(BFM Bourse) - Alors que 2026 débute tout juste, les stratégistes voient Wall Street progresser cette année, et ce davantage que l'Europe. Le CAC 40, lui, pourrait se rapprocher des 9.000 points grâce à la reprise de certains titres.
L'année 2025 a constitué un millésime boursier à part. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, il y a quasiment un an, les tendances de fond de marché ont été malmenées.
En raison de sa politique erratique sur les droits de douane, des inquiétudes autour du déficit américain et de ses menaces répétées à l'égard de l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), les actifs américains ont souffert. Le dollar a chuté face aux autres grandes devises. Wall Street a, de son côté, terminé 2025 à la traîne des grands marchés européens, japonais et chinois avec une hausse du S&P 500 de seulement 16,39%.
Cette performance s'avère moindre que celles du CSI 300 (+17,7%), qui regroupe les grandes capitalisations des places de Shenzhen et de Shanghai, que le Nikkei 225 de Tokyo (26,2%), le FTSE 100 de Londres (+21,5%), le DAX 40 de Francfort (+23%), l'Ibex 35 de Madrid (+49,3%) ou le FTSE Mib de Milan (+31,5%). Finalement il n'y a guère que notre CAC 40 national (+10,42%) qui, plombé par l'incertitude politique, n'a pas battu Wall Street.
L'année 2025 a donc mis fin au fameux "exceptionnalisme américain", une notion qui fait référence (en Bourse) à l'impressionnante capacité de Wall Street à surperformer les autres places.
Qu'en sera-t-il pour 2026? L'optimisme semble de rigueur pour les stratégistes et analystes des grandes banques.
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"2026, tout sauf ennuyeuse"
À titre d'exemple, dans sa note sur ses perspectives annuelles intitulée "tech tonic", Goldman Sachs dit rester "constructive sur les actions pour 2026".
"L'année 2026 promet d'être tout sauf ennuyeuse. L'investissement et l'adoption rapides de l'intelligence artificielle continueront de dominer le sentiment du marché. Étant donné le rythme des avancées technologiques, il est difficile de croire que cela ne se traduira pas par des gains de productivité significatifs à l'avenir", veut croire de son côté Deutsche Bank.
Le contexte macroéconomique s'annonce relativement porteur. "L'économie mondiale devrait connaître une accélération en 2026", explique UBS. "La confiance des entreprises et des consommateurs s'est améliorée, l'impulsion mondiale du crédit est devenue positive et nous prévoyons que plusieurs grandes économies avancées bénéficieront de mesures de relance budgétaire supplémentaires", développe la banque suisse.
L'établissement helvétique retient une croissance économique mondiale de 3,1% en 2026 après 3,2% en 2025, de 1,7% pour les États-Unis (contre 1,9% en 2026) de 1,1% pour la zone euro, après 1,4% en 2025, et de 4,5% pour la Chine, après 4,9% en 2025.
Deutsche Bank voit la croissance poindre à 2,4% pour les États-Unis en 2026, à 1,1% pour la zone euro et à 4,5% pour la Chine.
"L’économie mondiale, résiliente en 2025, devrait légèrement accélérer en 2026 grâce aux stimulus budgétaires (États-Unis, Allemagne, Chine, Japon), à la stabilisation du cadre tarifaire (les droits de douane, NDLR) et à une politique monétaire moins restrictive aux États-Unis", abonde Oddo BHF.
"La potentielle fin du conflit en Ukraine, les mid terms (les élections de mi-mandat, NDLR) aux États-Unis et l’absence d’élection majeure sont de nature à réduire le risque politique", poursuit le courtier.
"Au niveau de la croissance (mondiale, NDLR) cela tient. Et à côté de cela, on a une Fed qui est extrêmement accommodante, a-t-elle le choix?", s'est interrogé dans BFM Bourse en décembre, David Kalfon, président de Sanso Investment Solutions, qui se dit "optimiste" pour 2026.
