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Safran : Avec des objectifs «seulement» confirmés et des investissements qui vont s'alourdir pour suivre les cadences d'Airbus et Boeing, Safran plonge de 9% en Bourse

Aujourd'hui à 16:05
Safran chute en Bourse

(BFM Bourse) - L'équipementier aéronautique a simplement confirmé ses objectifs annuels alors que les investisseurs espéraient un relèvement, tandis que la croissance des ventes de pièces détachées et des services pour moteurs civils a déçu les analystes.

La mécanique bien huilée de Safran se grippe quelque peu ce vendredi 23 octobre. L'équipementier et motoriste aéronautique a pour (bonne) habitude de présenter des copies immaculées au marché, fort de ses perspectives rayonnantes.

Via CFM International, sa coentreprise avec l'américain GE Aerospace, le groupe bénéficie d'une position de marché fort enviable sur les monocouloirs, avec le CFM56, le moteur d'avions civils le plus vendu au monde ainsi que son successeur, le Leap, qui équipe à la fois la famille A320 neo d'Airbus et la famille 737 MAX de Boeing (et même les avions du chinois Comac).

Ce qui permet à Safran de jouir d'une forte croissance dans les services d'après-vente (maintenance, révision, réparation, ventes de pièces détachées) pour les moteurs civils, ultra-rentables, même si le groupe refuse de communiquer leurs marges.

Couplée à une exécution remarquable, ce positionnement a permis à Safran d'enchaîner les "beat and raise", c'est-à-dire les publications où le groupe dépasse les attentes tout en relevant un ou plusieurs objectifs.

Ralentissement des services d'après-vente

Problème: le marché s'est habitué à ces bonnes copies et a en tête le bilan solide du groupe. La moindre anicroche ou commentaire négatif peut être violemment sanctionné.

Or la publication de l'activité du troisième trimestre, livrée ce vendredi 23 octobre, présente plusieurs accrocs.

La Bourse a la main lourde: l'action Safran chute de 8,8% en milieu d'après-midi, la deuxième plus forte baisse du CAC40 derrière Kering qui plonge de 16% après un troisième trimestre décevant.

Sur la période allant de juillet à fin septembre, le groupe a dégagé des revenus ajustés à 9 milliards d'euros en croissance de 15,2% sur un an, un chiffre pile en ligne avec les attentes (8,99 milliards d'euros).

Toutefois, la croissance des ventes de pièces de rechange (+17% après 27,9% au premier semestre) et des services pour moteurs civils (+19% après 40,4%) a déçu. Barclays attendait 20% pour les pièces de rechanges, Jefferies tablaient sur des taux supérieurs pour les deux segments, de même qu'Oddo BHF.

"Le ralentissement prévu de la croissance d'un trimestre à l'autre s'est avéré un peu plus marqué que ce que nous avions prévu, ce qui a donné lieu à des résultats légèrement décevants", tranche Barclays.

Les "capex" en question

Par ailleurs, Safran a, à l'issue de cette publication, simplement confirmé ses prévisions pour 2026, visant un chiffre d'affaires ajusté en croissance d'environ 15%, un résultat opérationnel courant ajusté compris entre 6,4 milliards et 6,5 milliards d'euros et un flux de trésorerie libre situé entre 4,7 milliards et 4,9 milliards d'euros.

Or le marché pouvait s'attendre à un relèvement d'objectifs de la part de Safran. Ce d'autant que son partenaire GE Aerospace avait rehaussé ses perspectives pour 2026, il y a trois jours.

"Malgré une croissance de 17,5% de son chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois, Safran s'est contenté de réaffirmer ses prévisions pour l'exercice 2026 à l'issue d'un communiqué de presse par ailleurs conforme aux attentes. Contrairement à GE Aerospace, qui a exprimé sa confiance dans ses perspectives lors de la publication de ses résultats, Safran n'a fait aucune référence à l'exercice 2027 dans son communiqué de presse", explique Oddo BHF.

"Nous pensons que les investisseurs s'attendaient à une révision à la hausse des prévisions lors de la publication aujourd'hui, la dynamique des activités liées à la maintenance, à la réparation et à la révision (MRO) des moteurs restant soutenues", abonde Royal Bank of Canada.

Surtout plusieurs analystes pointent une raison majeure qui a déclenché le plongeon de l'action Safran: l'alourdissement des dépenses d'investissements ("capex").

Lors de la conférence téléphonique avec les analystes, le directeur général, Olivier Andriés a prévenu que le groupe allait "accélérer significativement ses investissements dans les années à venir" avec un niveau de "capex" à plus de 6% des vente.

Un intermédiaire financier explique que, sur les dernières années, ces "capex" se situaient plutôt autour de 4,5%-4,6% du chiffre d'affaires.

"Avec cette indication, le consensus (la prévision moyenne des analystes) pour le flux de trésorerie 2027 doit s'ajuster d'environ 10% et un peu moins pour 2028", explique un autre intermédiaire financier.

Olivier Andriès a expliqué que ces dépenses d'investissements doivent augmenter pour "suivre le rythme" des clients du groupe, à savoir les avionneurs Airbus et Boeing, qui vont tous deux hausser leurs cadences de production sur les monocouloirs et les gros-porteurs. "Les deux (segments, NDLR) vont progresser de plus de 10%", a-t-il expliqué.

"Enfin et non des moindres nous allons investir significativement dans nos activités de défense simplement pour pouvoir soutenir notre croissance de plus de 20% d'ici à 2030", a-t-il ajouté.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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