(BFM Bourse) - L'éditeur de jeux vidéo a sollicité l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire à son bénéfice après avoir constaté être en cessation de paiements. Les difficultés financières de Nacon sont étroitement liées à celle de sa maison mère Bigben Interactive qui s'est trouvée dans l'impossibilité de rembourser une importante échéance de son emprunt obligataire.
Dans moins d'une semaine, Nacon va dévoiler ses prochaines sorties de jeux et quelques nouveautés pour ses accessoires lors de sa "Nacon Connect". Mais pour la Bourse de Paris, la dernière annonce financière de l'éditeur de jeux vidéo a de quoi nourrir les inquiétudes sur le futur du groupe basé à Lesquin.
Nacon a en effet déclaré ce mercredi 25 février être en cessation de paiements. Pour être plus clair, la trésorerie de la société n'est plus suffisante pour pouvoir honorer son passif exigible comme les factures arrivées à échéance, les salaires à verser ou les échéances fiscales ou sociales.
"A ce jour, la société fait état d'actifs disponibles ne lui permettant pas de faire face à son passif exigible", a reconnu le troisième éditeur de jeux vidéo derrière Ubisoft et Pullup. Il a donc aussi demandé à être placé sous la protection de la justice commerciale, en sollicitant l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Lille.
"Pérenniser l'activité"
Nacon espère ainsi "pérenniser l'activité de la société, protéger les salariés et maintenir les emplois tout en renégociant avec ses créanciers". La procédure de redressement judiciaire vise en effet à geler le passif pendant une période d’observation pouvant aller jusqu’à 18 mois. La procédure doit aider l'éditeur de jeux vidéo nordiste à restructurer sa dette et à bâtir un plan de continuation.
La décision appartient désormais au tribunal de commerce lillois de statuer sur cette demande d’ouverture de redressement judiciaire, lors d'une audience attendue début mars.
La situation de Nacon était peu engageante avant cette annonce. En janvier dernier, la société avait révisé à la baisse ses objectifs financiers pour son exercice décalé 2025-2026, en marge d'un point d'activité pour le troisième trimestre qui avait alors été qualifié de "décevant" pour TP ICAP Midcap.
Le bureau d'études avait alors pointé un net retrait du chiffre d'affaires lié à la vente d'accessoires et du "back-catalogue,"c'est-à-dire les revenus tirés de jeux déjà sortis (ventes de jeux à proprement parler mais aussi de contenus additionnels comme des DLC. Pour rappel, Nacon édite des jeux AA qui se définissent comme des productions au budget plafonné, avec un niveau d’ambition technique moindre vis-à-vis des blockbusters dits "triple A" ou "AAA", mais placées sur des niches porteuses.
Des liens familiaux compliqués
Surtout, Nacon a été emporté par les difficultés financières de sa maison mère, Bigben Interactive, qui s'est récemment trouvée dans l'impossibilité de rembourser une échéance de prêt.
Le 17 février dernier, Bigben interactive a concédé être dans l’impossibilité de procéder au remboursement partiel de 43 millions d'euros auprès des porteurs d’obligations convertibles en actions Nacon, qui était initialement prévu le 19 février.
Cette situation critique est la conséquence du refus inattendu et tardif de son pool bancaire, ce dernier avançant un manquement de la société à une obligation d’information prévue dans le contrat de crédit. Ce que Bigben Interactive conteste fermement.
Au regard des difficultés financières rencontrées par la société, Bigben a immédiatement initié des discussions avec ses principaux créanciers et partenaires financiers afin de lui permettre d’assurer la continuité de son exploitation et de restructurer sa dette, notamment obligataire.
Pour faciliter ces discussions avec ses créanciers, Bigben Interactive a donc sollicité ce mercredi 25 l'ouverture d’une procédure amiable de conciliation auprès du Président du tribunal de commerce de Lille. Cette procédure a pour objectif d’engager, sous l’égide d’un conciliateur, des discussions avec ses créanciers financiers (obligataires et bancaires) relatives à la restructuration de sa dette financière et, le cas échéant, à l’obtention de nouveaux moyens financiers.
Cette demande n’implique pas les créanciers opérationnels tels que les fournisseurs. Elle n’aura pas d’incidence sur les opérations, les salariés ou les clients et la société pourra poursuivre ses activités. Bigben Interactive rappelle qu'il appartiendra au Président du tribunal, dans les prochains jours, de statuer sur cette demande.
Interrogé par l'AFP, Alain Falc, président directeur général de Nacon et Bigben Interactive, a reconnu "un problème de dette" et évoqué des restructurations, mais il s'est dit tout de même "confiant".
"Peut-être qu'on vendra des actifs. Peut-être qu'on sera obligé de réduire le nombre de salariés. On va essayer de préserver au maximum l'emploi, mais je préfère des cessions de studio plutôt que des licenciements", a-t-il détaillé.
Dans un commentaire de marché publié la semaine passée, Allinvest Securities avait évoqué deux options envisageables à court terme pour Bigben pour se donner un peu d'air financier. L'intermédiaire financier avait donné deux pistes pour le groupe à savoir la cession totale ou partielle de la participation dans Nacon (qui capitalise 28 millions d'euros au cours de 0,26 euro par titre) et la cession de la plateforme logistique à Lauwin-Planque.
L'action Bigben avait dévissé de 25,8% le 18 février, après avoir annoncé ses problèmes de remboursement avant de perdre 21,7% la séance suivante. Les difficultés de la mère ont secoué sa fille, Nacon, qui avait abandonné 24,3% le 18 février, puis perdu un peu plus de 7% le lendemain en Bourse.
Depuis le vendredi 20 février, les échanges sur les titres Bigben et Nacon sont suspendus sur Euronext Paris à la demande des deux sociétés, sur des derniers cours respectifs de 0,462 euro et 0,26 euro. Cette suspension est effective jusqu'à la décision du tribunal de commerce de Lille, soit jusqu'au début du mois de mars.
En Bourse, ces sociétés ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes avec une valeur de leurs titres qui s'est effondrée de près de 90% sur les trois dernières années. Nacon ne pèse plus que 28 millions d'euros en Bourse, bien loin de la valorisation de 458 millions d'euros affichée lors de son arrivée en Bourse début 2020. Sa maison mère Bigben, pèse désormais trois fois moins que sa fille, et n'émarge plus qu'à seulement 9 millions d'euros.
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