Danger sur la Fed?
Si les économistes et stratégistes s'accordent à penser que la Fed effectuera encore une ou deux baisses de taux en 2026 (tandis qu'ils voient la Banque centrale européenne maintenir les siens tout au long de l'année), la question du prochain président de la banque centrale américaine reste ouverte.
Donald Trump a prévenu qu'il nommerait le successeur de Jerome Powell en début d'année. Deux candidats se détachent à savoir Kevin Hassett, conseiller du président américain, et Kevin Warsh, un ancien membre du conseil des gouverneurs de la Fed. Deux candidats qui, de toute façon, sont considérés comme "dovish" (accommodants), c'est-à-dire enclins à favoriser l'objectif de plein emploi de la banque centrale américaine par rapport à celui d'inflation. Et donc à supporter des baisses de taux.
Des craintes sur l'indépendance de la banque centrale risque de survenir. Avec des dangers à la clef. Elyas Galou, stratégiste chez Bank of America, rappelle que, depuis les années 1970, le nouveau président de la Fed est "systématiquement testé" dans les trois mois suivant sa nomination.
Le cas le plus frappant s'était posé avec Arthur Burns, nommé en 1970 par Richard Nixon et perçu comme étant à la botte du président américain. Les taux courts des obligations américaines avaient alors monté de plus de 100 points de base (1 point de pourcentage), un énorme signe d'inquiétude sur le marché, et le Dow Jones avait perdu 11%, rappelle Elyas Galou.
L'IA fait (et fera encore) débat
Toutefois l'indépendance de la Fed ne semble pas être le sujet de préoccupation numéro un du marché. Selon une enquête menée par Deutsche Bank auprès d'investisseurs, la première source de risque pour la stabilité du marché serait un éclatement d'une potentielle bulle autour de l'intelligence artificielle (IA).
La chute en Bourse des groupes de tech et la fin de l'enthousiasme sur l'IA est citée à 57% par les répondants de l'étude de la banque (qui pouvaient sélectionner trois options proposées) comme risque, loin devant une Fed qui ferait trop baisser les taux (27%).
Goldman Sachs relativise en rappelant que les valorisations de la tech américaine ne s'avèrent pas aussi extrêmes que lors des grandes bulles qu'a connues le marché par le passé. La banque pense que les investisseurs continueront de rechercher les "gagnants de l'IA" mais en ne se focalisant pas seulement sur les "hyperscalers" (Amazon, Alphabet, Oracle, Microsoft).
UBS voit également l'optimisme l'emporter dans l'IA. "Les hyperscalers brûlent de l'argent mais ne sont pas encore limités par le financement, et les valorisations restent bien soutenues, avec les valorisations des Sept Magnifiques de Wall Street (Amazon, Alphabet, Microsoft, Apple, Nvidia, Tesla, Meta, NDLR) par rapport au marché plus large seulement légèrement au-dessus de la moyenne à long terme", soutient la banque suisse.
"Bien que nous restions confiants dans la technologie sous-jacente et que nous prévoyions qu'elle entraînera des gains de productivité dans les années à venir, son adoption (de l'IA) ne se fera probablement pas sans heurts", prévient de son côté Citi.
"Internet a finalement été source de transformation, mais il a également entraîné une bulle spéculative et donné lieu à des exemples significatifs d'investissements malavisés. Ainsi, nous ne prévoyons pas de repli significatif dans le secteur de l'IA pour l'année à venir, mais nous considérons qu'il s'agit d'un risque important", signale la banque américaine.
Wall Street porté par les bénéfices
Dans ce contexte, comment peut évoluer Wall Street ? Bank of America a une cible de 7.100 points pour le S&P 500, l'indice de référence de la Bourse de New York, à fin 2026. UBS est à 7.500, Goldman Sachs 7.600, Citi 7.700 et Deutsche Bank 8.000. Ce qui représentent des potentiels de hausse respectifs par rapport au cours actuel de l'indice (6.848,01 points)* de 3,7%, 9,5%, 11%, 12,4% et 16,8%.
