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En situation délicate, Aston Martin avertit sur ses objectifs et rechute en Bourse

mardi 7 janvier 2020 à 14h30
Ligne d'assemblage de l'Aston Martin DBX dans l'usine de St-Athan au Pays de Galles

(BFM Bourse) - Le constructeur britannique est au pied du mur, confronté à une morosité des ventes conjuguée à la hausse des coûts de production et de marketing. Les objectifs de rentabilité 2019 ne seront pas atteints et le groupe va solliciter une extension de 100 millions de livres du prêt d'urgence de 150 millions de livres souscrit en septembre, au prix d'intérêts annuels de 12%.

De son propre aveu, Aston Martin Lagonda fait face à "une période difficile", et cette caractérisation peut sembler un euphémisme, tant la situation de l'entreprise s'est dégradée par rapport aux perspectives évoquées lors de son introduction en 2018, l'obligeant à aller chercher des bouées de sauvetage de plus en en plus coûteuses.

Mardi matin, le groupe relancé en 2014 par un ancien cadre dirigeant de Nissan, Andy Palmer, a reconnu qu'il n'avait pas été en mesure d'atteindre ses objectifs 2019, pourtant révisés en baisse dans le courant de l'année. Déjà très endetté, Aston Martin met en avant le potentiel de son futur SUV DBX afin d'emprunter 100 millions de livres supplémentaires pour faire face à ses charges. Et la direction poursuit ses discussions afin d'essayer de convaincre des investisseurs de renflouer son bilan. Le titre flanche de 13,1% à 452 pence mardi vers 14h30.

La survie d'Aston Martin Lagonda Global Holdings plc risque donc de se jouer sur son futur SUV, le DBX, dont la production doit débuter au deuxième trimestre 2020. En effet, le groupe basé à Gaydon, dans le Warwickshire, a subi en 2019 un recul de ses ventes, notamment sur la période clé de décembre, qui affecte ses marges et met à mal un bilan déjà dangereusement endetté (sa note de crédit a déjà été dégradée par Standard & Poor's au dernier rang des junk bonds).

D'un point de vue commercial "2019 a été une année très décevante", a reconnu sans détours le PDG Andy Palmer. Si les ventes aux clients finaux ont progressé de 12%, la meilleur performance de la marque depuis 2007, "notre performance sous-jacente ne sera pas en mesure de produire les profits que nous attendions, malgré une diminution du niveau des stocks chez les concessionnaires", a indiqué le dirigeant, ancien responsable de la planification industrielle chez Nissan (où il reportait directement à Carlos Ghosn). Les ventes globales (aux distributeurs donc) ont en effet décliné de 7%, à 5.809 unités (dont seulement 65 "Specials", ces véhicules particulièrement exclusifs à très forte marge unitaire). Le mix-produit s'est dégradé, avec une proportion plus importante de modèles à moindre marge comme la Vantage, entraînant une diminution du prix de vente moyen, comble pour un constructeur se voulant de luxe.

Le groupe a en outre dû consentir des efforts plus importants que prévu en matière de financement et augmenter ses dépenses marketing, en particulier aux USA. Pour ne rien arranger, l'envolée de la livre fin décembre après la victoire de Boris Johnson ajoute un fardeau supplémentaire...

Dès lors, Aston Martin ne devrait afficher pour 2019 qu'un Ebitda compris entre 130 et 140 millions de livres, à comparer à 247,3 millions en 2018, soit un taux de marge de 12,5 à 13,5%.

Malgré la levée de fonds intervenue en septembre, via l'émission pour 150 millions de livres d'obligations à échéance 2022 portant intérêt annuel de 12%, la position de trésorerie disponible à fin décembre n'était plus que de 107 millions de livres, tandis que la dette se situe entre 875 et 885 millions de livres (entre 6,2 et 6,8 fois l'Ebitda).

La direction a annoncé prendre une série de mesures pour faire face à cette période difficile, comprenant un plan d'économies et des efforts redoublés pour ramener les stocks des concessionnaires à des niveaux qui sont normalement associés à une entreprise de luxe. "Notre priorité à l'heure actuelle est de revitaliser l'activité, lancer [le premier modèle de SUV de la marque] DBX et assurer une croissance rentable à moyen terme", a déclaré le PDG.

Seul élément positif du communiqué d'Aston Martin, les signaux "très encourageants" en provenance du DBX, dont le carnet de commandes, ouvert le 20 novembre, s'est rapidement rempli jusqu'à 1.800 unités environ (dont les deux tiers effectivement assignés à des clients finaux), un rythme sensiblement supérieur à tout autre modèle précédemment lancé par la firme britannique.

Ce bon départ incite la direction à exercer son option pour émettre, dans les semaines à venir, un montant supplémentaire de 100 millions de livres, a priori toujours à 12% (en émettant la première tranche de 150 millions en septembre, Aston Martin avait indiqué qu'il verserait le même taux sur la seconde sous réserve d'atteindre 1400 commandes en neuf mois pour le DBX, et 15% si cette cible n'était pas atteinte).

Parallèlement, le groupe continue à examiner ses besoins et options de financement, précisant demeurer en discussions avec d'éventuels investisseurs stratégiques, susceptibles de renflouer les fonds propres d'Aston Martin.

Rappelons que le mois dernier, le titre avait fait l'objet d'informations selon lesquelles le milliardaire canadien Lawrence Stroll envisagerait une offre de rachat. Aston Martin s'était contenté de prendre acte en confirmant "être engagé dans des discussions préliminaires avec de potentiels investisseurs stratégiques en vue de nouer des relations à long terme pouvant impliquer ou non un apport en capital".

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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