(BFM Bourse) - Le groupe au losange a mal débuté l'année, pénalisé par les craintes d'une intensification de la concurrence chinoise en Europe et par des perspectives pas assez ambitieuses aux yeux des investisseurs. Le groupe dévoilera mardi son nouveau plan stratégique, un évènement dont la portée divise les analystes. Renault devra surtout démontrer que son exécution est sur les bons rails.
Après avoir déjà souffert l'an dernier, Renault n'a pas bien débuté 2026 en Bourse. L'action chute de 19,5% depuis le 1er janvier, ce qui constitue la sixième pire performance du CAC 40. Sur un an, la baisse s'établit à 42%.
L'an passé, Renault avait pâti du départ de son ex-directeur général (et artisan de son redressement), Luca de Meo, qui a rejoint Kering, et d'un lourd avertissement sur résultats, dû notamment à la faiblesse du marché des véhicules utilitaires.
Le début de 2026 a surtout été marqué par la montée en puissance des craintes autour d'une concurrence accrue de la part des groupes chinois en Europe. Dans une note publiée mi-janvier, Citi alertait sur ce risque, voyant la part de marché des constructeurs chinois atteindre près de 10% en 2026, contre 7% l'an passé.
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Or la banque américaine remarque que Renault (dont 70% des ventes sont réalisées en Europe) est traité en Bourse comme un "China proxy", c'est-à-dire que les investisseurs ont tendance à se positionner sur le groupe français en fonction du degré d'intensité de la menace chinoise en Europe. Ce même si Citi juge que ces craintes sont exagérées, Renault étant parvenu à augmenter ses parts de marché ces derniers mois.
"Le marché chinois n'est plus en croissance, ce qui accentue la pression sur les acteurs locaux pour qu'ils gagnent des parts de marché à l'échelle nationale et internationale", abonde Morgan Stanley.
Inquiétudes sur les perspectives 2026
En sus de ces inquiétudes, Renault n'est pas parvenu à rassurer le marché lors de la présentation de ses résultats annuels. Grosso modo, les chiffres se sont avérés en ligne avec les attentes, même si la marge opérationnelle du second semestre a un tantinet déçu. Surtout, les perspectives pour 2026 communiquées par le groupe se sont avérées inférieures aux prévisions de marché.
Renault table pour cette année sur une marge opérationnelle de 5,5% (après 6,3% en 2025) et sur un flux de trésorerie de l'automobile d'environ 1 milliard d'euros, contre 1,5 milliard l'an passé. Selon Citi, les investisseurs attendaient des chiffres respectifs de 5,8% et 1,2 milliard d'euros.
Plusieurs éléments expliquent ces objectifs en retrait. Une variation négative du besoin en fonds de roulement (pour simplifier la variation des décalages de trésorerie) de 300 millions pèsera sur le cash, cette année. Bank of America note qu'il s'agit d'un choix assumé par Renault pour "dé-risquer" les perspectives de génération de trésorerie.
Au niveau de la marge opérationnelle, la croissance de Renault sera portée par la montée en puissance des ventes de véhicules électriques, des ventes à l'international ainsi que par de plus fortes ventes aux partenaires (par exemple des moteurs fabriqués pour d'autres groupes automobiles).
Toutefois, ces trois leviers de croissance ont des impacts dilutifs sur la rentabilité de la société, car ces ventes sont moins bien margées que celles des véhicules thermiques et hybrides en Europe.
Les opérateurs de marché auraient pu s'accommoder de ces perspectives s'ils étaient convaincus que ces cibles s'accompagnaient d'un important degré de prudence.
Ce n'est pas nécessairement le signal qu'a envoyé la direction lors de la conférence téléphonique avec les analystes.
"Durant la conférence téléphonique, la direction a été transparente, et a donné des détails sur les facteurs positifs et négatifs pour 2026. Mais les facteurs négatifs, comme les effets de changes et l'impact des matières premières, prédominent. Cela donne l'impression qu'il n'y a pas beaucoup d''upside' (de potentiel de relèvement) sur les objectifs 2026", explique un intermédiaire financier.
L'action a chuté de 3,1% dans la foulée. Barclays résume assez simplement la donne: Renault n'a pas été "récompensé pour sa bravoure", c'est-à-dire sa transparence.
