(BFM Bourse) - La banque canadienne a mis à jour la liste de ses valeurs favorites pour l'année en cours. La sélection inclut trois groupes français, un britannique et plusieurs grands noms de Wall Street.
L'éclatement du conflit au Moyen-Orient a malmené les grands indices boursiers. À titre d'exemple, le CAC 40 a chuté de 8,9% en mars, sa pire performance mensuelle depuis six ans.
L'offensive des États-Unis et Israël contre l'Iran et le bond des cours des hydrocarbures qui ont suivi ont plombé l'appétit pour le risque, conduisant à des dégagements sur de nombreux secteurs.
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Dans un contexte d'incertitude prononcé, les différents intermédiaires financiers dressent (ou mettent à jour) leur liste d'actions préférées pour résister à la tempête. Récemment, UBS a dressé une sélection d'une cinquantaine de valeurs européennes à détenir dans trois à six prochains mois pour résister à la tempête provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Mardi, Royal Bank of Canada a de son côté mis à jour ses trente valeurs préférées au niveau mondial pour l'année en cours.
Dans cet article, nous nous sommes concentrés sur les trois titres français de la sélection de la banque canadienne, ainsi que sur trois groupes américains très connus et sur Diageo, la dernière valeur européenne retenue par l'établissement. La liste complète figure au bas de cet article.
Précisons que Royal Bank of Canada a, mardi, retiré de cette liste deux actions françaises, à savoir L'Oréal et Engie. La banque canadienne préfère désormais, dans l'univers des biens de consommation grand public, Diageo à L'Oréal. Quant à Engie, l'établissement a enlevé de la liste le groupe énergétique au vu de la forte hausse du titre (30% depuis le 1er janvier), tout en maintenant son conseil à "surperformance".
Axa, la bonne pioche dans l'assurance
Royal Bank of Canada a ajouté, mardi, l'assureur français dans la liste de ses 30 actions préférées.
La banque avait entamé le suivi du titre en février dernier. La banque rappelait alors qu'Axa avait, depuis l'arrivée de Thomas Buberl à ses commandes en 2016, opéré une importante transformation.
Le groupe s'est davantage orienté vers la prévoyance, l'assurance santé et dommages tout en réduisant fortement la voilure dans d'autres métiers (assurance-vie, gestion d'actifs).
Axa a par exemple vendu l'an passé sa filiale de gestion d'actifs, Axa IM, à BNP Paribas et est sortie du capital de sa filiale américaine EQH, en novembre 2019.
"Axa s'est délibérément orientée vers une part plus importante de revenus issus de l'assurance technique et à faible intensité capitalistique, ce qui favorise une meilleure qualité et une plus forte croissance des bénéfices", souligne Royal Bank of Canada.
"Cette amélioration fondamentale se reflète dans son rendement des capitaux propres (ROE), où l'écart avec ses pairs du secteur se réduit désormais", poursuit l'établissement.
Toutefois, selon Royal Bank of Canda, le titre pâtit encore d'une forte décote boursière injustifiée par rapport à ses rivaux, décote qui s'est même creusée récemment. L'établissement pense en conséquence qu'une réappréciation des multiples boursiers de la société s'opérera au fur et à mesure que l'entreprise donnera des preuves de sa bonne exécution de sa stratégie.
"Un catalyseur potentiel est le nouveau plan à trois ans, qui doit être annoncé en septembre 2026, une période au cours de laquelle la transformation de l'activité Vie et Santé devrait commencer à porter ses fruits et où la résilience de l'activité Dommages pourra être mieux établie", fait valoir Royal Bank of Canada.
Safran, ou un positionnement de marché enviable
Le motoriste et équipementier aéronautique Safran reste une valeur qui a pleinement satisfait les investisseurs, ces dernières années. La performance boursière sur les trois dernières années en atteste: +40,22% en 2025 (sixième performance du CAC 40), +33% en 2024 (deuxième), +36,4% (septième) en 2023.
