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Spacex : Les premiers résultats de SpaceX ont beau être «tout à fait honorables», l'action du groupe d'Elon Musk dévisse de 10% à Wall Street, voici pourquoi

Aujourd'hui à 10:28
SpaceX chute en Bourse

(BFM Bourse) - Le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle a livré mardi soir après la clôture du marché des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Mais la forte hausse de ses dépenses d'investissements dans son activité d'intelligence artificielle fait grincer des dents le marché.

SpaceX était attendu au tournant pour ses premiers résultats depuis son arrivée en fanfare à la Bourse de New York, le 12 juin dernier.

Rappelons que si l'entreprise fondée par Elon Musk a connu des premiers pas tonitruants sur la cote, au point de flirter avec les 3.000 milliards de dollars de capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions), le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle (IA) déchante depuis.

Le titre évolue en baisse de 14% par rapport à son cours d'introduction en Bourse (135 dollars) et chute même de 50% par rapport à ses plus hauts historiques.

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À l'enthousiasme (que d'aucun qualifierait d'irrationnel) autour de son arrivée à Wall Street ont succédé les doutes sur les lourds investissements de la société pour, notamment, développer ses activités d'IA.

SpaceX a identifié au total 26.500 milliards de dollars de revenus potentiels à saisir dans l'IA. La société compte d'abord développer ses centres de données terrestres Colossus puis, à terme, lancer des data centers dans l'espace, grâce au développement de Starship, son lanceur entièrement réutilisable.

Or, le marché redoute actuellement que l'IA ne tienne pas ses promesses de croissance et que les grands "hyperscalers" (Amazon, Oracle, Microsoft) dépensent comme des paniers percés.

SpaceX a lui-même alimenté ces craintes en émettant 25 milliards de dollars d'obligations quelques jours après avoir récolté 86 milliards de dollars d'argent frais via son introduction en Bourse.

Des résultats au-dessus des attentes mais...

Malheureusement pour les actionnaires du groupe, la première publication de SpaceX en tant qu'entreprise cotée n'a pas apaisé les investisseurs, au contraire.

Les résultats du deuxième trimestre à proprement parler cochent les bonnes cases. Le groupe a généré des revenus de 7,8 milliards de dollars en hausse de 92%.

Le chiffre d'affaires de sa division de lanceurs a atteint 962 millions de dollars, en progression de 29%, les revenus de Starlink ont grimpé de 65% à 4,3 milliards de dollars quand les métiers d'IA ont été multipliés par plus de trois à 2,56 milliards de dollars.

Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) ajusté a été multiplié par près de trois à 3,5 milliards de dollars. SpaceX a par ailleurs réduit par plus de six sa perte opérationnelle, à 143 millions de dollars, et divisé par deux sa perte nette à 541 millions de dollars.

Le groupe a battu les attentes à tous les étages. Selon un consensus compilé par S&P Global, les analystes attendaient des revenus de 6,86 milliards de dollars, une perte opérationnelle d'1,62 milliard de dollars. Par divisions, ils tablaient sur des revenus de 871 millions de dollars pour les lanceurs, 3,95 milliards de dollars pour Starlink et de 2,035 pour les activités d'IA.

"SpaceX a affiché des premiers résultats tout à fait honorables en tant que société cotée en Bourse", tranche Stephen Innes, de Spi AM.

"Les résultats de chacun des trois principaux segments de SpaceX ont dépassé nos prévisions pour tous les indicateurs clés, notamment le chiffre d'affaires, la marge brute et l'Ebitda ajusté", résume Citi.

La banque souligne aussi le ton affiché par l'équipe dirigeante groupe lors de la conférence analystes.

"L’optimisme de la direction l’a conduite à avancer l’objectif de chiffre d’affaires de l’entreprise, initialement fixé à environ 1.000 milliards de dollars pour 2031, à 2030, voire 'dès 2029'", explique la banque.

"Si cet objectif était atteint, ce résultat serait nettement supérieur au consensus Visible Alpha, qui table sur un chiffre d’affaires de 232 milliards de dollars en 2029 et de 372 milliards de dollars en 2030", ajoute-t-elle.

....Les dépenses d'investissement font tiquer

Et pourtant, les investisseurs n'ont guère apprécié cette première livraison. L'action SpaceX plonge ainsi de 9,9% dans les échanges de préouverture ce mercredi 5 août.

Deutsche Bank pointe la hausse des dépenses d'investissements ("capex") dans les activités d'IA qui reste en travers de la gorge des opérateurs de marché.

Dans ses comptes publiés mardi soir, le groupe a indiqué que ses "capex" dans l'IA avaient atteint 15,83 milliards de dollars (contre 1,17 milliard pour les lanceurs et 1,4 milliard pour Starlink), ce qui représente une multiplication sur un an de… 21.

"Les investissements massifs dans l'IA l'emportent sur" les revenus générés par la société dans ce domaine, tranche Morningstar.

"La croissance de l'IA est bien réelle, tout comme la charge financière qu'elle représente", résume pour sa part Stephen Innes de Spi AM.

John Plassard, de Cité Gestion, évoque lui "un prix à payer colossal" pour financer cette hyper-croissance. "Les revenus de l’IA commencent à décoller, mais les besoins de financement décollent encore plus vite", ajoute le spécialiste.

