(BFM Bourse) - Le spécialiste américain des produits de beauté et des cosmétiques a confirmé être en discussions avec la société espagnole récemment introduite à Madrid en vue de combiner leur activité. Le marché a massivement vendu l'action du groupe américain, n'appréciant guère les opérations de grande taille alors qu'Estée Lauder a du pain sur la planche pour se redresser.
En pleine dégringolade boursière, Estée Lauder va-t-elle avoir recours à une énorme opération de croissance externe pour se relancer ?
Le groupe américain spécialiste du maquillage, des soins de la peau et de la parfumerie accuse un plongeon de son action de près de 80% par rapport à ses plus hauts historiques atteints en 2021.
Le groupe américain a été ultra-malmené par L'Oréal ces dernières années et a perdu des parts de marché. Sur ses trois derniers exercices complets, Estée Lauder a accusé des baisses de revenus en données comparables de 10% - sur l'exercice clos en juin 2023 – puis de 2% (juin 2024) et de 8% (juin 2025). En comparaison, L'Oréal a affiché une croissance de 11%, 5% et 4% sur les trois dernières années.
En regardant les deux groupes et leur évolution "on pourrait penser qu'ils évoluent dans deux secteurs", cinglait dès 2023 HSBC. La banque sino-britannique qualifiait même Estée Lauder de l'une des "pires performances récentes pour une méga-capitalisation américaine".
Une reprise incertaine chez Estée Lauder
La banque sino-britannique expliquait alors que l'exécution avait failli du côté de la société américaine. Par ailleurs Estée Lauder a payé une exposition trop importante au "travel retail", c'est-à-dire les ventes réalisées dans les zones détaxées, c'est-à-dire les aéroports.
La société américaine a ainsi souffert lorsque la Chine a mené une offensive contre les "daigou", des revendeurs chinois sur le marché gris qui s'approvisionnent dans des duty free, en Corée du Sud par exemple.
"Estée Lauder s'est montrée trop complaisante et étonnamment peu visionnaire, compte tenu du fait qu'elle est dirigée par une famille", cinglait HSBC.
Depuis un an, l'action Estée Lauder a repris un peu d'allant, le groupe étant parvenu à renouer avec la croissance, avec une progression de 5,6% de ses revenus en données comparables sur le dernier trimestre publié.
Mais le redressement de la société propriétaire des marques Tom Ford, Mac ou Joe Malone n'en est qu'à ses prémices. "Des questions existent sur la rapidité avec laquelle l'entreprise sera en mesure de renouer avec un bon taux de croissance organique des ventes, mid-single digit (autour de 5%, NDLR)", tranche HSBC.
Dans ce contexte, l'annonce survenue lundi soir a provoqué un coup de froid du côté des investisseurs. L'action Estée Lauder a plongé de 7,7% alors le groupe a confirmé avoir pris langue avec l'espagnol Puig en vue d'un rapprochement et donc d'un rachat.
Le groupe américain est sorti du bois après que le Financial Times et le Wall Street journal ont tous deux ébruité l'information.
Puig est une autre entreprise du secteur de la parfumerie de la beauté, connue pour détenir de nombreuses marques prestigieuses, telles que Nina Ricci, Paco Rabanne ou Carolina Herrera. Introduite en mai 2024 à la Bourse de Madrid, l'entreprise affiche actuellement une capitalisation boursière d'un peu moins de 9 milliards d'euros.
Toutefois, si Estée Lauder devait acquérir la société, au vu des primes habituellement payées pour ce type de transaction (entre 20% et plus de 50% le dernier cours de Bourse), la valorisation de Puig dépasserait allègrement les 10 milliards d'euros.
Contrairement à Estée Lauder, la société espagnole génère une croissance robuste de ses ventes, qui ont progressé de 7,8% en données comparables en 2025, et de 10,9% en 2024. Son cours de Bourse n'a pas suivi cette tendance. L'action, chute de plus de 30% par rapport à ses plus hauts atteints en 2024, notamment en raison de résultats financiers décevants.
Une distraction pour le redressement ?
Par ailleurs, si le parfum reste une catégorie porteuse dans la beauté, sa dynamique se modère. Fin septembre, Bank of America parlait même de "fragrance fatigue".
En se rapprochant, Estée Lauder et Puig donneraient naissance à une société dont les revenus se situeraient autour de 19 milliards d'euros (13,4 milliards pour Estée Lauder et 5 milliards pour Puig).
À Madrid, l'action Puig décolle de 14%, les investisseurs évaluant la probabilité qu'une transaction ait lieu, et que donc les actionnaires du groupe espagnol reçoivent une prime de valorisation substantielle.
A contrario, Estée Lauder souffre, donc. Citi calcule, sur la base d'une prime de 25% et d'une opération financée à 80% en cash et à 20% en actions, qu'un rachat de Puig pourrait augmenter de 10% le bénéfice par action de la société américaine dès la première année suivant la clôture de la transaction.
Toutefois, "nous nous attendons à une réaction négative si l'opération aboutit car les investisseurs ne voient pas d'un bon œil les opérations de grande envergure et Estée Lauder en est encore aux prémices d'un redressement de son activité, une opération de cette ampleur pouvant entraîner une complexité accrue et des risques liés à sa mise en œuvre", prévient Citi.
La banque rappelle plusieurs opérations récentes de grande ampleur dans le secteur de la consommation qui ont grippé la Bourse. Elle évoque le rachat de JDE Peet's (café Grand'mère et Jacques Vabre) par Keurig Dr Pepper, ou celui de Kenvue (Neutrogena) par Kimberly-Clark (Kleenex, Huggies).
