(BFM Bourse) - Le groupe britannique a abandonné ses rachats de titres à l'occasion de la publication de ses résultats trimestriels. L'action a chuté de 6% à Londres.
La politique de retour à l'actionnaire (c'est-à-dire les dividendes et les rachats d'actions) reste un facteur d'attrait pour les majors pétrolières.
Ces groupes évoluent sur un secteur mature sans perspectives de croissance très prononcée et avec peu d'attrait ESG (environnement, social, gouvernance, les critères extra-financiers). Mais leur importante génération de trésorerie leurs permettent d'investir tout en rendant du cash à leurs porteurs.
Toutefois? avec la baisse des cours pétroliers, certains grands noms du secteur ont du revoir leurs ambitions à la baisse en la matière.
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La major française, Totalenergies, qui publiera ses résultats annuels mercredi matin, a apporté un coup de canif à sa politique de retour à l'actionnaire dès septembre dernier, de sorte à freiner la hausse de son endettement.
La société tricolore rachetait pour 2 milliards de titres par trimestre depuis plusieurs années. Au quatrième trimestre, Totalenergies a réduit la voilure à 1,5 milliard de dollars.
Pour 2026, Totalenergies a indiqué que les rachats d'actions se situeraient entre 750 millions de dollars et 1,5 milliard de dollars par trimestre, pour un prix du Brent situé entre 60 dollars et 70 dollars le baril et un taux de change autour de 1,20 dollar pour un euro.
Shell résiste, pas Equinor
Le groupe français ne constitue pas un cas isolé. Le norvégien Equinor a lui annoncé la semaine dernière qu'il sabrerait de 70% ses rachats d'actions en 2026 à 1,5 milliards de dollars, contre 5 milliards l'an dernier.
A contrario, Royal Dutch a maintenu la semaine dernière le rythme trimestriel de ses rachats d'actions à 3,5 milliards de dollars, malgré des résultats en nette baisse et inférieurs aux attentes. UBS elle retenait un chiffre de 3 milliards de dollars, et jugeait que le maintien des rachats d'actions à 3,5 milliards apporterait "un répit à l'action". Mais la dette nette avait grimpé de 11%.
BP n'a, de son côté, pas pu échapper à la pression. L'entreprise britannique a annoncé à l'occasion de la publication de ses résultats annuels, qu'elle suspendait ses rachats d'actions.
Le groupe acquerrait précédemment pour 750 millions de dollars de ses propres titres par trimestre, un montant qui avait déjà été nettement réduit. Il y a environ un an, ce rythme s'élevait à 1,75 milliard de dollars.
Le groupe a invoqué la nécessit2 d'améliorer son bilan, en allouant donc l'ensemble de sa génération de cash à son désendettement.
"Cette décision contraste avec celle de Shell, qui poursuit son programme de rachat d'actions. Les pressions sur le bilan de BP sont plus vives et, même si la suspension du programme de rachat n'était pas vraiment inattendue, le fait que la dette de la société n'ait pratiquement pas diminué au cours des 12 derniers mois est plus préoccupant", écrit Dan Coatsworth d'AJ Bell.
La dette nette de BP est passée de 22,997 milliards de dollars 0 fin 2024 à 22,182 milliards à fin 2025.
Un endettement plus élevé que ses rivaux
À fin 2025, le "gearing", c'est-à-dire le ratio de dette nette rapportée aux capitaux propres, s'est inscrit à 23,1% contre 22,7% un an plus tôt. Pour donner un ordre d'idée, celui de Totalenergies était de 17,3% à fin septembre dernier, celui de Royal Dutch Shell s'établissait à 20,7% à fin décembre.
BP a également retiré un engagement en matière de retour à l'actionnaire. La société comptait rendre entre 30 et 40% de son flux de trésorerie opérationnel, unE cible qui est donc abandonnée.
Bloomberg rappelle que BP a connu une année très agitée l'an passé, avec l'investisseur activiste Elliott qui a fait pression pour des changements radicaux à la tête de la société.
Ce qui a abouti au départ en décembre du directeur général, Murray Auchincloss. Ce dernier sera remplacé en avril par Meg O'Neill, une vétérane de l'industrie, qui deviendra la première femme à diriger une major pétrolière.
"Les mesures visant à privilégier l'assainissement du bilan plutôt que les distributions aux investisseurs constituent un effort pour prendre des décisions difficiles et prudentes et préparer le terrain pour Meg O'Neill, la nouvelle directrice générale qui prendra ses fonctions en avril, ont déclaré les analystes", écrit Bloomberg.
Toutefois, "Abandonner le rachat d'actions peut sembler logique, mais c'est une arme à double tranchant, car cela donne aux actionnaires une raison de moins d'être patients face au redressement de BP", juge Dan Coatsworth.
À la Bourse de Londres, BP a plongé de 6% ce mardi. "Le flux de trésorerie disponible s'est considérablement affaibli, sous la pression de la hausse des dépenses d'investissement, et la suspension des rachats d'actions envoie un signal négatif clair aux actionnaires", écrit le bureau d'études indépendant Alphavalue.
"La direction a réaffirmé un pivot stratégique clair vers le renforcement du bilan, combinant la suspension des rachats, la réaffectation des excédents de trésorerie au désendettement et une plus grande discipline sur les projets de transition", poursuit l'intermédiaire financier.
"Il apparaît de plus en plus clairement que le groupe ne peut maintenir un profil de rendement comparable à celui d'ExxonMobil aux niveaux de prix actuels sans mettre son endettement sous pression", conclut Alphavalue.
Le groupe américain ExxxonMobil a prévu de racheter 20 milliards de dollars d'actions en 2025 et compte faire pareil cette année.
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