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TESLA INC.

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Tesla inc. : Que cachent les résultats de Tesla?

jeudi 23 juillet 2020 à 18h00
Tesla est en bonne voie pour intégrer le S&P mais des analystes mettent en garde

(BFM Bourse) - Tesla a dégagé des bénéfices pour le quatrième trimestre consécutif et s'ouvre les portes du S&P mais les résultats dévoilés par le plus grand constructeur automobile mondial en termes de valorisation boursière ne font pas exactement l'unanimité. Certains analystes évoquent même un maquillage des comptes.

Tesla n'en finit plus de surprendre le marché. Après être parvenu à dégager in extremis un bénéfice net de 16 millions de dollars sur les trois premiers mois de l'année (quand le consensus misait sur une perte nette de l'ordre de 70 millions), le constructeur de véhicules remet ça au deuxième trimestre, en postant un bénéfice net de 104 millions alors que les analystes tablaient sur une perte de 228 millions d'euros.

Faisant fi des difficultés posées par la pandémie qui a provoqué la fermeture de sa seule usine américaine (à Frémont, en Californie) durant environ la moitié du trimestre, Tesla a donc réussi le tour de force de ne pas essuyer de pertes sur le deuxième trimestre, comme le prédisait l'ancien directeur général d'Aegon Asset Management Gary Black fin mai dernier. "Je pense qu'il y a 75% de chances que Tesla génère un bénéfice GAAP (selon les principes comptables généralement reconnus, NDLR) d'au moins 1 dollar au deuxième trimestre, et si cela se produit, il y a 100% de chances que le S&P intègre Tesla" estimait-il alors.

Car c'était bien là tout l'enjeu pour Tesla: dégager un bénéfice net pour un 4e trimestre consécutif, condition sine qua non pour prétendre adhérer à l'indice élargi (afin que l'action soit systématiquement incluse dans de nombreux produits financiers, notamment des ETF qui répliquent la performance de l'indice). Ce qui explique aussi l'empressement du fantasque patron du groupe Elon Musk de rouvrir son usine mi-mai, contre l'avis des autorités californiennes qu'il n'a pas hésité à défier.

Recul limité des ventes

Conséquence, le groupe qui a récemment franchi le seuil des 300 milliards de dollars de valorisation -détrônant au passage Toyota au rang de premier constructeur mondial- n'a subi qu'un repli limité de sa production et de ses livraisons sur un an (-5% chacun, respectivement à 82.272 et 90.891 véhicules), ainsi que de son chiffre d'affaires (-5% à 6,03 milliards). À titre de comparaison, les autres principaux constructeurs américains ont enregistré une brutale chute de leurs ventes, de l'ordre de 30% pour General Motors et Ford, alors que le cabinet LMC Automotive estime à 34% le repli des ventes mondiales sur le deuxième trimestre de 2020.

La rentabilité de Tesla "témoigne d'un modèle économique qui continue à faire baisser les coûts et à améliorer sa production, y compris dans les circonstances difficiles de la pandémie de Covid-19", relève l'analyste Daniel Ives de Wedbush Securities dans une note. Tesla continue même à "défier les sceptiques" en réaffirmant son objectif de livrer 500.000 véhicules sur l'année, a souligné le spécialiste. Le groupe basé à Palo Alto a en effet affirmé que même si cet objectif était "devenu plus difficile à atteindre" avec l'interruption de la production pendant plusieurs semaines, il comptait bien y arriver.

Une méga-usine au Texas

Pour ce faire, le groupe est en train d'augmenter les capacités de production de son nouveau Model Y dans son usine californienne et à Shanghai, tandis que la préparation d'une usine à Berlin en Allemagne "continue de progresser". Le projet d'une nouvelle "méga-usine" aux Etats-Unis a été précisé mercredi. Elon Musk a annoncé qu'elle serait construite au Texas, près d'Austin, et assuré que ce "paradis écologique" sera "ouvert au public".

Le groupe y produira notamment le pick-up électrique Cybertruck et le semi-remorque Semi, a détaillé Elon Musk lors d'une conférence téléphonique. Y seront également fabriqués des Model 3, le véhicule d'entrée de gamme de Tesla, et des Model Y, vendus dans la moitié est des Etats-Unis.

Cette annonce a été immédiatement saluée par le gouverneur de l'Etat Greg Abbott, qui s'est félicité d'avoir créé "un environnement économique qui permet à des entreprises comme Tesla d'innover et de réussir". Le projet devrait selon lui "créer au moins 5.000 emplois et générer plus d'un milliard de dollars d'investissement".

Des résultats en trompe l’œil?

Les analystes n'ont pas tardé à réagir à cette publication surprenante. Et si plusieurs d'entre eux ont brusquement relevé leur objectif de cours, on peut citer Jeffrey Osborne de Cowen (de 300 à 1.100 dollars) ou Daniel Ives de Wedbush (de 1.250 à 1.800 dollars), d'autres mettent en garde, à l'instar de Garrett Nelson du cabinet CFRA.

