(BFM Bourse) - Le géant de l'informatique a livré une croissance de 38% hors changes chez Azure sur le dernier trimestre, ce qui s'avère beaucoup trop juste au regard des attentes d'investisseurs soucieux de voir le groupe rentabiliser ses investissements dans l'IA.
Wall Street a désormais les "hyperscalers" dans le collimateur. Ce terme renvoie aux grands groupes de techs spécialisés dans les services informatiques dématérialisés (cloud), c'est-à-dire Amazon, Microsoft, Oracle et Google (on rajoute quelque fois Meta qui n'a pourtant pas d'activité dans le cloud).
Pendant un certain temps, les investisseurs ne se préoccupaient pas trop des dépenses somptuaires et exponentielles investies par ces sociétés dans les technologies d'intelligence artificielle (IA).
Au contraire, ces entreprises ont été récompensées pour leurs fameux "capex" (les dépenses d'investissements) de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de milliards de dollars. Ces dépenses leur permettent de construire les data centers nécessaires au développement des grands langages d'IA (LLM).
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Changement de paradigme
La donne a radicalement changé à l'automne dernier. "Depuis septembre et plus exactement mi-septembre, le thème de l'IA est devenu un thème systémique", expliquait en décembre Elyas Galou de Bank of America. Le spécialiste de marché date même plus précisément ce virage à partir de l'émission obligataire "jumbo" ("géante") d'Oracle, avec une levée de 18 milliards de dollars.
Les entreprises se sont mises à lever des milliards de dollars sur le marché obligataires (30 milliards pour Meta, et 15 milliards pour Amazon) pour financer leur expansion dans l'IA.
"La grosse différence, c'est que désormais les 'bond vigilantes' (pour simplifier des investisseurs obligataires qui sanctionnent les dépenses trop élevées, NDLR) donneront le pouls de l'investissement dans l'IA", poursuivait Elyas Galou.
Pas de droit à l'erreur
En conséquence Wall Street regarde avec un œil plus circonspect les investissements d'IA, qui sont encore voués à bondir cette année.
Selon les données de Bloomberg arrêtées mercredi, Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta dépenseront, tous les quatre pour 505 milliards de dollars de "capex" contre 366 milliards de dollars en 2025.
Dans ce contexte, les "big techs américaines" se doivent de démontrer que ces dépenses paient. Faute de quoi elles peuvent être lourdement sanctionnées.
Le cas échéant avec Microsoft. Le géant de Redmond a livré des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Toutefois, son action plonge à Wall Street, le titre ayant chuté de 6,1% dans les échanges post-clôture.
Sur le trimestre allant d'octobre à fin décembre, Microsoft a généré des revenus de 81,3 milliards de dollars, en hausse de 17% et de 15% hors effets de changes. Le résultat opérationnel a progressé de 19% à 38,3 milliards de dollars tandis que bénéficie par action a grimpé de 21% à 4,14 dollars.
Selon le consensus compilé par Visible Alpha, les analystes attendaient des revenus de 80,31 milliards de dollars et un bénéfice par action de 3,87 dollars.
Des problèmes de capacités
L'accroc se situe au niveau de la croissance d'Azure, la division cloud de Microsoft, extrêmement scrutée par le marché. Et celle qui doit tirer le plus profit de ses lourds investissements dans l'IA.
Sur le trimestre, Azure a dégagé une croissance de 39% et de 38% en corrigeant l'impact des devises. Certes le consensus, logé à 39% en données publiées est atteint.
Mais les investisseurs espéraient mieux. "La croissance d'Azure n'impressionne guère", écrit Citi dans une note. La banque américaine juge que la progression des revenus auraient dû s'établir à 39%-40% hors effets de changes pour satisfaire le marché.
La croissance d'Azure a par ailleurs ralenti par rapport au trimestre précédent (39% hors effets de changes). Citi explique qu'Azure est pénalisée par les contraintes en matière de capacités de data centers.
"L'une des principales préoccupations des investisseurs est que les dépenses d'investissement augmentent plus rapidement que prévu, tandis que la croissance d'Azure est peut-être légèrement inférieure à nos attentes", a déclaré Keith Weiss, analyste chez Morgan Stanley, lors de la conférence téléphonique organisée par la société.
La directrice financière, Amy Hood, a toutefois expliqué lors de ce "call", que la moindre croissance d'Azure s'expliquait par des choix d'allocation de ressources.
OpenAI, d'une force à une faiblesse?
Des technologies d'IA, comme les processeurs graphiques (GPU) ont été dévolues aux activités liées aux applications de bureautiques de la société intégrant l'IA, c'est-à-dire l'assistant M365 Copilot ou le service de développement de logiciel Github.
"Et une façon d'y réfléchir, car je pense qu'on me pose parfois cette question, c'est que si j'avais pris les GPU qui viennent d'être mis en service au premier et au deuxième trimestre, en termes de GPU, et que je les avais tous alloués à Azure, le KPI (le taux de croissance, NDLR) aurait été supérieur à 40'", a affirmé la dirigeante.
Concernant les perspectives de la société, Amy Hood, a indiqué que Microsoft prévoyait des revenus de 80,65 milliards à 81,75 milliards de dollars pour le trimestre en cours, traduisant une hausse sur un an de 15% à 17%. La croissance d'Azure est elle attendue entre 37% et 38%.
Le segment d'informatique grand public de l'entreprise ("more personal computing") devrait générer des revenus situés entre 12,3 milliards et 12,8 milliards de dollars.
Citi juge cette dernière cible décevante, y voyant le reflet des pénuries sur les puces mémoires qui créent des tensions sur l'ensemble des appareils informatiques.
La banque s'étonne également qu'Amy Hood a évoqué une baisse des "capex" d'un trimestre à l'autre, au vu des contraintes sur les capacités des data centers.
Rappelons, par ailleurs, que les liens étroits de Microsoft avec OpenAI (le groupe de Redmond détient 27% du capital de la start-up) sont devenus une source d'inquiétudes pour les marchés
La bonne réception de la dernière version du LLM de Google, Gemini, ou l'essor de l'assistant d'IA d'Anthropic, Claude, ont soulevé des inquiétudes au sujet du pari de Microsoft sur OpenAI.
"Le sentiment à l'égard de l'action Microsoft est très fortement influencé par les performances d'OpenAI, et je pense que cela est quelque peu incontrôlable du point de vue de Microsoft, du moins pour l'instant, avec le modèle ChatGPT face à Gemini", a déclaré à Reuters Ryuta Makino, analyste chez Gabelli Funds.
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