(BFM Bourse) - La firme bourguignonne espère réussir là où ont échoué nombre de laboratoires, dont le français Genfit, en lançant un essai à grande échelle sur sa molécule lanifibranor en tant que traitement de la NASH. Cette maladie est caractérisée par un afflux de graisse vers le foie pouvant provoquer des lésions allant jusqu'à la cirrhose et au cancer. Un vrai pari pour les investisseurs alors qu'Inventiva est devenue l'une des biotechs françaises les mieux valorisées.
Pas forcément la plus connue des sociétés françaises de biotechnologies (bien qu'elle descende d'un acteur historique, les Laboratoires Fournier), la firme bourguignonne Inventiva s'attaque à un domaine thérapeutique associé à un passif compliqué, la NASH, ou "stéato-hépatite non alcoolique", surnommée aussi maladie du foie gras humain.
Alors que 2019 était vue par certains comme "l'année de la NASH" au plan mondial pour le secteur des biotechs, les déceptions relatives aux projets de traitement de cette maladie silencieuse du foie, mise en avant en France par le journaliste Pierre Menès, se sont en effet accumulées depuis. Plusieurs biotechs américaines ont échoué dans leurs essais, de même que le français Genfit, qui faisait figure de potentiel leader. En mai dernier, la société nordiste a reconnu l'échec de sa molécule élafibranor à démontrer son efficacité lors d'un essai de phase 3 (essai lancé malgré les résultats non concluants d'une phase 2 en 2015).
Au contraire, lors de l'essai de phase 2 "NATIVE" mené par Inventiva sur son propre traitement, le critère principal d'efficacité, ainsi que les critères secondaires, ont bien été remplis. La molécule lanifibranor active de façon modérée mais équivalente trois sous-types de PPAR (alpha, delta et gamma), alors qu'élafibranor de Genfit ciblait surtout alpha (delta dans une moindre mesure), a démontré de façon statistiquement significativement une efficacité sur la maladie au bout de seulement 24 semaines à la dose de 1200 milligrammes par jour, mesurée par une amélioration d'un score composite d'activité de la NASH combinant inflammation du foie et "ballooning" (déformation des cellules du foie à l'image de ballons de baudruche), sans aggravation de la fibrose. Lanifibranor a également atteint les principaux critères secondaires de l’étude, notamment la résolution de la NASH sans aggravation de la fibrose et inversement l'amélioration de la fibrose hépatique sans aggravation de la NASH.
Lancement de la dernière phase des essais cliniques
Fort de ces acquis, la biotech a annoncé jeudi le démarrage effectif de la phase 3 (dernière étape des essais cliniques avant une éventuelle commercialisation) qui devrait inclure jusqu'à 2000 patients. Les premiers sites cliniques ont été ouverts aux États-Unis et le processus d’inclusion de patients a commencé. Par ailleurs, plus de 330 sites répartis à travers 25 pays ont déjà été qualifiés, dont plus d’un tiers aux États-Unis.
L’étude NATiV3 (NASH lanifibranor Phase 3 trial) sera menée de façon randomisée et en double aveugle, évaluant l’efficacité et la tolérance de deux doses (800 mg et 1200 mg par jour) par comparaison à un placebo. Elle est divisée en deux parties : un traitement de 72 semaines sur environ 900 patients pour évaluer l’effet de lanifibranor sur la résolution de la NASH et l’amélioration de la fibrose d’au moins un stade (critère principal composite) ainsi que sur la résolution de la NASH sans aggravation de la fibrose et l’amélioration de la fibrose sans aggravation de la NASH (critères d’évaluation secondaires principaux). Puis, l’étude se poursuivra en aveugle chez environ 2.000 patients afin d’évaluer l’effet de lanifibranor par rapport au groupe témoin placebo sur la progression de la maladie.
En termes de calendrier, une étude d'une telle ampleur ne livrera pas ses principaux résultats avant 2024, pour ce qui est de la première partie. Si celle-ci est concluante, Inventiva entend obtenir une autorisation de mise sur le marché accélérée aux États-Unis et conditionnelle dans l’Union Européenne, pendant que se poursuivra la deuxième partie.
Une importante prise de risque
"En tant que petite molécule disponible par voie orale et seul agoniste pan-PPAR actuellement en développement clinique pour le traitement de la NASH, lanifibranor a jusqu’à présent démontré un mécanisme d'action unique et très prometteur. Grace à son profil de tolérance favorable et son efficacité observée au cours de l’étude de phase IIb, nous sommes très enthousiastes quant aux bénéfices potentiels que lanifibranor pourrait apporter aux patients", a indiqué Arun Sanyal, professeur à Virginia Commonwealth University et co-investigateur principal de l’étude.
Mais comme Genfit, Inventiva mise gros sur cette étude finale : afin de ne pas disperser ses efforts, la société a récemment indiqué stopper les projets relatifs à l'odiparcil, l'autre molécule de son portefeuille, ce qui expose donc son activité à un risque binaire même si les données cliniques jusqu'ici plaident davantage en sa faveur.
En progression de 1,21% à 11,70 euros l'action jeudi matin, Inventiva capitalise actuellement 450 millions d'euros, quand l'ancienne vedette Genfit n'en pèse plus que 130 millions.
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