Il pointe des résultats trimestriels largement aidés par "un niveau inhabituellement élevé" de revenus tirés du crédit-carbone. "Tesla a certes réussi à sortir encore une fois un lapin de son chapeau avec ses résultats, mais le prix de son action est à notre avis complètement déconnecté de ses fondamentaux", ajoute-t-il.

De fait, plus que la résilience des revenus du groupe, c'est la vente de crédits carbone zéro-émission qui a permis à Tesla de dégager des bénéfices sur le trimestre. Sur les trois derniers mois, le constructeur a vendu pour 428 millions de dollars de "crédits CO2", notamment à Fiat Chrysler, en hausse de 268% sur un an et supérieure au résultat opérationnel (327 millions). Sans ces crédits qui permettent à Fiat Chrysler de comptabiliser dans sa flotte automobile les véhicules électriques du constructeur californien et de rester ainsi dans la limite des nouvelles normes européennes, sa marge opérationnelle chuterait de 5 à 1% selon Bernstein.

En marge de la présentation des résultats de Tesla, le directeur financier du groupe Zach Kirkhorn a déclaré que "l'entreprise n'était pas gérée en partant du principe que les crédits réglementaires contribueront de manière significative à l'avenir". "À terme, ce flux va se réduire" a-t-il ajouté. "La chose qui me dérange le plus est que nos voitures sont encore trop chères. Nous devons y remédier", a pour sa part déclaré Elon Musk lors d'une conférence avec les analystes, énumérant trois objectifs: être légèrement bénéficiaire mais surtout maximiser la croissance des revenus tout en rendant les voitures aussi abordables que possible.

Le cabinet d'études GLJ évoque un "maquillage des comptes"

"Je ne pourrais pas être plus baissier "bearish" sur le titre Tesla" annonce d'emblée le fondateur et président du cabinet d'études GLJ Research Gordon Johnson dans une interview donnée à Yahoo Finance. S'il admet s'être fait botter les fesses ("kicked my butt" dans le texte) lors du récent rallye boursier de Tesla, l'analyste persiste et signe en affirmant que "le titre est complètement déconnecté de la réalité". "Ils n'ont jamais vraiment fait de bénéfice et nous pensons qu'ils vont encore perdre de l'argent cette année" ajoute-t-il, estimant que le groupe "pourrait être en train de maquiller ses comptes ("could be cooking his books").

Il dénonce notamment le fait que "si vous demandez aux investisseurs, ils considèrent Tesla comme une valeur dite d'hyper-croissance mais il faut regarder la réalité des chiffres, les revenus du groupe n'ont pas vraiment augmenté depuis le 4e trimestre 2018". "La valorisation du groupe atteint près de 300 milliards de dollars, plus du double de celle de Volkswagen alors que Tesla a vendu 365.000 véhicules en 2019 contre 10 millions pour le constructeur allemand, sans faire croître ses revenus donc nous pensons que le titre va revenir sur Terre d'ici la fin de l'année" explique-t-il.

Gordon Johnson pointe également du doigt la très nette perte de parts de marché subit en Norvège -pays où les incitations gouvernementales pour l'achat d'un véhicule électrique sont très importantes- de 36% début 2019 à environ 5% aujourd'hui. Il met le récent rallye sur le compte du "QE infinity" enclenché par la Fed depuis mi-mars et estime que le groupe n'atteindra pas son objectif de 500.000 livraisons en 2020, loin de là.

Tesla ne dispose pas non plus selon lui d'un réel avantage technologique par rapport à ses concurrents (Mercedes, BMW, GM, Volkswagen, Toyota, Ford, etc.) qui développent leur propre gamme de véhicules électriques, "ce qui ressent déjà sur la part de marché de Tesla, notamment en Europe".

Il conclut en faisant un état des lieux de la gamme Tesla: "Au départ, ce sont les modèles S et les X qui devaient dominer le marché du luxe. Cela n'a pas été le cas. Ensuite, c'est le modèle 3 qui était censé créer un marché de masse pour les voitures électriques abordables et permettre à Tesla de devenir bénéficiaire. Cela n'a pas été le cas non plus. Quant au modèle Y, ils ne veulent même pas communiquer sur leurs commandes...". Il note enfin que Tesla a reporté son attention sur ses précommandes de Cybertruck, or "ce camion n'a pas le droit de circuler sur la voie publique". Sans compter que "le dépôt pour commander un Cybertruck est de seulement 100 dollars", il est donc délicat de se fier aux chiffres de pré-commandes selon lui.

Dans le même temps, l'analyste de JP Morgan Ryan Birkman -qui n'a jamais conseillé le titre à l'achat- a relevé sa cible de 295 à 325 dollars. Après les analystes de Mirabaud Securities, rare bureau d'études à ne pas s'être laissé berner par le mirage des comptes de Wirecard, d'autres appellent désormais les investisseurs à la prudence sur le titre Tesla.

Après avoir ouvert en hausse de près de 5% jeudi, ce dernier est d'ailleurs revenu à l'équilibre en fin de matinée à New York.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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