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Adieu les BRICs, vive les émergents

samedi 22 juin 2019 à 08h00
Seule la Chine a vraiment rempli les promesses des BRIC

(BFM Bourse) - Le terme BRIC s'est démodé tout aussi vite que s'était popularisé au sein de la communauté financière dans les années 2000 cet acronyme, censé illustrer l'avènement du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine sur la scène économique et financière. Mais si les trajectoires de ces pays ont fini par diverger, il n'en reste pas moins que le poids des pays émergents a globalement continué à s'accroître.

C'est en 2001 que le chef économiste de Goldman Sachs, Jim O'Neill, a forgé un acronyme appelé à faire florès : les BRIC. La thèse d'O'Neill à l'époque était que le PIB cumulé de ces quatre pays égalerait d'ici 2040 -voire dès 2032, dans une version ultérieure de ses travaux- celui du G6, c'est-à-dire États-Unis, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France et Italie.

Il est vrai que le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine représentaient déjà 40% de la population mondiale (et 25% des terres émergées de la planète), il était logique que ces quatre pays soient amenés à jouer un rôle de plus en plus important dans l'économie mondiale. De plus, le grand rallye des matières premières, auxquelles leurs économies sont souvent fortement liées, était proche de prendre son envol. "Tout était possible pour les BRIC, du moins en théorie", rappelle Newton Investment Management, une filiale de gestion d'actifs de BNY Mellon.

Et le terme de se répandre dans la majorité des présentations financières ou argumentaires d'investissements : ne pas mentionner sa stratégie vis-à-vis des BRIC était pire qu'un défaut ; une ringardise.

Une profonde divergence économique

Mais voilà que, près de deux décennies plus tard, force est des constater que le terme BRIC (ou BRICS en ajoutant l'Afrique du Sud au quatre premiers) brille désormais par son absence dans les discours financiers, observe Newton IM. Ce qui est surtout révélateur d’une profonde divergence économique, et démontre combien peuvent être rapides les changements dans les pays en développement.

En effet, les trajectoires économiques de la Chine et de l'Inde restent encore au cœur du paysage économique mondial, alors le Brésil, de la Russie et de l'Afrique du Sud ne sont plus vraiment sur le devant de la scène.

Le resserrement des conditions monétaires aux États-Unis en 2013 y est clairement pour quelque chose, analyse Newton IM. Le dernier cycle de hausse des taux a provoqué une fuite des capitaux des actifs émergents vers les bons du Trésor américain tout en compliquant la vie aux détenteurs de dette libellée en dollars, surtout à ceux qui, comme l'Inde et le Brésil, ne disposaient pas de réserves de change importantes.

Sanctions internationales contre la Russie

Plus tard, les événements géopolitiques ont également joué un rôle. Pour la Russie, le conflit ukrainien et l'annexion de la Crimée ont déclenché des sanctions internationales. Pour le Brésil, le scandale Petrobras et la destitution de la présidente Dilma Rousseff ont aussi largement contribué à ternir l’image d’un pays autrefois perçu comme progressiste.

Pendant ce temps-là, l'Inde et la Chine ont poursuivi leur ascension fulgurante. Après son entrée fin 2001 dans l'Organisation mondiale du commerce, la Chine a connu une croissance fulgurante, devenant dès 2010 la deuxième économie mondiale après les Etats-Unis. Les tensions actuelles sur les questions commerciales et les technologies de pointe entre les deux pays montrent bien que la prééminence américaine est désormais en ligne de mire. La capacité de l'État central à mettre en œuvre un atterrissage en douceur de l’économie après la crise financière mondiale tout en poursuivant l'expansion économique à coups d’endettement lui a permis de distancer les autres marchés émergents.

En Inde, l'élection du Premier ministre Narendra Modi, récemment reconduit, a marqué le début d'une ère de réformes en faveur de l’économie de libre marché qui a renforcé la crédibilité internationale du pays et favorisé les investissements étrangers.

La Chine pèse désormais 31% de l'indice MSCI

Cette divergence se reflète dans la composition même de l'indice MSCI Marchés émergents. Le poids du Brésil dans l'indice est passé de 13% (en dollars US) en 2008, au pic de la mode des BRIC, à seulement 7,5%. La Russie et l'Afrique du Sud ont connu des chutes équivalentes. En revanche, le poids de l'Inde est passé de 6,5% à 9,4%. Quant à la Chine, elle représente à elle seule plus de 31%...

Mais si les BRIC en tant qu'ensemble relativement homogène n'a plus vraiment de pertinence (les détracteurs d'O'Neill soufflent qu'il n'en a jamais eu beaucoup), il n'en reste pas moins que les marchés émergents qui représentaient moins de 5% de l'univers des actions mondiales il y a vingt ans pèsent désormais environ 10% de la capitalisation boursière mondiale. Un véritable bouleversement structurel, aux yeux de Newton Investment Management. Pourtant, de nombreux observateurs ont encore du mal à considérer les marchés émergents autrement que comme des marchés à haut risque et à forte croissance. Peut-être feraient-ils bien de s'aviser que bien des choses ont changé depuis l'apparition des BRIC dans le lexique financier en 2001...

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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