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Sanofi : Pourquoi Sanofi mise autant sur Synthorx, cette société qui réinvente l'ADN

lundi 9 décembre 2019 à 13h34
Sanofi poursuit son offensive dans les biotechnologies

(BFM Bourse) - Le groupe français va lancer une OPA à 2,5 milliards de dollars pour acquérir la biotech californienne. Le produit le plus avancé de Synthorx n'en est qu'au stade initial d'essais chez l'homme. Mais la firme a mis au point une plateforme de génie génétique susceptible de "changer l’exercice de la médecine", en ajoutant deux lettres supplémentaires (baptisées X et Y) au code A-T-C-G formant l'ADN. De quoi envisager la création de protéines thérapeutiques totalement inédites.

Première grosse opération pour Paul Hudson, le nouveau directeur général de Sanofi. Le groupe pharmaceutique français a annoncé lundi l'acquisition pour un montant de 2,5 milliards de dollars, entièrement en numéraire, de la biotech américaine Synthorx, soit 7,5 fois la valorisation atteinte par cette dernière (332 millions de dollars) lors de son introduction au Nasdaq en décembre 2018.

"Cette acquisition cadre parfaitement avec notre stratégie et notre volonté de dynamiser l’innovation et de bâtir un portefeuille composé de médicaments de haute qualité, comme nous allons l’exposer demain 10 décembre à l’occasion de notre Capital Markets Day. Elle est de plus en phase avec notre objectif de doter notre franchise oncologie de médicaments ayant le potentiel de changer l’exercice de la médecine, ainsi que d’associations thérapeutiques innovantes", a déclaré Paul Hudson, à la tête de Sanofi depuis septembre.

Le projet d'acquisition a reçu l'aval du conseil d'administration des deux sociétés, et prendra la forme d'une offre publique d'achat (OPA) de Sanofi à 68 dollars pour chaque action Synthorx. Introduit à 11 dollars, le titre en valait 25 vendredi soir à Wall Street après une envolée de 40% au cours de la semaine dernière.

Deux paires de base dans l'ADN

Ce rachat pour un montant à neuf chiffres s'inscrit dans la continuité d'un parcours exceptionnel pour la firme californienne, fondée seulement en 2014 par le biochimiste et généticien Floyd E. Romesberg sur la base de ses recherches au Scripps (institut de recherche californien, à nouveau classé cette année par la revue Nature comme l'institut à but non lucratif le plus influent du monde, devant le MIT). Si la firme est aujourd'hui dirigée par Laura Shawver, Floyd Romesberg reste conseiller de Synthorx pour les questions scientifiques.

L'ADN composant les cellules de tous les êtres vivants est composé uniquement à partir de deux paires de bases, dites naturelles, désignées par les lettres A, C, G et T (le génome humain compte 3,4 milliards de paires de base, celui des premières bactéries séquencées quelques millions). Or, l'équipe que Romesberg dirigeait au Scripps Institute est parvenue non seulement à élaborer une nouvelle paire (X et Y), mais à créer des micro-organismes avec un ADN ainsi enrichi.

Les différents arrangements des deux paires d'origine dans notre génome permettent de former 20 acides aminés dit protéinogènes, c'est-à-dire capables de former les protéines qui sont les briques essentielles du fonctionnement de l'organisme. L'ajout d'un nouvelle paire de base (dite non-naturelle) permet de démultiplier ce potentiel, créant théoriquement... 172 acides aminés différents. Et donc d'enrichir considérablement la palette de matériaux susceptibles de produire des nouvelles protéines, en particulier à but thérapeutique.

Produire des protéines nouvelles

Avec la révolution des biotechnoloqies, les protéines thérapeutiques (par exemple les anticorps comme Humira, le médicament actuellement le plus vendu au monde) ont pris depuis les années 1990 une importance considérable dans le traitement de nombreuses maladies comme le cancer, mais il y a de nombreuses limites à leur utilisation que la boîte à outil des 20 acides aminés de base disponible jusqu'ici ne permet pas toujours de résoudre. La plate-forme de Synthorx utilisant un alphabet génétique étendu permet donc d'envisager la production de protéines totalement nouvelles avec des propriétés thérapeutiques améliorées, pour davantage d'efficacité et de sécurité pour les patients.

Le premier traitement expérimental de la firme, THOR-707, se présente ainsi comme une version améliorée de l'interleukine-2 (IL-2), une protéine qui possède des fonctions très variées au sein du système immunitaire, en mobilisant les lymphocytes pour éliminer les cellules cancéreuses.

Sous le nom d'aldesleukine (Proleukin), elle est donc utilisée depuis près de 25 ans pour le traitement de certains cancers, avec un taux de réponse clinique significatif, et même dans certains cas une guérison. Mais en l'état, cette protéine provoque d'importants effets secondaires (épanchement vasculaire dans les tissus, pouvant provoquer des œdèmes mortels) tout en étant rapidement dégradée par l'organisme, nécessitant un protocole d'administration très lourd: trois injections quotidiennes pendant une semaine, le tout sous surveillance étroite des paramètres vitaux. Plusieurs laboratoires travaillent sur des pistes pour éliminer ces obstacles, mais Synthorx considère que sa "Synthorine" (nom déposé pour protéine de synthèse), qui inclut un acide aminé nouveau, ne nécessitant qu'une injection en quinze jours, a la capacité de véritablement déplacer le curseur en devenant le meilleur IL-2 pour le traitement des tumeurs solides.

Un traitement en phase d'essai clinique

"La plateforme technologique exceptionnellement innovante de Synthorx a déjà donné naissance à une molécule qui pourrait devenir la pierre angulaire de la prochaine génération de traitements combinés en immuno-oncologie. En augmentant sélectivement le nombre de lymphocytes T effecteurs et de lymphocytes NK (natural killer) dans l’organisme, THOR-707 pourra être combiné avec nos médicaments actuels d’oncologie et les futurs immunomodulateurs de notre portefeuille de développement pour traiter le cancer" a indiqué le docteur John Reed, patron de la R&D de Sanofi.

Outre le THOR-707, qui est entré cette année en phase d'essais cliniques, Synthorx développe d'autres programmes en stade plus précoce concernant des cytokines thérapeutiques (synthorines d'IL-15 et IL-10) et THOR-809 dans le traitement des maladies auto-immunes.

Sanofi espère donc que la plate-forme d'alphabet génétique étendu de Synthorx lui permette de développer tout un portefeuille d’agents thérapeutiques différenciés, utilisés seuls ou en combinaison notamment avec sa plateforme Nanobody, acquise en 2018 via la société belge Ablynx pour 3,9 milliards d'euros, et dont est issue un premier médicament, le Cablivi.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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