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Après Wirecard, ces signes d'alerte pour repérer le prochain scandale financier

samedi 4 juillet 2020 à 07h00
Les signaux d'alerte à surveiller pour détecter le prochain scandale financier

(BFM Bourse) - La révélation le mois dernier que l'étonnant succès de Wirecard se fondait sur une fraude a retenti comme un coup de tonnerre sur la place allemande. Mais historiquement, les scandales financiers se suivent et se ressemblent finalement beaucoup... Malgré les appels à davantage de surveillance et de contrôle, la question n'est pas de savoir si le cas se reproduira - mais quand. Les analystes de Mirabaud Securities - un des seuls bureau d'études à ne pas s'être laissé berner par le mirage des comptes de Wirecard - ont visiblement leur idée.

Est-ce sa formation universitaire (son profil LinkedIn indique qu'il est diplômé en psychologie) qui a permis à Neil Campling de percer à jour la réalité de l'activité de Wirecard? Cet analyste est en tous cas l'un des seuls à sortir grandi du scandale de la fintech allemande, laquelle a demandé l'ouverture d'une procédure de faillite alors que l'essentiel de sa trésorerie est apparue totalement fictive.

Neil Campling, doté d'une solide expérience financière en tant que gérant mais aussi directeur financier, est aujourd'hui responsable chez Mirabaud Securities de la recherche sur le secteur des technologies, médias et télécoms. Alors que 90% des bureaux suivant Wirecard affichaient une opinion positive, Mirabaud était de longue date à la vente, estimant en mars dernier la valeur du titre à précisément... zéro euro.

Interrogé récemment par CNBC sur ce qu'il pourrait y avoir à sauver de l'activité de Wirecard (spoiler: pas grand chose selon lui), Neil Campling a par ailleurs expliqué pourquoi il avait jugé totalement irréalistes les projections du marché vis-à-vis du prétendu fleuron allemand des paiements. "Je voyais clignoter de nombreux signaux d'alerte, pour être franc. Nous avons rencontré la direction de Wirecard en octobre 2018 et nos questions sont restées sans réponse". L'une des plus évidentes était de comprendre comment la société pouvait afficher une marge aussi supérieure à la moyenne, apparemment la plus forte de son secteur, sans disposer d'une technologie particulièrement différenciée.

Premier drapeau rouge, "ils disaient investir en R&D environ 5% de leur chiffre d'affaires, soit 100 millions d'euros, quand une entreprise comme PayPal dépense plus de 2 milliards de dollars à l'année en R&D, et affiche un taux de marge deux fois moindre", explique-t-il (traduit par nous). Ensuite, "le taux de croissance de l'Ebitda au cours des trois derniers exercices était de respectivement 34%, 35% puis 36% et était attendu à 37% pour l'exercice suivant - soyons sérieux je n'ai jamais vu une entreprise afficher une telle linéarité dans son profil de croissance. Ça semblait vraiment trop beau pour être vrai".

Maintenant qu'il apparaît clairement que le succès Wirecard, désormais surnommé le "Enron allemand", reposait sur des comptes maquillés, la question est de savoir d'où viendra le prochain désastre financier. Dans une note, dont le Financial Times rapporte la teneur, Mirabaud Securities détaille les signaux d'alerte qui devraient attirer l'attention des investisseurs.

20 syndromes à surveiller

Selon le bureau d'études, pas moins de vingt symptômes suggèrent un risque de fraude :

1. Un patron communicatif à l'extrême, recherchant la publicité, utilisant les médias avec habileté et passant beaucoup de temps à courtiser les investisseurs

2. Un plan de rémunération monumental, qui ne soit pas assis sur les cash-flows ou les bénéfices mais surtout sur les ventes et/ou le cours de Bourse, ouvrant ainsi la voie à un enrichissement fabuleux en cas de forte hausse du cours (possiblement accompagné d'importants nantissements de la part du patron pour s'assurer par avance un train de vie de milliardaire)

3. Une rémunération globalement déconnectée de celle des entreprises du même secteur, malgré une rentabilité nettement moindre

4. Des projections éblouissantes ayant tendance, sur longue période, à s'avérer trop optimistes

5. Une fiabilité du produit ou du service sujette à caution, ou une technologie dont l'avance par rapport à des produits similaires n'est pas si évidente

6. Une forme d'auto-attestation de certains résultats (reprise de chiffres avancés par des filiales étrangères obscures, absence d'auditeur…), ou encore des brutales hausses d'activité en fin de trimestre, jusque et y compris au dernier jour.

7. Un montant important de créances clients, surtout pour une activité où le produit vendu est en principe payé sur le champ

8. Des signes suggérant que l'entreprise vit avec des bouts de ficelle (payant peu ou mal ses fournisseurs, salariés, bailleurs…)

9. Une évolution paradoxale de la marge: par exemple reflétant une diminution des frais généraux et administratifs alors même que l'entreprise développe son assise géographique, ou bien encore une stabilité du taux de marge brute malgré une diminution significative du prix de vente moyen

10. Une position de trésorerie revendiquée qui ne se traduit pas pour autant par des revenus d'intérêt significatifs

11. Une rapide rotation des effectifs, en particulier dans les départements financier et juridique, une tendance au départ de cofondateurs ou d'administrateurs

12. Une agressivité (par le biais de tiers rémunérés au besoin) à l'égard des critiques ou de ceux qui posent généralement trop de questions (lesquelles sont de toute façon rasoir).

13. Une détestation des hedge funds

14. Un dirigeant narcissique (bonus s'il utilise énormément les réseaux sociaux)

15. Des cohortes d'intervenant divers (anciens membres de l'entreprise notamment) affirmant depuis des années que quelque chose cloche, mais que la hausse du cours fait passer pour des idiots

16. Un ralentissement du taux de croissance des revenus, en dépit de tout le battage autour de l'entreprise et de son statut de valeur de croissance, ou des signes que la concurrence commence à grignoter une part de marché (partant d'un niveau trop important pour se maintenir durablement)

17. Une incapacité à dégager de réels bénéfices, tout en prétendant que c'est le cas, ou en affirmant que ce le sera avec le lancement de tel nouveau produit

18. Le recours massif (voire exclusif) à des mesures de performance ne répondant pas aux normes comptables en vigueur, comme les mesures non-GAAP aux USA, le passage d'une perte nette à un certain niveau profit expliqué sommairement par des éléments exceptionnels ou des rentrées inhabituellement importantes - surtout si le fait d'afficher des bénéfices pendant une période donnée permet d'intégrer un indice boursier prestigieux

19. Un conseil d'administration peu actif, si possible redevable d'une manière ou d'une autre au patron, comprenant éventuellement des proches du patron (membre de la famille…)

20. Des médias et des analystes crédules à souhait, ainsi que des dizaines de blogueurs intéressés, produisant des objectifs de cours improbables, intégrant à la valorisation des projets en développement qui n'auront pas de retombées dans les comptes avant des années au mieux

Comme le souligne le Financial Times, la liste ci-dessus est trop détaillée pour être anodine. En creux, Mirabaud appelle à la prudence vis-à-vis d'une très grosse capitalisation en particulier. Les lecteurs n'auront pas eu de mal à reconnaître dans ce portrait robot une société californienne fondée et dirigée par un homme d'affaires bien connu pour ses lubies et qui a déjà subi les remontrances des autorités... Sans empêcher sa société d'atteindre récemment un nouveau record en Bourse.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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