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Airbus group : Eads-bae, la fusion sous la menace des exigences politiques

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par Tim Hepher

PARIS (Reuters) - Les discussions pour créer un nouveau géant européen de la défense entrent dans une phase politique périlleuse, sur fond d'avertissements concernant la sécurité et l'emploi, alors qu'EADS et BAE Systems paraissent prêts à renoncer à leur projet de fusion si les gouvernements réclament trop de concessions.

Après la présentation par les deux entreprises des grandes lignes de leur projet visant à créer le plus grand groupe mondial de défense couplé à Airbus, c'est au tour des gouvernements britannique, français, allemand et espagnol de faire part de leurs exigences.

Chaque partie avance une liste de préoccupations : la crainte pour l'emploi en Allemagne, la perte de l'influence de l'Etat au sein d'EADS pour la France ou l'assurance pour la Grande-Bretagne que l'émergence du nouveau géant européen n'entamera pas les ventes de BAE Systems aux Etats-Unis.

"Nous posons beaucoup de questions concernant l'intérêt stratégique d'une telle fusion, les conséquences industrielles, les synergies possibles entre les deux entreprises, la gouvernance de l'entité, l'avenir de notre industrie de défense et l'emploi en France", a déclaré lundi le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, lors d'une conférence de presse à Londres.

Tout en prenant garde d'éviter des pressions sur les Etats qui détiennent les clés de la création du nouveau groupe - et qui seront également ses principaux clients - des sources de l'industrie de la défense ont insisté sur la volonté d'éviter des négociations interminables et des concessions en cascade.

Selon une source proche des discussions, les deux groupes sont prêts à écouter attentivement les gouvernements mais soulignent que leurs réponses pourraient "faire ou défaire" l'opération.

EADS et BAE se sont refusés à tout commentaire sur les risques politiques liés à l'opération. La maison mère d'Airbus a toutefois confirmé que les deux groupes auraient le dernier mot après avoir entendu les opinions des pouvoirs politiques.

"Nous sommes dans de bonnes discussions, à un stade avancé, avec les gouvernements concernés", a déclaré un porte-parole d'EADS.

"Quand nous aurons leurs préoccupations et leurs requêtes sur la table, BAE et nous les étudierons ensemble et déterminerons si elles peuvent raisonnablement s'accommoder avec la structure de gouvernance que nous avons en tête."

COUPES DANS LA DÉFENSE

La chancelière Angela Merkel a déclaré lundi que le gouvernement allemand étudiait l'opération.

Le projet de créer une nouvelle entité dont EADS détiendrait 60% et BAE Systems 40% donnerait naissance au numéro un mondial de l'armement devant l'américain Lockheed Martin et offrirait à l'Europe un géant complet de l'aérospatiale face à un autre américain, Boeing.

L'objectif est de protéger le groupe contre des coupes dans les budgets de défense et de préparer la future compétition mondiale qui va s'intensifier à partir de l'Asie.

"Quand on regardera la carte du monde on se rendra compte qu'EADS-BAE est partout", a dit une source proche du dossier.

Selon la réglementation boursière britannique, les deux groupes ont jusqu'au 10 octobre pour annoncer s'ils ont l'intention de poursuivre leur projet.

"Les discussions avancent très bien sur tous les fronts. L'idée est d'y parvenir dans les 28 jours", c'est-à-dire le 10 octobre, a souligné cette même source.

S'assurer un soutien politique sera une tâche délicate après les fuites ayant conduit à l'annonce surprise des discussions mercredi dernier, et il faut s'attendre à un certain bluff de part et d'autre. Mais selon une source proche de BAE, "les discussions sont progressives et en cours".

Les négociateurs devront en particulier prendre en compte le fait que BAE voit d'un mauvais oeil la détermination du gouvernement français à conserver une participation importante. Les ministres français et britannique des Finances pourraient évoquer le sujet lors de discussions informelles à Londres ce lundi.

EADS est étroitement contrôlé par un pacte d'actionnaires liant l'Etat français, qui détient 15% du capital, le constructeur automobile allemand Daimler et le groupe français de médias Lagardère.

