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Marché : Wall Street en dents de scie, le roi dollar déchu, la défense européenne qui s'envole… Trump a fait la pluie et le beau temps en Bourse en un an

Aujourd'hui à 07:00
Donald Trump a été omniprésent sur les marchés

(BFM Bourse) - Mardi prochain, le président américain sera revenu il y a un pile un an à la Maison Blanche. Le dirigeant a ébranlé à plusieurs reprises la planète Finance, notamment avec ses droits de douane. Sa politique économique erratique a mis à mal la plupart des actifs américains et a provoqué un bond des groupes de défense européens.

En seulement une année, Donald Trump a bouleversé tant l'ordre mondial qu'économique. Le locataire de la Maison Blanche a multiplié les rapports de force avec ses partenaires, notamment via les droits de douane.

Le début de 2026 a démontré que le dirigeant persistait dans cette voie, avec, notamment, l'intervention militaire au Venezuela .

Les économistes de LBPAM y voient le retour "de la doctrine Monroe, entendue comme le contrôle de l’ensemble du continent américain par les États-Unis".

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"Si 2025 fut l'année de la guerre commerciale et des droits de douane, 2026 semble marquer le retour d’un impérialisme américain unilatéral", abonde Joffrey Oufqa, directeur d'Auris Gestion.

Apple et Powell dans le collimateur

Sur le plan de la politique intérieure, Donald Trump, a comme lors de son premier mandat, régulièrement pris à partie des entreprises ou des secteurs.

Le président américain a réclamé des baisses de prix de la part des groupes pharmaceutiques, ou encore la relocalisation des investissements des grands groupes de tech américain. Apple et son iPhone ont été particulièrement ciblés par le milliardaire, qui rêve de voir le smartphone produit sur le sol américain.

Donald Trump a aussi malmené à de nombreuses reprises l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), frôlant parfois l'insulte avec son président Jerome Powell. Ce dernier s'est rendu coupable de ne pas avoir assez vite et assez fortement baissé les taux directeurs. C'est tout du moins l'interprétation du président américain.

Toutes ces actions n'ont évidemment pas été sans conséquence pour les marchés financiers. Voici trois exemples.

> L'exceptionnalisme américain sur les marchés actions malmené

Sur le papier, la première année du mandat de Donald Trump n'a pas l'air d'avoir freiné la marche en avant de Wall Street. Le S&P 500, l'indice le plus représentatif de la Bourse de New York, a gagné 16,39% l'an passé et s'adjuge 19,4% depuis le retour du milliardaire à la Maison Blanche.

Toutefois, Wall Street a sous-performé la plupart des grands indices mondiaux en 2025. La hausse du S&P 500 s'est ainsi avérée moindre que celle du CSI 300 (+17,7%), qui regroupe les grandes capitalisations des places de Shenzhen et de Shanghai, que le Nikkei 225 de Tokyo (26,2%), le FTSE 100 de Londres (+21,5%), le DAX 40 de Francfort (+23%), l'Ibex 35 de Madrid (+49,3%) ou le FTSE Mib de Milan (+31,5%). Finalement il n'y a guère que notre CAC 40 national (+10,42%) qui, plombé par l'incertitude politique, n'a pas battu Wall Street.

Comme le résume Goldman Sachs, les marchés américains ont connu l'an passé une "histoire en deux parties", avec une importante reprise sur la seconde partie de 2025.

Auparavant, Donald Trump avait malmené Wall Street avec la présentation de ses droits de douane réciproques, lors du fameux "Liberation Day" de début avril.

"Les annonces douanières du jour de la Libération ont provoqué une énorme agitation, et le S&P 500 a connu sa cinquième plus forte baisse en deux jours (+10,5%, NDLR) depuis la Seconde Guerre mondiale", rappelle Deutsche Bank.

Autre chiffre: lors des 100 premiers jours du président américain, le S&P 500 avait perdu près de 8%. Il s'agit tout simplement de la pire performance des marchés américains au cours des 100 premiers jours d'un président depuis 1974 et le début de la présidence de Gerald Ford, qui avait succédé en août de la même année à Richard Nixon, à la suite du scandale du Watergate.

Des fissures

Certes, Donald Trump a mis ensuite de l'eau dans son vin, négociant avec chaque partenaire commercial pour arriver à des surtaxes douanières moindres que celles annoncées en avril. Au point que les marchés se sont appropriés l'acronyme "TACO" pour "Trump always chickens out" ("Trump se dégonfle toujours").

Toutefois, la politique erratique du président américain sur les droits de douane, ainsi que ses pressions sur la Fed, ont mis à mal "l'exceptionnalisme américain". Cette notion renvoie, en Bourse, à la faculté des actifs américains (comme les actions) à systématiquement surperformer ceux des autres pays. Ce qui ne s'est donc pas produit, pour une fois, en 2025.

"Les fissures dans l'exceptionnalisme américain ont entraîné une rotation vers les marchés boursiers internationaux (c'est-à-dire hors États-Unis, NDLR) et ont fait grimper les actions liées à l'IA en dehors des États-Unis, en particulier en Chine", a souligné au début du mois Barclays.

À défaut d'avoir disparu, cet exceptionnalisme a pris du plomb dans l'aile, avec Trump.

