(BFM Bourse) - Le groupe a pris 47,5% en 2025, porté par les espoirs d'une consolidation du marché mais aussi par ses bonnes performances financières. Pour la suite, les analystes identifient plusieurs catalyseurs dont la journée dédiée aux investisseurs du 19 février prochain.
Dans le jargon boursier, Orange est ce que l'on appelle une valeur à "faible beta". Ce qui veut tout simplement dire que l'action du groupe télécoms a tendance à évoluer moins fortement que le marché.
À titre d'exemple, l'action avait baissé de 1,4% quand le CAC 40 avait chuté de 9,5% en 2022. En 2023, Orange avait pris 11% contre 16,5% pour l'indice parisien. En 2024, le groupe télécoms a perdu 6,6% quand le CAC 40 avait gagné 2,15%.
L'année 2025 a marqué une réelle rupture pour le titre, qui est sorti de son apathie. L'action Orange a bondi de 47,49%, la cinquième plus forte hausse du CAC 40.
L'envolée de l'action est surtout survenue sur la première partie de 2025. Face à l'incertitude provoquée par les droits de douane américains, Orange a offert un abri aux investisseurs refroidis par l'aversion au risque. Le groupe est en effet, peu sinon pas exposé aux surtaxes douanières, son activité étant avant tout locale et régulée.
Les valeurs présentant ce type de qualités ont été recherchées sur la première partie de l'année. Outre Orange, les "utilities" (Engie, Veolia, Iberdrola) et dans une moindre mesure la construction (Eiffage, Vinci, Bouygues) ont bénéficié de ce mouvement.
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La consolidation des télécoms en France
Orange a également déjoué les pronostics les plus défavorables au sujet de son activité en France. Certains bureaux d'études, comme Morgan Stanley, redoutaient un recul en 2025 du plus important indicateur de résultats de la société, l'"Ebitdaal" (le résultat brut d'exploitation après loyers) dans l'Hexagone.
Lors de la publication de ses résultats sur neuf mois, en octobre dernier, Orange a, au contraire, confirmé viser pour 2025 une hausse de cet indicateur supérieure à celle de 2024 (l'Ebitdaal avait alors gagné 0,5%).
Dernier point et non des moindres: Orange a été porté par les spéculations autour d'une consolidation du secteur télécoms en France, avec un potentiel retour à trois opérateurs, SFR, en difficulté financière, étant racheté par un autre acteur.
Alimentée par des informations de presse, ces spéculations se sont concrétisées lorsque, en octobre dernier, Orange, Bouygues et Iliad (Free) se sont alliés pour déposer une offre conjointe visant l'essentiel des actifs d'Altice France et donc SFR.
Altice France a certes rejeté cette offre dans la foulée. Mais le 22 janvier, à la suite d'un article de BFM Business, les trois opérateurs ont confirmé avoir repris langue avec le groupe Altice.
Des grandes synergies
Le rachat de SFR pourrait potentiellement créer d'importants bénéfices. Barclays évaluait entre 4,5 et 12,3 milliards d'euros, en valeur actuelle nette, les synergies que cette opération de consolidation du marché pourrait créer sur les coûts.
"Si la consolidation peut générer d'importantes synergies en termes de dépenses d'exploitation et d'investissement, c'est 'la réparation des prix' qui constitue la véritable source de valeur", expliquait de son côté Bank of America. Autrement dit, selon la banque, l'intérêt de l'opération serait surtout d'atténuer les pressions concurrentielles, les promotions, et donc de limiter les tensions sur les tarifs.
Après son beau parcours en 2025, l'action Orange peut-elle signer un nouveau millésime scintillant cette année? Les analystes sont relativement confiants, et identifient plusieurs éléments positifs pour l'action.
Citi est d'ailleurs passée à l'achat sur le titre le 5 janvier dernier, jugeant qu'Orange présente une thèse d'investissement "peu risquée". Les risques à la baisse sont contenus, Orange ayant un bilan financier solide, alors que dans le même temps, plusieurs catalyseurs existent sur l'action.
Évidemment, les investisseurs surveilleront comment le dossier SFR évoluera.
"Un accord sur la consolidation en France pourrait, selon nous, remédier à la seule véritable faiblesse de l'histoire boursière d'Orange, à savoir la faiblesse de la dynamique de croissance en France", souligne UBS, à l'achat sur le titre.
En se basant sur une transaction survenue aux Pays-Bas, la banque suisse estime que l'opération pourrait, via de moindres pressions sur les prix, ajouter jusqu'à 3 euros par action à Orange (qui cote à 15 euros).
Des obstacles au rachat de SFR
Citi, de son coté, rappelle que SFR n'est pas en situation de force. SFR affiche une dette nette de 16 milliards d''euros, soit un ratio d'endettement (la dette nette rapportée au résultat brut d'exploitation) de 5,1, selon la banque, un niveau extrêmement élevé. Les prochaines échéances de dette doivent survenir en 2028, explique Citi, qui s'attend à ce que SFR soit sous pression pour trouver une solution avant cette date.
