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Pétrole brent : L'Arabie Saoudite craindrait que le pétrole tombe sous les 40 dollars

mardi 11 juin 2019 à 16h39
Le baril de brut peut-il finir l'année sous les 40 dollars ?

(BFM Bourse) - Inquiets du regain de tensions commerciales qui pèse sur la croissance mondiale, donc sur la demande en matières premières, l'Arabie Saoudite tente de convaincre la Russie, pays partenaire de l'Opep, de prolonger l'accord de limitation de la production en vigueur depuis début décembre.

Il y a encore quelques semaines, l’Opep+ (l'Organisation des pays exportateurs de pétrole plus une dizaine de pays partenaires dont la Russie) discutait d’une possible sortie de l’accord de limitation de la production parce que le marché de l’or présentait un risque de resserrement excessif. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite est prête à tout pour prolonger les coupes et pourrait même unilatéralement décider de réduire encore ses extractions, afin d’éviter un glissement trop brutal des cours du brut.

Selon Nick Cunningham, spécialiste du marché pétrolier pour le site Oilprice.com, des officiels russes et saoudiens auraient discuté lundi d’un scénario noir pour eux dans lequel le baril de brut chuterait sous les 40 dollars, reconnaissant ainsi que les conditions de marché se sont rapidement détériorées. Ils considèrent que cette issue n’est pas à exclure s’ils ne parviennent pas à prolonger l’accord en question. "Il existe, aujourd’hui, de grands risques d’offre excédentaire" a de son côté déclaré le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, à Moscou, lundi, à l’issue de sa rencontre avec son homologue saoudien, Khaled al-Faleh. "Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que nous devons mener à bien des analyses plus poussées tout en suivant le déroulement des événements sur le marché en juin" a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine, lui, semble alimenter les spéculations quant à une rupture entre l’Opep et ses pays partenaires, lors de leur prochaine réunion à Vienne, comme il l’a déclaré à l’agence de presse russe Interfax, la semaine dernière : "Évidemment que l’Arabie Saoudite veut que les cours de l’or noir restent à un niveau élevé (…) mais, grâce à la nature de l’économie russe, plus diversifiée, nous n’en avons pas besoin".

Multiples investissements saoudiens en Russie

Les Saoudiens, eux, cherchent désespérément à prévenir une telle spirale baissière. "Avec la Russie, mais également au niveau de l’Opep+, nous travaillons avec l’objectif de prendre des mesures préventives pour empêcher que ce scénario ne se produise pas" a ainsi déclaré Khaled al-Faleh à Moscou lundi. Il ne fait aucun doute, aux yeux des observateurs avisés, que le ministre saoudien tente de convaincre son homologue russe du bien-fondé et de la sagesse d'un prolongement de limitation de la production, décidée début décembre 2018 lorsque le baril de WTI évoluait autour des 50 dollars.

Peut-être pour rendre le plan plus alléchant aux yeux de Vladimir Poutine, l'Arabie saoudite considère actuellement la possibilité d'investir dans de multiples projets en Russie, notamment celui dit du "Arctic LNG 2", le nouveau projet géant de gaz naturel liquéfié situé sur la péninsule de Gydan dans le Nord de la Sibérie. Le royaume envisagerait également de prendre des parts dans le groupe pétrochimique Sibur Holding, ainsi que des investissements dans des projets en partenariat avec Gazprom et Rosneft, selon Bloomberg.

Ce qui pousse le royaume à agir de la sorte, c'est le constat que les perspectives sur le marché de l'or noir se sont très rapidement assombries. Il y a encore moins d'un mois, l'Agence internationale de l'énergie anticipait en effet un déficit assez important de l'offre au deuxième trimestre, même si l'institution constatait également quelques craquelures au niveau de la demande. Depuis lors, la situation s'est de toute évidence largement détériorée, le pétrole brut ayant connu son pire mois, en mai, depuis la crise financière de 2008 (-11,4% pour le Brent, -15,6% pour le WTI lors du mois écoulé).

Un décalage grandissant entre l'offre et la demande

Et les remous sont peut-être loin d'être terminés sur le marché de l'or noir, comme en témoigne le nombre croissant d'analystes qui dégradent leurs anticipations pour 2020. "Les équilibres étaient déjà préoccupants pour 2020 donc la dégradation de la demande que nous observons actuellement pourrait rendre la suite très moche" estime par exemple Roger Diwan, analyste chez IHS Markit. Les analystes anticipent notamment une offre excédentaire l'année prochaine, et ce même si les productions iraniennes et vénézuéliennes (les sanctions infligées par les USA à ces deux grands pays exportateurs de pétrole pèsent sur l'offre) ne parviennent pas à rebondir". Pour l'heure, S&P Global Platts estime que ce surplus devrait atteindre 400.000 bpj (barils par jour) en 2020, quand l'EIA (agence américaine de l'Energie) s'attend à un surplus plus modeste, de l'ordre de 100.000 barils par jour. C'est IHS Markit qui anticipe le marché le plus déséquilibré, puisque le cabinet prévoit que l'offre sera supérieure de 800.000 barils par jour à la demande.

