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En Bourse, c'est tout le secteur de la voiture électrique qui s'enflamme

dimanche 12 juillet 2020 à 07h00
Y a-t-il une bulle sur la mobilité électrique ?

(BFM Bourse) - Tesla, qui flambe en Bourse depuis plusieurs semaines, n'est pas un cas isolé. Les "pure players" de l'autonomie électrique ne sont encore qu'une poignée en Bourse, mais ils connaissent un parcours ébouriffant. Vous avez dit bulle?

Dans le sillage du nouveau pic historique inscrit par Tesla au cours de la semaine écoulée à plus de 1.400 dollars, après l'annonce de livraisons supérieures aux attentes par le groupe d'Elon Musk au deuxième trimestre, les titres des aspirants constructeurs de véhicules électriques jouissent d'une popularité inédite.

Devenu en début d'année le constructeur automobile américain le plus richement valorisé, Tesla connaît une performance exceptionnelle depuis, jusqu'à carrément dépasser le géant Toyota en termes de capitalisation. Le titre a plus que triplé de valeur, une hausse d'ampleur jamais vue depuis 2013 où le titre s'était envolé avec l'essor des ventes du Model S.

Mais il y a encore plus impressionnant. Les ADS (certificats représentatifs d'action) de la société chinoise NIO ont bondi jusqu'à plus de 600% alors que le groupe chinois a annoncé avoir livré 3.740 véhicules en juin, un record, et 10.331 sur le trimestre. Ayant quasiment doublé de valeur en juin, NIO affiche déjà 88% de hausse depuis début juillet (Tesla n'en est "qu'à" +29%).

Quand Nikola pèse plus que Ford en Bourse

Entré en Bourse en juin, via le rachat d'une structure vide déjà cotée, le fabricant de camions électriques et à hydrogène Nikola a bondi de 160% en quelques séances jusqu'à dépasser la capitalisation d'un Ford, par exemple. Le titre a toutefois subi une correction notable depuis début juillet, les investisseurs se rappelant tout de même que le groupe est toutefois encore loin d'avoir vendu le moindre véhicule.

Un autre fabricant potentiel de véhicules utilitaires électriques, Hyliion, pourrait rapidement suivre la voire tracée par Nikola en se cotant directement via le rachat d'une structure cotée, appelée Tortoise.

L'américain Lordstown Motors, qui n'a pas encore de plans officiels pour entrer en Bourse, a néanmoins dévoilé l'Endurance, un pick-up qui pourrait concurrencer le fameux Cybertruck dévoilé fin 2019 par Tesla.

Enfin Workhorse a quant à lui grimpé de près de 630% en juin, après avoir passé avec succès les tests de sécurité FMVSS (Federal Motor Vehicle Safety Standards) pour ses vans de livraison électriques C650 et C1000, et levé 70 millions de dollars supplémentaires. Coté au Nasdaq depuis 2016, Workhorse détient en outre 10% du capital de Lordstown.

Aucun bénéfice annuel en 17 ans

Un panier comprenant de façon équipondérée les titres Workhorse, NIO, Tesla, Nikola et Tortoise aurait progressé de 181% en juin, bien au-delà des objectifs des analystes lorsqu'ils existent (aucun ne suit encore Tortoise pour la simple et bonne raison que l'opération avec le texan Hyliion n'est pas encore effective).

Aux yeux de Hafid Lalouch, gérant valeurs digitales chez Finaltis, malgré les récents records on ne peut pas parler de bulle sur le Nasdaq. "Certes, le différentiel de performances de l'indice technologique par rapport aux autres indices américains est proche d'un record. Mais cette fois la progression s'appuie sur l'essor de grandes valeurs telles Amazon ou Microsoft dont la génération de bénéfices et les perspectives de croissance n'ont rien à voir avec celles de société déficitaires qui étaient à la mode en 1999-2000. Alors que la crise du Covid-19 ne fait qu'accélérer la digitalisation, la surperformance du Nasdaq Composite s'explique largement".

Ce qui n'exclut pas pour autant des cas d'emballement caractérisé, à l'image de Tesla "dont on peut juger presque obscène la valorisation", estime le gérant. "En 17 années l'entreprise n'a jamais réalisé de bénéfices, hormis quelques trimestres ici et là. Depuis un an, sa capitalisation a été multipliée par six, sans que la trajectoire du nombre de voitures vendues et des résultats ne le justifient. Et que dire de Nikola qui a atteint une valorisation supérieure à celle de certains constructeurs déjà présents dans le monde entier, sur la foi des seules projections fournies par la société, qui n'a encore vendu aucun véhicule?".

