligne, Zoom avait vu son activité dopée par la crise sanitaire. Sur l'exercice 2020-2021, clos au début de cette dernière année, les revenus avaient été multipliés par plus de quatre à 2,65 milliards de dollars.
"Pendant la pandémie, les appels vidéo sont devenus indispensables du jour au lendemain, et les investisseurs ont valorisé Zoom comme si cette demande exceptionnelle allait perdurer. Avec la réouverture des bureaux, la croissance s'est normalisée et l'entreprise a dû faire face à la concurrence des outils de visioconférence intégrés à Microsoft 365 et Google Workspace", développe Bestbrokers.
BioNTech a connu une trajectoire similaire. Partenaire du géant américain Pfizer, la société allemande s'est retrouvée sur le devant de la scène en développant son vaccin à ARN messager contre le Covid-19. Avec la fin de la pandémie, la source la plus importante de revenus de la société s'est rapidement tarie et son action s'est effondrée.
Certaines valeurs à Paris (comme le laboratoire Eurofins) ont également eu du mal à négocier le virage de l'après-Covid.
Un producteur chinois de liqueurs
Dans le reste du classement figure Wuliangye Yibin, le deuxième (derrière Kweichow Moutai) plus grand producteur de baijiu, une eau de vie chinoise très populaire dans le pays.
"Fondée dans les années 1950, la société Wuliangye est implantée à Yibin, dans la province du Sichuan. Son produit phare, le Wuliangye à 52 degrés, est largement reconnu comme le meilleur baijiu au goût riche du marché", explique Morningstar.
L'entreprise, comme d'ailleurs les groupes occidentaux de spiritueux, a subi depuis deux ans une faiblesse de la demande en Chine, dans un contexte d'incertitude économique et de mesures de répression visant les banquets somptueux organisés pour les responsables gouvernementaux et les hommes d'affaires, note Bloomberg. La société a annoncé au début de l'année que son président avait été incarcéré.
Le câblo-opérateur et fournisseur d'accès internet américain Comcast (sixième, -71,3%) a pâti d'une forte concurrence se traduisant par des pertes d'abonnés et a détruit près de 200 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Estée Lauder (septième, -71,15%) a perdu beaucoup de parts de marchés sur plusieurs segments dans la beauté, subissant la loi de L'Oréal.
Sur ses trois derniers exercices complets, Estée Lauder a accusé des baisses de revenus en données comparables de 10% - sur l'exercice clos en juin 2023 – puis de 2% (juin 2024) et de 8% (juin 2025). En comparaison, L'Oréal a affiché une croissance de 11%, 5% et 4% sur les trois dernières années.
En regardant les deux groupes et leur évolution "on pourrait penser qu'ils évoluent dans deux secteurs", cinglait dès 2023 HSBC. La banque sino-britannique qualifiait même Estée Lauder de l'une des "pires performances récentes pour une méga-capitalisation américaine".
Adobe (huitième, avec -69%) est plombé par l'essor de l'IA qui a conduit les investisseurs à redouter une obsolescence de ses produits et services. "L'IA générative a tout changé (pour l'action Adobe, NDLR) – les outils capables de créer des images, d'éditer du contenu ou de produire des designs à partir de simples instructions pourraient augmenter la demande pour la créativité numérique, mais ils peuvent aussi rendre certaines fonctionnalités logicielles traditionnelles plus faciles à remplacer", explique bestbrokers.com.
Le top 10 est complété par Zoetis (neuvième, -69%), une société de santé animalière qui a vu son marché ralentir et la concurrence s'accroître, ainsi que par JD.com (10e, -68%), le spécialiste chinois du e-commerce en ligne qui a pâti d'une consommation chinoise en berne et d'une compétition féroce des plateformes de commerce en ligne.
Nike, le déclassement total
Reste que le plongeon le plus effarant demeure celui de Nike, l'équipementier sportif. L'action du groupe basé dans l'Oregon s'est effondrée de 80,4%, la deuxième plus forte baisse derrière Paypal, et sa capitalisation boursière est passée de 270 à 53 milliards de dollars. Il s'agit quasiment du "drawdown" (la perte maximale possible sur une action) puisque Nike culminait à 277 milliards de dollars de capitalisation boursière à son sommet de novembre 2021 tandis que le titre évolue actuellement à ses plus bas historiques.
