(BFM Bourse) - La banque allemande a abaissé son conseil à "vendre" sur l'action du groupe de spiritueux, jugeant sa valorisation trop élevée au regard de ses perspectives de croissance incertaines et de son endettement.
Pernod Ricard connaît un début de semaine bien agité en Bourse. Le propriétaire des marques Absolut, Jameson, Martell ou encore Malibu appartient à un secteur souvent remué par les droits de douane.
Or un coup de théâtre sur les surtaxes douanières américaines est survenu vendredi.
La Cour Suprême américaine a annulé une grande parte des droits de douane américains en jugeant que la base légale des surtaxes dites "réciproques" était infondée. Ce qui a contraint l'administration Trump a annoncé de nouveaux droits de douane "uniformes" de 15% sur la base de la section 122 du "Trad Act" de 1974.
Concrètement, cela signifie que les droits de douane frappant les importations européennes restent sur le papier à 15%.
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Rien ne change donc, mais tout change en réalité. "Le nouveau (taux de) 15% agit davantage comme un dispositif transitoire que comme un point d’équilibre définitif. Cela signifie que ce taux peut évoluer rapidement selon les décisions politiques et les enquêtes commerciales en cours. Le vrai changement n’est donc pas le chiffre, mais la fragilité du cadre qui l’entoure", explique John Plassard, de Cité Gestion.
Rappelons, par ailleurs, que l'administration Trump brandit régulièrement la menace de droits de douane spécifiques sur les spiritueux (ou parfois les vins et champagne seulement) français et/ou européens à un taux qui va de 100% à 200%, selon les déclarations du président américain.
Pour l'heure Citi juge que les annonces du week-end sont "globalement neutres" pour le secteur des spiritueux. "Comme toujours, le diable se cache dans les détails et la reprise du débat sur les droits de douane entraînera une volatilité accrue sur l'ensemble du marché", considère néanmoins la banque américaine.
Une hausse injustifiée?
À la Bourse de Paris, l'action Pernod Ricard perd 3,9% tandis que le spécialiste du cognac Rémy Cointreau cède 3,2%.
Au-delà des incertitudes entourant les droits de douane, Pernod Ricard est pénalisé par une dégradation de Deutsche Bank qui est passée de "conserver" à "vendre" sur la valeur avec un objectif de cours ramené à 74 euros contre 75 euros. Au cours de clôture de vendredi, cette cible implique une baise de l'action du groupe de 15%.
Pernod Ricard a livré ses résultats semestriels le 19 février dernier. Si le groupe a publié des résultats semestriels inférieurs aux attentes, l'action a progressé de près plus de 2,7% grâce à des commentaires encourageants de la direction sur les tendances de marché aux États-Unis sur le début d'année 2026 .
Ce qui porte la performance de l'action Pernod Ricard à environ 15% depuis le 1er janvier, trois fois plus que le CAC 40 (+4,5%).
Mais Deutsche Bank se montre prudente. La banque considère que la récente hausse de l'action reflète des éléments exogènes aux fondamentaux de Pernod Ricard. Par exemple, elle estime que les craintes liées à l'intelligence artificielle (IA) ont poussé les investisseurs à se réfugier sur des titres peu menacés par cette technologie, comme les spiritueux.
La banque juge également que le secteur a été porté par quelques données encourageantes sur les ventes notamment celles de Nielsen, en janvier.
Vers une baisse du dividende?
Des éléments qui ne s'avèrent toutefois pas assez solides aux yeux de l'établissement. Deutsche Bank souligne que le titre Pernod Ricard s'échange actuellement 15,2 fois les bénéfices attendus en 2026.
"Nous considérons cela comme généreux pour une entreprise dont le ratio de dette nette/rapporté à l'Ebitda (le résultat brut d'exploitation, NDLR) est de 3,8 et dont les perspectives de croissance sont incertaines", avance la banque allemande.
L'établissement estime qu'un "reset", c'est-à-dire une remise à plat, est nécessaire tant sur la rentabilité et la rémunération des actionnaires avant que l'entreprise "puisse commencer à offrir un profil de croissance plus rapide et plus prévisible". Deutsche Bank anticipe une réduction du dividende de la société sur le prochain exercice, c'est-à-dire celui clos en mars 2027.
La banque allemande prévient que si les données de Nielsen sur le marché des spiritueux se sont améliorées en janvier, celles des premières semaines de février. Deutsche Bank a constaté un retour à une baisse des ventes "high single digits" (entre 7% et 9%, NDLR), qui s'étaient déjà observées en 2024 et 2025.
"Nous pensons que le ralentissement de la croissance du secteur des spiritueux reflète en grande partie une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels défavorables qui risquent de rendre la croissance moins fiable à l'avenir. Un mois de données 'moins mauvaises' (en janvier donc, NDLR) ne change en rien notre opinion", pointe Deutsche Bank.
Par ailleurs Deutsche Bank remarque que les dépenses de promotions et publicitaires de la société ont, depuis deux ans, nettement baissé, que ce soit en valeur absolue comme en pourcentage des ventes.
"Bien que nous comprenions que cela puisse refléter des rendements plus bas dans un contexte de demande plus faible, nous craignons que cela puisse nuire à la santé à long terme des marques de Pernod, entravant ainsi sa capacité à croître à plus long terme", prévient a banque allemande.
Tout ceci laisse Pernod Ricard à un niveau de valorisation qui "ne reflète pas un niveau élevé d'endettement et des perspectives de croissance incertaines", tranche Deutsche Bank.
La banque allemande consacre également une partie de son analyste à une potentielle introduction en Bourse des activités indiennes de Pernod Ricard. Bloomberg a rapporté la semaine dernière que le groupe réfléchissait à cette option. La société a, lors d'une conférence téléphonique jeudi dernier, "souligné que l'évaluation des options stratégiques fait partie du cours normal des affaires, mais n'a pas fait d'autres commentaires", a rapporté Barclays.
"Cela pourrait clairement aider l'entreprise à réduire son endettement, mais la diminution de la participation dans l'un des actifs les plus attractifs de Pernod devrait entraîner une baisse du multiple de l'actions, ce qui, selon nous, compenserait largement l'avantage lié à la réduction de l'endettement", tranche Deutsche Bank.
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