Des obstacles réglementaires et politiques existent toutefois, puisque le retour à trois opérateurs serait potentiellement synonyme de prix moins avantageux pour le consommateur et de menaces pour l'emploi.
"À ce titre, l'élection présidentielle française prévue début 2027 représente un facteur supplémentaire à prendre en considération, car tout accord soumis à approbation pourrait être confronté à un risque politique accru s'il est toujours en cours de négociation à l'approche de l'élection, comme cela semble très probable à l'heure actuelle", prévient Citi.
La consolidation du marché français n'est, toutefois, pas la seule source de potentiel pour Orange.
"La potentielle consolidation du marché en France constitue un catalyseur pour le titre. Mais même sans consolidation dans l'Hexagone, les perspectives et la croissance du groupe sont loin d'être mauvaises", explique Stéphane Beyazian, analyste chez Oddo BHF.
Une journée investisseurs très attendues
Les bureaux d'études ont en ligne de mire le rendez-vous du 19 février, c'est-à-dire jeudi prochain. À cette date, Orange livrera ses résultats annuels et tiendra, surtout, un "capital market day", c'est-à-dire une journée dédiée aux investisseurs, la première depuis trois ans. L'entreprise devrait livrer ses perspectives à l'horizon 2028.
Citi attend le groupe sur plusieurs points, notamment le retour à l'actionnaire (dividende, rachats d'actions), le redressement d'Orange Business, l'intelligence artificielle, les opportunités de croissance en cybersécurité ou dans la région "Afrique/Moyen-Orient".
"Même si la concurrence en France reste assez difficile, avec des promotions agressives, Orange devrait continuer à ajuster ses coûts et donc permettre aux résultats de continuer à progresser en France", explique Stéphane Beyazian.
"En ajoutant la forte dynamique de la société en Afrique, le groupe devrait tabler sur une croissance du cash-flow (le flux de trésorerie libre) de 6% par an en moyenne au cours des trois prochaines années, ce qui est vraiment pas mal pour le secteur", tranche l'analyste d'Oddo BHF.
UBS partage ce constat sur les fondamentaux du groupe, la banque suisse évoquant des perspectives "solides" pour la société. L'établissement s'attend à une progression de 13% par an du flux de trésorerie libre sur la période 2026-2028. Ce qui sera à la fois permis par la croissance de l'Ebitdaal et par la "normalisation" des investissements, c'est-à-dire une baisse après une période intense.
La banque suisse voit le dividende progresser de 2-3 centimes par an et par action sur les trois prochaines années (il sera de 0,75 euro au titre de 2025) et juge que la journée investisseurs du 19 février peut constituer "un évènement rassurant" sur l'activité organique de la société, c'est-à-dire en excluant les rachats d'autres entreprises.
L'Espagne, terre de promesses pour Orange
Dernier point à garder en tête: l'Espagne. Orange doit finaliser au cours du premier semestre 2026 sa prise de contrôle à 100% de MasOrange, entreprise que le groupe détient pour l'heure aux cotés de la société d'investissement Lorca. Par ailleurs, des informations de presse ont fait part des appétits de Telefonica pour acquérir une autre entreprise.
"Le marché espagnol constitue un autre élément positif. Le groupe va consolider sa filiale espagnole (MasOrange, NDLR) à 100% et pas mal de synergies pourraient être récupérées", juge Stéphane Beyazian.
"Par ailleurs, Orange pourrait également être porté par la consolidation en Espagne. Telefonica réfléchit à se marier avec un autre groupe, qui, certes, ne sera pas la filiale d'Orange. Mais une telle opération bénéficierait, en termes de 'pricing' (politique de tarifs, NDLR), à tous les acteurs du marché", ajoute-t-il.
UBS estime que le marché "sous-estime" combien la montée à 100% du capital de MasOrange sera bénéfique pour le groupe français. La banque suisse considère qu'Orange pourrait quasiment tripler son flux de trésorerie libre à l'actionnaire entre 2025 et 2028 en Espagne, grâce notamment aux synergies.
"L'acquisition des 50% restants de MasOrange permettra à Orange de s'imposer comme le leader de deux des marchés européens les plus importants, les plus convergents et les plus fibrés. Sur le plan financier, Orange aura notamment l'opportunité de refinancer la dette de MasOrange à des taux plus avantageux", expose pour sa part Citi.
"Le dossier d'investissement d'Orange offre une croissance provenant d'Afrique et du Moyen-Orient (A&ME) équilibrée par un flux de trésorerie fiable en France et une progression du flux de trésorerie provenant de MasOrange en Espagne", résume encore la banque américaine.
"Orange est en train de devenir la valeur préférée du secteur chez les investisseurs", fait valoir Stéphane Beyazian.
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