Précisons que le plongeon boursier de Nike s'avère au moins en partie sectoriel. À côté de Nike, Adidas chute de 60% sur la même période et pointe au 17e rang dans le classement de Besbrokers.com.
Les équipementiers sportifs ont été plombés par un ensemble de vents défavorables, notamment les poussées inflationnistes de 2022-2023 qui ont rogné les pouvoirs d'achats des ménages et ont plombé les dépenses de consommation, notamment les dépenses discrétionnaires.
Les droits de douane américains ont également pénalisé les cours de Bourse, la chaîne de production de Nike (et de ses grands rivaux) étant très localisée en Asie du Sud. Selon Bank of America, le Vietnam représente 50% de sa production de baskets, l'Indonésie (27%), la Chine (18%) suivent. Pour les vêtements, la Chine est à 16%, le Vietnam à 28% et le Cambodge à 16%.
Comme ses rivaux, Nike a été également concurrencé par des groupes spécialisés dans des segments précis du marché.
"Les récentes journées des investisseurs et les événements consacrés à l'innovation organisés par Salomon, ON (un groupe suisse de baskets haut de gamme, NDLR), et Adidas ont renforcé notre conviction que ces marques conservent de solides capacités d'innovation et un portefeuille de produits prometteur", écrivait, sur ce dernier point, HSBC le mois dernier.
"La concurrence accrue exercée par de nouvelles marques running et de vêtements de sport a sans aucun doute joué un rôle, mais d’autres sujets ont également fait l’objet de discussions, notamment la gamme de produits proposée, le modèle de vente directe aux consommateurs (DTC) en ligne vers lequel l’entreprise s’est tournée, ainsi que son recours massif aux promotions", souligne pour sa part Bestbrokers.com.
"Tous ces facteurs ont érodé son attrait et son image de marque haut de gamme ; la demande des clients a progressivement ralenti et, ce qui n’est peut-être pas une surprise pour les initiés du secteur, le chiffre d’affaires a chuté", ajoute le site.
"Au cours des dernières années, la surdistribution de produits phares et les promotions intensives ont pesé sur le chiffre d'affaires et les marges de Nike. Bien que la nouvelle direction s'emploie actuellement à améliorer les produits et le marketing, nous estimons que la gestion de la franchise et les difficultés macroéconomiques sur les marchés mondiaux limitent la visibilité et rendent le redressement plus difficile", abonde Citi.
À l'automne 2024, le groupe a sorti de sa retraite Elliott Hill, un vétéran de la société, pour prendre la direction générale et succéder à John Donahoe, qui a dirigé l'entreprise de 2020 à 2024.
Après un départ encourageant, le redressement initié par le dirigeant a calé et Hill risque à son tour d'être débarqué.
Les derniers résultats ont été sanctionnés à Wall Street. La publication "a été déprimante (…) c'était une boîte magnifique et ils ont perdu leur âme", s'est lamenté Charles Monot, de Monocle Asset Management sur BFM Bourse. Le spécialiste de marché date cette perte de sens au moment où John Donahoe, un ancien d'Ebay et pas un spécialiste du sport, a pris les rênes du groupe.
"Jusque-là, Phil Knight était un fou de sport. Donahoe arrive et dit 'on va tout changer on va virer les rapports que l'on a avec les gens qui vendent pour nous', comme Footlocker, 'on va couper tout cela et on va vendre en direct", explique Charles Monot.
"Le Covid est arrivé et les Footlocker sont partis chercher d'autres marques comme ON ou Hoka. Et quand il y a eu l'inflation après le Covid, ils (Nike, NDLR) se sont retrouvés avec les distributeurs qui avaient amené d'autres marques sur les étagères, des prix qui ont monté énormément et que les clients ne voulaient plus payer et les Chinois qui ont dit 'on veut plus de chaussures Nike'", conclut-il.
Bank of America a récemment abaissé son opinion à sous-performance, équivalent de "vendre", jugeant que le chemin de croix du groupe s'avère encore long. L'établissement pointe notamment la Chine, source de mal chronique pour la société.
"La concurrence est féroce, la soif de nouveauté n'a jamais été aussi forte, et nous craignons une baisse des ventes au moins jusqu'à l'exercice clos en 2027", tranche la banque américaine.