La banque note, elle aussi, que la société a fait l'inventaire des vents défavorables (changes, matières premières, pressions commerciales, coûts de régulation) et plus favorables (efforts sur les coûts, volumes plus élevés et redressement du marché des utilitaires, qui est très rentable). In fine, cela se traduit donc par une contraction de 0,8 point de pourcentage.
"Mais nous soupçonnons que le marché aurait préféré des prévisions encore plus prudentes, dans un contexte de pression commerciale et de menace d'importations chinoises dans l'Union européenne", pointe Barclays.
Un "Strategy Day" comme catalyseur?
Après ces premiers mois compliqués de 2026, Renault va tenter de convaincre le marché qu'il peut repartir de l'avant. Le premier rendez-vous d'envergure a lieu mardi prochain, avec l'organisation d'un "Strategy Day", durant lequel le constructeur déroulera sa feuille de route pour les prochaines années.
"Nous continuerons à prioriser la valeur sur les volumes", a déjà prévenu le directeur général François Provost, successeur et ancien lieutenant de Luca de Meo, qui a donc fait sien le mantra de son prédécesseur.
Renault a déjà livré ses objectifs financiers de moyen terme, visant une marge opérationnelle comprise entre 5 et 7% chaque année ainsi qu'un flux de trésorerie de l'automobile au moins égal à 1,5 milliard d'euros par an. Les revenus devraient progresser à un taux "mid single digit" (autour de 5%) tandis que le dividende doit progresser en valeur absolue.
La société compte dans cette optique réduire les coûts variables par véhicule produit de 400 euros par an en moyenne grâce à "des améliorations technologiques, à la compétitivité de Horse Powertrain (une co-entreprise du groupe avec Geely et Saudi Aramco spécialisée dans les moteurs hybrides et thermiques, NDLR), et à la collaboration étroite avec ses fournisseurs".
Le groupe au losange entend aussi abaisser de 40% les tickets d'entrée des nouveaux projets notamment grâce à la généralisation "du temps de développement des véhicules à deux ans et à la réorganisation des process".
Par ailleurs, la société "prévoit de dévoiler des feuilles de route détaillées concernant les technologies des véhicules électriques et des logiciels lors du 10 mars, avec des leviers de performance clés tels que les architectures de véhicules électriques de nouvelle génération, la technologie LFP/cell-to-pack (une technologie de batterie qui repose sur la chimie (lithium fer phosphate, NDLR) permettant de réduire de 20% le coût des batteries, et une attention constante portée à la compétitivité des produits", écrit Bank of America.
Maintenant que les grandes lignes ont été tracées, le "Strategy Day" peut-il constituer un catalyseur pour l'action?
Alphavalue attend en tout cas cette journée pour revoir son opinion positive sur le titre. "L'accent mis par le groupe sur la fourniture de produits compétitifs et de haute qualité dotés de capacités SDV ("software defined vehicle", les véhicules définis par les logiciels, avec des système d'exploitation sous Android NDLR) avancées, associé à une discipline stricte en matière de coûts, à des rendements soutenus pour les actionnaires et au développement continu de sa stratégie de partenariat, donne des signes encourageants", écrit toutefois le bureau d'études indépendant.
Le Strategy Day "devrait confirmer que Renault figure parmi les constructeurs les mieux positionnés (produits, initiatives en matière de coûts, positionnement technologique) pour naviguer dans l'environnement actuel (difficile)", anticipe de son côté Oddo BHF.
Le courtier pense également que le constructeur soulignera "les possibilités d'amélioration (des résultats, NDLR) après 2026 et l'augmentation du retour à l'actionnaire au fil du temps, principalement via des dividendes et éventuellement des rachats d'actions (liés à la cession de la participation dans Nissan ?)".
Renault possède toujours 35,7% du capital de son allié japonais et a stoppé en 2025 ses ventes de titres, alors que le cours de l'action Nissan est actuellement proche de ses plus bas historiques.
Des ambitions qui nécessiteront une importante exécution
Pour Barclays, la difficulté du groupe lors de ce "Strategy Day" sera "d'étayer les affirmations relatives à l'augmentation des marges à moyen terme, à l'augmentation du flux de trésorerie disponible et à la croissance du chiffre d'affaires".
"Mais nous pensons qu'il pourrait être difficile de convaincre les sceptiques à court terme", reconnaît la banque britannique.