Safran tire parti de la vigueur du trafic aérien qui se traduit par un nombre important de visites des compagnies aériennes dans ses ateliers. Et par une forte activité pour les services d'après-vente (maintenance, réparation, révisions, ventes de pièces détachées) du groupe, très rentables.
Safran bénéficie, sur ce point, du positionnement de CFM International, sa coentreprise avec l'américain GE Aerospace. CFM produit le CFM56, le moteur le plus vendu au monde, et le LEAP, qui équipe les monocouloirs de nouvelle génération d'Airbus (A320neo) et Boeing (737 Max).
La position de marché dominante de cette société dans les monocouloirs offre un gisement de croissance robuste pour les activités d'après-ventes. Selon des données communiquées fin 2024 par Safran, 23.000 moteurs CFM56-5B-7B étaient en service. Et 70% n'avaient effectué aucune visite en atelier.
Comme l'ensemble des groupes aéronautiques Safran a toutefois souffert de l'éclatement du conflit au Moyen-Orient. Cette guerre a perturbé le trafic aérien et malmène les finances des compagnies aériennes, deux éléments qui risquent de peser sur les activités d'après-vente de la société.
Royal Bank of Canada recommande de se positionner sur le titre, après ce trou d'air. "Nous considérons Safran comme un équipementier de premier plan dans les secteurs de l'aéronautique et de la défense, fortement présent sur le marché des moteurs pour avions monocouloirs", écrit la banque canadienne.
"Nous pensons que les principaux catalyseurs positifs pour Safran proviendront de la vigueur continue du marché des pièces de rechange pour l'aviation commerciale, de la mise en œuvre du programme LEAP, de la révision à la hausse des perspectives pour 2028 et de la flexibilité en matière d'allocation du capital", poursuit Royal Bank of Canada.
L'établissement avance que le groupe accuse une décote de valorisation injustifiée par rapport à ses pairs américains.
Schneider Electric tiré par les data centers
Après avoir déçu l'an passé, Schneider Electric a regagné une partie de ses lettres de noblesse en 2026. Les résultats annuels ont notamment été bien accueillis par le marché fin février.
La clef de la thèse d'investissement sur le spécialiste des équipements électriques reste le dynamisme du segment "data centers".
Schneider Electric a vu sa croissance être propulsée, ces deux dernières années, par cette demande provenant des centres de données. Le groupe est une "valeur IA", via son exposition aux "data centers".
Les "hyperscalers" (Amazon Services, Azure de Microsoft, Google Cloud) ont annoncé des dizaines voire des centaines de milliards de dollars de dépenses dans les capacités des "data centers", critiques pour développer les grands modèles de langage d'intelligence artificielle.
Ce qui porte donc l'activité de Schneider Electric, via ses nombreux produits pour les centres de données (armoires racks, systèmes de refroidissements, onduleurs…).
La banque canadienne estime que la société enregistrera une croissance annuelle moyenne de ses revenus de 9% par an en données comparables jusqu'en 2030.
Ce grâce avant tout au dynamisme de cette division data centers, qui devrait progresser de 15% par an (après 40% selon ses estimations en 2024-2025), ce qui apporterait une contribution globale à la croissance de la société de 4 points de pourcentage.
L'établissement se cale sur la prévision de la société pour les data centers, qu'il juge en réalité "prudente" au vu des perspectives de court terme. En comparaison, Vertiv, une société américaine spécialisée dans les infrastructures d'IA, anticipe une croissance de 27 à 29% pour 2026 et les dépenses des "hyperscalers" devraient, elles, bondir d'environ 60% cette année.
Diageo, dynamise par son nouvel homme fort
Le groupe de spiritueux britannique, propriétaire des marques Johnnie Walker, Guinness, Baileys et Smirnoff, évolue au sein d'un secteur compliqué, à savoir les spiritueux. Les investisseurs guettent depuis longtemps la reprise sur cette industrie qui fait face à une demande en berne aux États-Unis comme en Chine.
