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Eiffage : Sacyr obtient en appel de ne pas lancer d'opa sur eiffage

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par Pascale Denis et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La cour d'appel de Paris a invalidé pour des questions de forme l'obligation faite à Sacyr Vallehermoso par l'AMF de déposer une offre sur Eiffage, tout en reconnaissant l'existence d'une action de concert entre Sacyr et plusieurs investisseurs espagnols dans le capital du groupe de BTP.

Cette décision devrait, de l'avis des analystes, déboucher sur une cession rapide de la participation de 33,2% du groupe espagnol dans le français, valorisée, aux cours actuels, à environ 1,9 milliards d'euros.

"Maintenant que le terrain judiciaire est clarifié, Sacyr pourrait décider de vendre sa part", a déclaré un analyste sous couvert d'anonymat.

Cette solution paraît la plus probable au vu des difficultés de Sacyr, dont le cours de Bourse a été divisé par près de deux depuis douze mois. Le groupe a une exposition importante au secteur de l'immobilier espagnol en crise et se débat avec une dette de près de 20 milliards d'euros.

Personne n'était joignable dans la matinée chez Eiffage pour commenter l'arrêt de la cour, tandis qu'un porte-parole Sacyr a précisé que la société publierait un communiqué dans la journée, après une étude approfondie de la décision.

La cour a donné raison sur le fond à l'Autorité des marchés financiers pour sa décision de non conformité d'un projet d'OPE déposé dans un premier temps par Sacyr, en estimant que ce dernier s'était livré à des manoeuvres "au caractère subreptice" avec d'autres actionnaires espagnols pour tenter d'imposer ses vues au conseil d'administration d'Eiffage lors de l'assemblée générale du groupe d'avril dernier.

Mais elle reproche à l'AMF de ne pas avoir séparé son avis de conformité sur le projet d'OPE de Sacyr de l'obligation qui a été faite à ce dernier de lancer une OPA. La cour d'appel estime qu'en ne respectant pas une procédure en deux temps, elle n'a pas permis aux actionnaires "concertistes" de faire entendre leur position.

UNE OFFRE AU PRIX FORT

"La cour d'appel reconnaît l'action de concert mais considère que l'AMF aurait dû traiter séparément l'analyse du projet d'OPE de Sacyr et celle des conséquences du concert", a précisé à Reuters Isabelle MacElhone, avocate associée du cabinet Hogan & Hartson.

Sa décision dégage en outre le terrain pour une autre procédure intentée auprès du tribunal de commerce de Nanterre, qui, saisi par Sacyr et ses alliés, doit se prononcer le 6 mai sur une demande d'annulation des décisions de l'assemblée générale d'Eiffage tenue le 18 avril dernier.

Le bureau de l'assemblée avait alors privé de droits 89 actionnaires espagnols représentant 17,6% des droits de vote d'Eiffage en les accusant d'agir secrètement de concert avec Sacyr - qui réclamait cinq postes au conseil et dont la demande a été rejetée - afin de prendre le contrôle de la société.

L'Autorité des marchés financiers avait exigé de Sacyr qu'il lance une offre assortie d'une option en numéraire sur Eiffage et sur sa filiale APRR au motif qu'il avait agi de concert avec d'autres actionnaires espagnols et avait ainsi franchi le seuil du tiers du capital sans le déclarer.

L'AMF avait identifié six sociétés espagnoles - Explotaciones Forestales Agricolas y Pecuarias Alavesas, Acciones Reunidas, Bens Patricios, Arcomundo, Portman Golf et Inmobiliaria Vano - comme ayant agi de concert avec Sacyr et qui contestaient également sa décision en appel.

Si la cour d'appel avait confirmé cette décision, Sacyr aurait dû formuler une offre à un prix fort, de plus de 127 euros, représentant le prix maximum payé par un de ses alliés pour acquérir des titres Eiffage. Le cours de Bourse de celui-ci est revenu aujourd'hui à 62 euros.

Sacyr était entré début 2006 au capital d'Eiffage, peu après que celui-ci eut remporté la privatisation d'APRR, deuxième opérateur autoroutier français.

La cotation des titres Sacyr et Eiffage, suspendus à Madrid et à Paris, devait reprendre à 13h00 pour les premiers et 14h00 pour les seconds.

Pascale Denis, Yann Le Guernigou, avec Sonya Dowset à Madrid

Copyright (C) 2007-2008 Reuters


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