Un Strategy Day "présenté avec assurance pourrait contribuer grandement à rétablir la confiance et à soutenir le cours de l'action", considère de son côté Bernstein.
Bank of America pense en tout cas que Renault doit davantage convaincre le marché de la crédibilité de ses ambitions de moyen terme.
"Nous saluons le fait que la nouvelle équipe de direction dirigée par François Provost ait réajusté ses prévisions à un niveau plus crédible. Même si les nouveaux objectifs correspondent globalement au consensus, nous pensons que de nombreux investisseurs ne croient toujours pas pleinement en eux. Sinon, la valorisation et le cours de l'action Renault seraient, selon nous, nettement plus élevés".
La banque américaine estime qu'il faut regarder au-delà du court terme. La valorisation à la casse de la société et ses objectifs appuyés par des leviers sur les coûts sont encourageants.
"À partir de là, nous pensons que tout repose désormais sur la mise en œuvre et le rétablissement de la confiance (auprès du marché) dans la trajectoire", conclut Bank of America.
Autrement dit, Renault devra démontrer trimestre après trimestre qu'il est sur la bonne trajectoire.
Barclays se montre confiante. "Sous la direction de son nouveau directeur général, François Provost, Renault fait preuve d'un sens aigu de l'urgence en ce qui concerne l'amélioration de ses structures de coûts dans un contexte de pression commerciale et concurrentielle accrue et de concurrence croissante (chinoise)".
"Les fondements de Renault sont solides (nouveau directeur général pragmatique, produits de qualité, forte attention portée aux coûts), mais le contexte externe est difficile, la pression commerciale en Europe ne devant pas s'améliorer en 2026/27, selon nous. La direction a toutefois réaffirmé sa confiance dans le pipeline (les lancements, NDLR) de produits pour soutenir une croissance à un chiffre du chiffre d'affaires, tout en améliorant progressivement la rentabilité grâce à une série d'initiatives de réduction des coûts", développe l'établissement d'outre-Manche.
Citi juge que l'action Renault a été "survendue", quand Bernstein affiche aussi un certain optimisme sur le moyen terme.
"Bien que nous reconnaissions les pressions concurrentielles auxquelles Renault est confronté en Europe, nous pensons que la qualité de ses produits constitue l'une des meilleures réponses à la concurrence chinoise. Nous estimons que la configuration actuelle de Renault est potentiellement favorable à une évolution positive (de l'action, NDLR), avec la protection de sa part de marché en Europe grâce à des livraisons initiales solides de ses nouveaux produits phares 2026, tels que la Clio", développe le bureau d'études.
La Renault Clio VI débute ses livraisons dans les prochaines semaines. L'Alpine A380 et la Renault Twingo électrique constitue les autres grands lancements du groupe en Europe. En Inde, la société commercialisera le Renault Duster tandis que le SUV Boreal poursuivra son déploiement dans plusieurs pays. Le groupe entend aussi commercialiser un pick-up à l'international au second semestre.
UBS, a contrario, se montre sceptique sur les ambitions de Renault. La banque suisse estime que l'Europe n'offrira aucune croissance à moyen terme. En conséquence, la hausse du chiffre d'affaires d'environ 5% par an ciblée sur la société reposera sur l'international. La banque suisse calcule que le groupe devra enregistrer une progression de ses revenus d'environ 20% par an hors Europe.
La banque suisse n'y croit tout simplement pas car Renault a vu ses parts de marché dans des pays comme le Brésil et la Turquie plonger depuis 2019.
De même, la banque suisse se montre sceptique sur l'objectif de rentabilité. UBS estime qu'actuellement la marge opérationnelle en Europe se situe à environ 7% tandis que les activités internationales ne sont pas à l'équilibre.
"Il pourrait s'avérer difficile d'accroître la marge bénéficiaire en Europe en raison de la concurrence, de la détérioration des prix dans le secteur et de l'augmentation des coûts réglementaires. Par conséquent, la marge opérationnelle pour les activités internationales doit au minimum atteindre le seuil de rentabilité pour que Renault puisse atteindre la fourchette basse de son objectif de marge opérationnelle de 5% à 7%", développe UBS.
La banque suisse pense là encore que cela ne surviendra pas en raison de la compétition dans ces pays émergents. L'établissement voit la marge opérationnelle de la société redescendre vers 3-4% d'ici à 2028.
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