(Zonebourse.com) - Dans le contexte de réarmement européen, les industriels doivent-ils s'associer dans l'espoir de créer des champions continentaux en mesure de rivaliser avec leurs homologues états-uniens ? Dans une étude consacrée au sujet, Panmure Liberum et Agency Partners battent cette idée en brèche. Pour eux, le secteur a surtout besoin d'accroître ses capacités de production et de conserver une diversité de fournisseurs. Une réflexion qui prend tout son sens après l'échec du SCAF et les déboires de l'Eurodrone.
L'hypothèse d'un rapprochement entre Airbus et Saab a remis la question sur la table : le réarmement européen doit-il passer par la consolidation, un peu comme le firent de nombreux industriels américains de la défense dans les années 1990. A l'époque, la baisse structurelle des dépenses militaires avait déclenché une vague de consolidation spectaculaire outre-Atlantique, donnant notamment naissance à Lockheed Martin (Lockheed Martin Marietta) ou Northrop Grumman (Northrop Grumman), tandis que Boeing absorbait McDonnell Douglas et que Raytheon mettait la main sur Hughes Aircraft.
Le contexte n'a toutefois plus rien à voir. "Il y a désormais suffisamment de financement dans la plupart des budgets européens de défense, et donc suffisamment de travail pour tout le monde", soulignent en effet les analystes. Dans les systèmes terrestres et la défense aérienne notamment, l'urgence consiste désormais à augmenter les capacités de production, là où les fusions ont historiquement plutôt cherché à les réduire.
Airbus-Saab, une fausse bonne idée ?
Dans ces conditions, Panmure Liberum se montre sceptique quant à un éventuel rapprochement entre Airbus et Saab. L'idée répondrait notamment à la nécessité pour l'Allemagne de rebondir dans l'aviation de combat après l'échec du programme franco-germano-espagnol SCAF.
Mais une fusion ne réglerait pas le problème de fond. Dans la défense européenne, rappellent les analystes, "les gouvernements définissent les besoins et les calendriers, et la structure industrielle suit. Pas l'inverse". S'y ajoutent les réticences des Etats à abandonner le contrôle de capacités considérées comme stratégiques.
L'histoire ne plaide d'ailleurs pas franchement en faveur des grands rapprochements transfrontaliers. Le projet de fusion entre BAE Systems et EADS avait échoué en 2012, notamment sur la question du contrôle des activités de défense. Même KNDS, issu du rapprochement entre Nexter et KMW, conserve des implantations industrielles largement distinctes entre la France et l'Allemagne.
Le casse-tête allemand
La question est particulièrement sensible dans l'aviation de combat. La France conserve, autour de Dassault Aviation, Safran et Thales, les compétences nécessaires pour développer un avion de combat. La Suède dispose de Saab et du Gripen, tandis que le Royaume-Uni pilote avec l'Italie et le Japon le GCAP. L'Allemagne et l'Espagne sont, aux yeux d'Agency Partners, moins bien armées pour développer seules un appareil avancé.
Berlin se retrouve ainsi face à un paradoxe. Avec ses commandes de F-35 et de nouvelles versions de l'Eurofighter, la Luftwaffe pourrait ne pas avoir besoin d'un nouvel appareil avant les années 2040. L'industrie allemande, en revanche, aura besoin bien plus tôt de nouveaux programmes pour entretenir ses compétences en ingénierie et en développement.
Et rejoindre le GCAP n'a rien d'évident. Son calendrier est déjà serré et ses partenaires, en particulier le Japon et l'Italie, ne semblent guère disposés à rouvrir le programme pour accueillir un nouvel entrant.
La fragmentation n'a pas que des défauts
Selon les analystes, en période de réarmement, la multiplication des industriels pourrait en réalité être une force. L'expérience ukrainienne montre l'intérêt de disposer de systèmes complémentaires, de plusieurs fournisseurs et de chaînes d'approvisionnement différentes. L'évolution très rapide des technologies militaires renforce encore cet argument.
"Plusieurs fournisseurs, avec des produits à différents niveaux de maturité, semblent [...] bien mieux capables de s'adapter et d'évoluer rapidement", relèvent les analystes.
De quoi relativiser les appels récurrents à créer un "Airbus" des chars, des navires ou des avions de combat. Pour Panmure Liberum et Agency Partners, l'Europe manque en effet moins de géants que de capacités de production.
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