Attention aux indicateurs de performance farfelus

Dans le cadre de son mandat de gestion, Hafid Lalouch préfère s'en tenir à des entreprises dégageant un free cash-flow positif. "Nous sommes particulièrement méfiants quand des entreprises ne communiquent plus sur des ratios financiers répandus ou des données comptables mais sur des KPI [indicateurs de performance] qu'elles choisissent elle-mêmes, des indicateurs parfois farfelus... C'est souvent un premier signal d'alarme pour nous", indique-t-il.

À l'heure actuelle, le nombre de véhicules électriques vendus représente encore une goutte d'eau du marché automobile mondial. Sur 100 millions de voitures vendues chaque année dans le monde, 2 à 3 millions seulement sont électriques, ceci en tenant compte des hybrides. La part de marché est donc très faible, "mais personne n'imagine qu'elle va stagner", souligne Amanda Lyons, gérante chez GAM dans l'équipe Disruptive Growth & Technology. Etant donné la multiplication des incitations à l'achat (en Chine et en Europe principalement) et les contraintes de plus en plus importantes sur les émissions de CO2 des constructeurs traditionnels, il est certain que la mobilité électrique prendra une part importante de l'avenir de l'automobile. "C'est justement ce qui attire certains investisseurs qui se disent que si l'électrique ne prenait ne serait-ce que quelques pourcents du marché mondial, cela représenterait des millions et des millions de ventes".

Une concurrence qui va s'intensifier

Mais pour passer d'une telle observation aux niveaux de valorisations actuels des constructeurs spécialisés il y a toutefois un fossé à franchir. "Quel sera la part exacte des véhicules électriques dans dix ans? On peut lire toutes sortes d'estimations mais il est difficile de se forger des certitudes, hormis le fait que c'est un marché appelé à grandir", souligne la gérante. Et fatalement, la concurrence va s'intensifier. "2020 devrait voir au moins une vingtaine de nouveaux modèles électriques lancés, la plupart d'entre eux par des constructeurs traditionnels qui, contrairement aux nouveaux constructeurs de véhicules électriques uniquement, peuvent utiliser les bénéfices d'autres lignes pour subventionner les prix", note Amanda Lyons.

Il sera donc difficile au principal spécialiste à l'heure actuel d'éviter un effritement de sa part de marché. "Il existe certainement un décalage entre la perception de Tesla par une partie de la communauté des investisseurs et la réalité de ses progrès", juge-t-elle. "Ce qu'ils ont accompli est clairement fantastique et il y a quelques années peu étaient prêts à parier qu'ils en seraient là aujourd'hui. Mais il ne faut pas oublier que depuis 2012 la société n'a à peine commercialisé qu'un million de véhicules, ce qui reste faible à l'échelle de l'industrie. La prochaine étape est de changer de dimension et ce n'est pas facile à faire, ce n'est pas une firme comme Toyota avec des dizaines d'années d'expérience dans le développement de la production. Disons qu'ils progressent mais clairement pas aussi vite qu'ils le souhaiteraient".

Même si la firme tient ses objectifs de production - ce qui est loin d'avoir toujours été le cas, même si les déclarations volontaristes lancées par Elon Musk via Twitter semblent curieusement occultées des investisseurs au bout de quelques trimestres une fois qu'elles se soient avérées trop optimistes - le titre se paie 242 fois les résultats attendus cette année, une centaine de fois ceux de 2021, 65 fois ceux de 2022 et 46 fois ceux de 2023. "C'est un acte de bravoure d'acheter à une telle valorisation, s'exposant à une correction cuisante si un objectif n'est pas atteint par exemple. Je trouve qu'on peut imaginer plus facilement des scénarios où l'action ne justifierait pas son cours actuel plutôt que des scénarios où elle mériterait encore plus", estime la gérante.

Pour autant, selon Amanda Lyons, le titre Tesla n'est pas un candidat évident à la vente à découvert. "Beaucoup s'y sont brûlés les doigts et le groupe bénéficie d'une base de fans très actifs, prêts à saisir toute opportunité de soutenir le constructeur", avertit la gérante.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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