Le marché n'a que peu de patience actuellement pour des annonces qui ne lui siéent guère dans les "capex".

Lors de la récente saison des résultats, aussi bien Alphabet que Meta et Tesla ont été violemment sanctionnées par le marché pour avoir annoncé des hausses de ces dépenses ou, dans le cas de Tesla, pour ne pas avoir su convaincre sur ce point.

Lors de la conférence de Tesla tenue avec les analystes financiers, Elon Musk avait encore promis de dépenser "aussi vite que nous pouvons" sans "trop gâcher". Pas forcément le message le plus rassurant…

"Nous nous attendons à ce que le rythme des avancées (de SpaceX, NDLR) en matière d'IA s'accélère considérablement", a cette fois déclaré Elon Musk aux analystes, mardi soir.

Manque de perspectives et "lockup"

D'autres points ont pu prendre à rebrousse-poil les investisseurs. Stephen Innes pointe le manque d'informations sur les perspectives.

"L'absence de feuille de route est plus préoccupante que les résultats. Les investisseurs ne disposent toujours pas d'informations suffisamment claires concernant la cadence des lancements de Starship, les missions pour les lanceurs, les futures dépenses d'investissement et le calendrier des retours sur investissement liés au développement de l'IA", regrette-t-il.

"Le point faible de la publication est l’absence de perspectives détaillées sur les revenus futurs, les coûts et le niveau de capex, alors que ce sont précisément ces éléments qui permettront de juger la rentabilité réelle du modèle", abonde John Plassard de Cité Gestion.

"SpaceX a prouvé qu’elle pouvait croître à une vitesse exceptionnelle ; elle doit maintenant démontrer que son empire spatial et technologique peut devenir une machine à cash, et pas seulement la plus spectaculaire machine à investir de la planète", tranche l'expert de marché.

John Plassard évoque également les craintes du marché liées à l'expiration du premier "lockup" de la société, jeudi prochain.

Ces "lockup" sont courants sur l'ensemble des différentes places boursières. Ces clauses correspondent à des engagements que des actionnaires prennent, en acceptant de ne pas acheter ou vendre d'actions sous certaines conditions (comme une durée équivalente à un certain nombre de jours).

Dans le cadre de l'introduction en Bourse de SpaceX, de nombreuses clauses de "lockup" encadrent les participations des actionnaires existants, dont le plus important d'entre eux, à savoir le directeur général et fondateur Elon Musk (qui possède environ 46% du capital).

Si bien que le flottant de la société, c'est-à-dire la part du capital de la société, reste faible, avec moins de 5% du total et 629 millions d'actions.

Or l'expiration de l'ensemble des "lockup" pourrait théoriquement mettre sur le marché plus de 6,4 milliards d'actions, selon les calculs de Morningstar.

L'introduction en Bourse du groupe prévoit l'expiration d'un premier "lockup" deux jours après la parution des premiers résultats de l'entreprise. Jusqu'à 911,5 millions de titres supplémentaires, soit près de 50% de plus que lors de l'introduction en Bourse, pourraient être cédés sur le marché, jeudi.

"Nous pensons que la plupart des actions disponibles seront mises sur le marché, car les vendeurs actuels bénéficient d’un faible coût d’acquisition et ont détenu leurs titres pendant de longues périodes", juge Nicolas Owens de Morningstar.

"L'ampleur de cette libération potentielle de titres risque de créer une pression technique importante et d'accroître la volatilité du cours de l'action à court terme", considérait de son côté la société de recherche Zephirin, citée par Dow Jones Newswires.

Une cote d'amour pourtant élevée

Malgré tous ces sujets de préoccupation, SpaceX bénéficie d'une cote d'amour très élevée auprès des bureaux d'études. Selon les données d'investing.com, 27 des 35 analystes couvrant le titre recommandent d'acheter son action et seulement deux de la vendre. Raymond James voit même la capitalisation du groupe atteindre 10.000 milliards de dollars.

Citi a réitéré son conseil à l'achat, estimant que l'action bénéficiera d'une multitude de catalyseurs dans les deux à trois prochaines années, notamment le développement de Starship.

Cette fusée en cours de développement doit à terme être entièrement réutilisable, tirant ainsi vers le bas les coûts de lancement des satellites.

À l'heure actuelle, les Falcon9 et Falcon Heavy de SpaceX ont abaissé ces coûts à environ 2.000 dollars par kilogramme contre un coût historique de 18.000 dollars par kilogramme. Or Elon Musk promet que ces coûts pourraient encore être divisés par dix dans les prochaines années, pour tomber entre 300 et 1.000 dollars le kilogramme, grâce à la nouvelle fusée Starship.

La baisse de ces coûts permettra de multiplier les satellites Starlink en orbite et donc les sources de revenus récurrents via les services de connectivité, mais aussi permettre l'apparition à terme de centres de données dans l'espace.

"Selon nous, le déploiement réussi de Starship ouvrira la voie la plus abordable et la plus évolutive pour exploiter le potentiel économique de l'espace, permettant ainsi à SpaceX d'accéder à des marchés d'une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars qu'aucune autre entreprise ne peut, de manière réaliste, exploiter", assure Citi.

La banque a un objectif de cours de 200 dollars sur le titre (qui s'échange à 113 dollars actuellement) et pense que l'action dépassera à terme les 900 dollars.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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