Ce décalage grandissant entre l'offre et la demande est à mettre sur le compte d'une demande mondiale qui devrait se tarir tandis que la production américaine de schiste devrait continuer à progresser à un rythme soutenu. La production américaine établit actuellement record sur record. Dernier en date : 12,4 millions de barils par jour lors de la semaine bouclée le 7 juin dernier. Et dans le même temps, "il y a de plus en plus de signaux faisant état d'un ralentissement de la demande" note Martijn Rats, analyste du marché pétrolier pour Morgan Stanley interrogé par Bloomberg. La guerre commerciale sino-américaine, notamment, a considérablement augmenté les incertitudes quant à l'évolution de la croissance mondiale.

Cette dernière est en pleine phase de décélération, si l'on se fie au dernier indicateur PMI d'activité manufacturière, en net recul, dans un certain nombre d'économies puissantes, signal clair que celles-ci rencontrent des obstacles. Bill O'Grady, chef stratégiste chez Confluence Investment Management, a déclaré au Wall Street Journal que "de manière soudaine et dans tout type de pays, cet indice a chuté à un niveau auquel l'activité se contracte, ce qui est une mauvaise nouvelle pour la demande".

Commerzbank voit le Brent à 70 dollars en fin d'année

En faisant l'hypothèse que l'Opep+ décide de prolonger leur accord de limitation de la production, le groupe aura encore du travail pour se protéger d'une chute encore plus violente des cours, via un phénomène de "sell-off" (qui apparaît en fin de mouvement baissier et peut être identifié par une forte accélération de la baisse couplée à une forte augmentation des volumes), même si cela nécessite des sacrifices de leur part.

"La faiblesse des données économiques et l'intensification des conflits commerciaux ont rendu les perspectives liées à la demande beaucoup plus moroses. Nous avons donc révisé à la baisse nos prévisions pour le troisième trimestre, au cours duquel nous anticipons un baril de Brent à 66 dollars en moyenne contre 73 dollars auparavant" a par exemple noté Commerzbank dans une note sectorielle. Celle-ci précise en revanche que la prévision d'un baril de Brent à 70 dollars en fin d'année reste inchangée, les analystes de la banque allemande étant convaincus que l'Opep+ fera tout ce qui est en son pouvoir pour prévenir une offre excédentaire et maintenir les cours à un niveau plus élevé. Commerzbank note en effet que si Vladimir Poutine est sceptique par rapport au fait de laisser les prix grimper trop haut et est généralement satisfait par des cours de l'or noir au niveau auxquels ils se trouvent, le président russe a également indiqué que l'Opep et la Russie prendraient une décision commune. "Cela suggère que la Russie va prendre part à un accord de limitation de la production après la mi-année" concluent les analystes de la banque allemande.

L'Arabie saoudite pourrait encore réduire sa production

L'Arabie saoudite pourrait aller encore plus loin. Après l'annonce, par les États-Unis, de nouvelles dérogations ("waivers") pour les pays achetant du pétrole iranien, il y avait eu de nombreuses spéculations sur le fait que Riyad puisse décider d'augmenter ses extractions de l'ordre de 400.000 à 500.000 bpj. C'était avant l'affaiblissement récent du marché. Au lieu d'augmenter sa production, l'Arabie Saoudite a encore coupé de 120.000 bpj ses extractions en mai, par rapport au mois d'avril. Et les Saoudiens pourraient "encore réduire leur production" pour Helima Croft, analyste chez RBC Capital Markets.

En attendant d'en savoir plus sur une éventuelle extension de cet accord, les cours du pétrole brut ont terminé en nette baisse (-1% pour le WTI, -1,4% pour le Brent), lundi, après des rumeurs selon lesquelles le gouvernement américain s'attend à l'annonce d'une nouvelle forte hausse hebdomadaire des stocks de brut au terminal de Cushing, dans l'Oklahoma. Les prix de l'or noir se stabilisaient mardi matin dans les échanges européens, avant de repartir légèrement à la hausse dans l'après-midi, profitant de la hausse des actions et des anticipations de prolongation de l'accord d'encadrement de l'offre par l'Opep+. Vers 16h15, le baril de Brent de mer du Nord progresse de 0,2% à 62,45 dollars et celui de WTI texan avance de 0,4% à 53,61 dollars.

Quentin Soubranne - ©2019 BFM Bourse
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