"Pour la première fois depuis de nombreuses années, l’attrait des marchés actions mondiaux ne repose plus exclusivement sur l’exceptionnalisme américain - même si les États-Unis demeurent le leader incontesté de l’innovation technologique", juge Candriam.

> Le dollar dans le dur

Cette deuxième tendance est étroitement liée à la première. Alors que les investisseurs tablaient sur un renforcement du dollar face aux autres devises avec le retour de Donald Trump, l'exact opposé s'est produit.

L'euro a malmené le dollar en 2025, s'adjugeant 13,4% face au billet vert. Au-delà de l'euro, la monnaie américaine a plongé face à l'ensemble des grandes devises internationales. L'indice DXY qui mesure la performance du dollar face à un panier de grandes monnaies a abandonné 9,4% sur l'ensemble de 2025.

Toutes les explications sont en grande partie liées à Donald Trump. En raison de ses politiques chaotiques, le pensionnaire de la Maison Blanche a provoqué une désaffection pour l'ensemble des actifs américains (obligations, actions).

Les investisseurs ont en conséquence réalloué leurs pondérations dans leurs portefeuilles, en achetant des titres d'autres zones géographiques. Concrètement, ces décisions d'investissement sont revenues à vendre du dollar pour acheter de l'euro (ou d'autres devises), ce qui a plombé la devise américaine.

"Le lancement de la guerre tarifaire par Donald Trump a enclenché ce mouvement de défiance vis-à vis de la devise américaine, avec également une perte de confiance envers les engagements américains (épisode rocambolesque de la dispute télévisée avec Volodymyr Zelensky et plus largement l’annonce d’une volonté de moins soutenir financièrement l’OTAN de la part des États-Unis) et même la menace de voir les investisseurs étrangers subir une surtaxation, disposition finalement écartée de la version finale de la loi OBBA (le budget américain)", explique Oddo BHF.

Les pressions envahissantes de Donald Trump à l'égard de la Fed ont aussi accentué la pression sur le dollar.

"Le dollar a perdu son exceptionnalisme", a récemment tranché Deutsche Bank. "Il est peu probable que la forte baisse du dollar observée l'année dernière se répète en 2026. Et il est encore moins probable que les marchés soient autant dominés par le président Trump", nuance toutefois la banque allemande.

> La défense européenne s'envole

L'éclatement de la guerre en Ukraine, en février 2022, avait déjà réveillé les Européens. Ce conflit avait poussé plusieurs pays à augmenter leurs dépenses militaires. Ce qui avait propulsé les actions des groupes de défense européens en 2022.

L'arrivée de Donald Trump au pouvoir a accéléré spectaculairement cette tendance. L'image la plus marquante demeure celle de fin février 2025, lorsque le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait été reçu à la Maison Blanche.

La rencontre, retransmise à la télévision, avait abouti à un affrontement verbal avec le président américain et son vice-président JD Vance. Au point que Zelensky avait quitté Washington prématurément à la suite de cet entretien ubuesque. Donald Trump avait accusé le président ukrainien de "jouer avec la troisième guerre mondiale", quand JD Vance lui reprochait de n'avoir jamais "dit merci une seule fois" aux ֤États-Unis pour leur soutien.

Quelques semaines auparavant, une conférence sur la sécurité à Munich avait déjà donné le ton, montrant que les États-Unis étaient bien plus réticents à investir dans la sécurité du Vieux continent.

"Les pays européens vont dorénavant devoir assumer leur défense et certainement créer une capacité de défense européenne autonome. C’est l’enseignement des bouleversements politiques de ces derniers jours", écrivait Oddo BHF, début mars.

Plusieurs états européens, l'Allemagne en tête, ont ensuite multiplié les annonces de hausses des budgets militaires.

L'intervention au Venezuela accentue la tendance

En juin, les pays membres de l'Otan se sont engagés à investir 3,5% par an (et 5% en comptant les dépenses connexes comme la cybersécurité) de leur PIB dans les dépenses de défense au sens strict d'ici à 2035, contre une précédente cible de 2%.

"Nous estimons que cet objectif de 5% d'ici à 2035 pourrait représenter une augmentation annuelle d'environ 2.000 milliards de dollars des dépenses de défense de l'Otan, soit un taux de croissance annuel moyen d'environ 8% entre 2024 et 2035", calculait Royal Bank of Canada.

L'ensemble de ces annonces ont propulsé les groupes de défense européen en Bourse. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l'indice paneuropéen Stoxx Europe Targeted Defence, a pris plus de 150%. L'allemand Rheinmetall a par exemple gagné 190% quand Thales a pris 87,4%.

L'intervention militaire des États-Unis au Venezuela et les vues de Trump sur le Groenland ont encore appuyé cette tendance.

"L’administration Trump a renforcé la perception selon laquelle les États-Unis sont prêts à agir unilatéralement et à recourir à la force. D’autres pays, ayant des intérêts territoriaux ailleurs, pourraient être encouragés par l’usage du pouvoir par les États-Unis", souligne Franklin Tempeton.

L’action militaire américaine au Venezuela "devrait donc renforcer la tendance, déjà bien amorcée, de plusieurs pays à travers le monde à investir davantage dans leur sécurité nationale", conclut l'intermédiaire financier.

Jefferies, pour sa part, estime que les récentes déclarations américaines sur le Groenland devraient "conforter l'idée selon laquelle l'Europe doit augmenter ses dépenses pour garantir la souveraineté" du territoire danois.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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