"BAE a dit à EADS qu'il jetterait l'éponge s'il ne parvient pas à supprimer le droit de veto et avoir une structure de gouvernance normalisée et des droits normaux pour les actionnaires", a dit une source proche de BAE.

"RELATION SPÉCIALE"

La presse du week-end a souligné les risques pour les ventes de BAE dans la défense aux Etats-Unis si le rôle de la France empiète sur les dividendes commerciaux tirés de la "relation spéciale" entretenue entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, où EADS a récemment affronté un lobby de la défense.

L'amiral britannique Lord West a prévenu que l'opération EADS-BAE menacerait l'emploi et la sécurité de la Grande-Bretagne si elle se concrétisait, selon le Times.

En France, la question centrale est de savoir si le président François Hollande est prêt à accepter la privatisation totale d'EADS, plus de dix ans après le lancement du mariage entre Aérospatiale et Lagardère par le gouvernement de Lionel Jospin à la fin des années 1990.

Une telle perspective a entraîné un débat au sein du gouvernement socialiste qui s'est pour l'instant montré très interventionniste dans l'industrie, notamment dans le cadre du plan de suppressions d'emplois chez PSA.

Si le projet est accepté, l'Etat français et Daimler devraient conserver une participation diluée à 9% dans le nouvel ensemble avec à peu près les mêmes droits que les autres actionnaires. Mais la question de leur représentation au conseil reste encore à déterminer.

EADS a été en conflit avec l'Allemagne par le passé concernant les priorités en matière de défense, mais la priorité la plus immédiate de Berlin sera probablement d'obtenir des garanties sur l'emploi chez Airbus.

Selon le Financial Times Deutschland, EADS a proposé des garanties pour obtenir le soutien de l'Allemagne, mais certains analystes disent que le pays jouent la montre.

Des doutes sont apparus sur le fait de savoir si cela serait acceptable pour l'Union européenne étant donné la grande partie civile du groupe.

GOLDEN SHARE

La législation européenne ne permet les "golden shares" (actions spécifiques) que pour des actifs liés à la sécurité nationale. Mais des sources au sein d'EADS ont estimé que le groupe avait trouvé un système de protection étanche après avoir mené en vain des travaux préparatoires pour bousculer un pacte d'actionnaires rigide.

Outre la golden share, aucun investisseur ne pourra détenir plus de 15%, une majorité du conseil devra être constituée de résidents européens et des questions comme les souverainetés techniques clés comme les forces de dissuasion nucléaire française et britannique seront étroitement entourées.

"C'est une discussion binaire : soit cela suit ces lignes directrices, soit ça échoue", dit une source proche du dossier.

D'autres questions sensibles restent encore à résoudre, comme la composition exacte du conseil et la localisation du siège du groupe.

Tom Enders, devenu président exécutif d'EADS fin mai, a mécontenté l'Allemagne en lançant le déménagement à Toulouse des fonctions centrales jusqu'ici basées à Paris et Munich.

Mais même les partisans de cette opération reconnaissent qu'il est peu probable que la capitale française de l'aérospatiale soit idéale pour baser un groupe mondial de défense fortement dépendant des marchés américains.

Tom Enders et son homologue chez BAE, Ian King, continuent à essayer de convaincre les investisseurs du bien-fondé de l'opération.

L'action EADS a repris 1,56% lundi, ramenant à 13,3% la baisse du titre depuis l'annonce du projet mercredi dernier. Mais bon nombre d'investisseurs continuent à s'interroger sur la logique de l'opération.

"Etant donné les obstacles à une vraie consolidation de la base industrielle européenne, il paraît peu probable d'avoir des synergies considérables", note Rob Stallard, analyste chez RBC Capital Markets.

Les cours des actions EADS et BAE lundi valorisent les deux groupes globalement en fonction de la répartition 60-40 envisagée, suggérant qu'au moins certains investisseurs ont déjà intégré la probabilité que l'opération se fasse.

Avec Ana Nicolaci da Costa à Londres, Cyril Altmeyer pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters


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