Toutefois, "à notre avis, Diageo devrait tirer profit de la stratégie de redynamisation des marques et de maîtrise des coûts mise en place par son nouveau directeur général, Dave Lewis, qui devrait lui permettre de retrouver sa compétitivité sur le segment grand public et de stimuler la croissance en volume", avance Royal Bank of Canada.
"Grâce à son solide portefeuille de marques et à l'expertise de Dave Lewis dans le segment grand public, la société est bien placée pour redynamiser le secteur, tandis que ses flux de trésorerie devraient rester solides à mesure que les stocks se normalisent et que les dépenses d'investissement se modèrent", explique encore la banque.
Nommé en novembre dernier, Dave Lewis possède une solide expérience. Le nouveau patron de Diageo est surtout connu pour avoir dirigé le géant britannique de la distribution Tesco de 2014 à 2020, chez qui il avait mené une importante transformation. Il avait auparavant passé près de 30 ans chez l'entreprise d'hygiène et de produits de consommation Unilever.
Après avoir obtenu le sobriquet de "drastic Dave" durant ses années à Unilever, en raison de sa réputation de "cost-killer", le dirigeant avait "réussi à rétablir Tesco comme un acteur dominant des supermarchés", écrivait en novembre le Financial Times.
Airbnb, parti pour améliorer sa monétisation
La plateforme en ligne de location de logements et de chambre d'hôtels a connu un parcours boursier quelque peu cahoteux ces dernières années, en raison notamment de la fin du "revenge travel" post-pandémie qui avait gagné les voyageurs. Sur cinq ans, l'action reste en retrait de 30%.
Royal Bank of Canada se montre toutefois optimiste. "Aibnb est le leader du secteur des hébergements privés et alternatifs, un marché qui, selon nous, contribue à l'expansion globale du secteur du voyage tout en grignotant des parts de marché aux modes d'hébergement traditionnels, tels que l'hôtellerie", fait valoir l'établissement canadien.
"À terme, grâce à la solide relation qu'elle entretient directement avec ses clients, nous pensons que l'entreprise pourra continuer à afficher une croissance organique et à créer de plus en plus de valeur en monétisant des produits connexes et en se lançant dans de nouveaux segments de marché", poursuit l'établissement.
Airbnb a récemment complété son éventail de services avec Airbnb Services (services de conciergerie, photographes, chefs cuisine) et Airbnb Expérience (des activités touristiques proposées aux voyageurs).
Amazon et Microsoft, les deux "Magnifiques préférés" de RBC
Les fameux "Sept magnifiques" de Wall Street (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla) ont du plomb dans l'aile depuis le début de l'année.
Toutefois, Royal Bank of Canada a choisi deux de ces sept titres. L'établissement vante d'une part les vertus de long terme de l'action Amazon.
"L'envergure inégalée de l'entreprise et son avantage concurrentiel dans le commerce électronique spécialisé, associés à son activité de cloud computing (Amazon Web Services, NDLR) leader du secteur, lui offrent de nombreuses perspectives de croissance future dans de nouveaux domaines", assure la banque canadienne.
"Nos enquêtes auprès des distributeurs indiquent que le secteur florissant de la publicité, en particulier, présente une opportunité considérable de générer une croissance rentable", vante encore l'établissement.
Pour Microsoft, Royal Bank of Canada estime que le groupe de Redmond devrait afficher une croissance de plus de 10% de façon durable, grâce notamment à la vigueur de sa division de services informatiques dématérialisée (cloud), Azure, qui profite à plein tube du boom de l'intelligence artificielle (IA).
"Microsoft a toujours réussi à pénétrer de nouveaux marchés, tels que l'hyperautomatisation, la sécurité et la collaboration. Nous estimons que l'importante base d'utilisateurs d'Office, la plateforme et les capacités d'Azure, ainsi que des offres groupées efficaces, sont les facteurs clés de cette réussite", développe la banque.
L'établissement juge au passage que le groupe devrait continuer à accroître ses marges, grâce à des gains d'efficacité.
La liste complète de la sélection de Royal Bank of Canada
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