Bank of America pense que les résultats d'entreprise resteront solides, tablant sur une croissance autour de 15% de leurs bénéfices par action. Mais l'établissement anticipe aussi une dépréciation des multiples boursiers de 4 à 5%. D'où une hausse modeste du marché prévue par la banque.
"Concernant l'IA, nous estimons que les investisseurs doivent se préparer à une période de stagnation. La monétisation reste à définir et la puissance de calcul constitue le principal frein dont le développement prendra du temps. Pour l'instant, les investisseurs misent donc sur le rêve. Les hyperscalers, désormais plus gourmands en capitaux que les géants pétroliers, ont été largement récompensés pour l'augmentation de leurs dépenses, qui devraient atteindre un demi-milliard de dollars d'ici 2026", fait valoir Bank of America.
UBS pense à contrario que l'IA peut encore porter les marchés américains. "Les vents favorables à l'investissement dans l'IA persistent", abonde Citi qui voit toutefois des écarts de performances entre les sociétés qui adopteront l'IA et celles qui fournissent les outils d'IA. "Pour être clair, un point de départ avec des valorisations élevées (les marchés américains sont relativement chers, NDLR) constitue un obstacle pour le marché, mais pas un obstacle insurmontable. Cela exerce une pression croissante sur les fondamentaux pour soutenir l'évolution des prix", développe la banque américaine.
Deutsche Bank anticipe, pour sa part, une progression robuste des bénéfices par action des entreprises, de 14% en 2026, voit un maintien des valorisations à un niveau élevé (25 fois les bénéfices attendus sur douze mois) et s'attend à ce que la hausse de Wall Street soit davantage diversifiée (et donc moins concentrée sur la tech).
"Nous continuons de préférer les actions américaines aux actions européennes, qui disposent de meilleures et de plus solides perspectives de croissance de bénéfice par action (14% pour 2026 pour les sociétés du S&P 500 contre 12% pour les entreprises du Stoxx Europe 600, un indice paneuropéen, NDLR)", écrit de son côté Oddo BHF.
Des investisseurs trop optimistes sur l'Europe?
Pour, justement, l'Europe, les stratégistes de marché s'avèrent relativement divisés. Alors que le Stoxx Europe 600 se situe actuellement à 596 points, Bank of America le voit chuter à 565 (-5,2%) à fin 2026 tandis que Citi table sur un indice à 600 (+0,7%) à fin 2026. Goldman Sachs retient 615 (+3,2%) et Oddo BHF 626 (et 650 en cas de paix en Ukraine), soit une progression de 5%. UBS et Deutsche Bank sont toutes deux à 650 (+9%) à fin 2026.
Bank of America considère que les attentes des investisseurs s'avèrent trop élevées à l'égard de l'Europe, et pense que les actions du Vieux continent pourraient pâtir de la faiblesse de l'emploi américain, d'une baisse des PMI (des indicateurs d'activité du secteur privé) mondiaux ou encore d'un trou d'air généralisé dans l'IA.
UBS s'attend à ce que l'économie européenne affiche croissance au-delà de ses tendances de long terme, ce qui aiderait les entreprises à afficher une progression des bénéfices "décente" pour la première fois depuis quatre années. La banque suisse ne pense toutefois pas qu'une grande rotation de marché des actions américaines vers les actions européennes se produira.
"En Europe, nous voyons les dépenses budgétaires tant attendues en Allemagne améliorer la confiance et prévoyons une croissance des bénéfices de 10% à 12% avec des valorisations peu exigeantes", expose de son côté Deutsche Bank.
Un CAC 40 aidé par la Chine?
Qu'en est-il du CAC 40? Les bureaux d'études ne poussent pas le détail jusqu'à livrer des prévisions pour chaque indice européen.
Toutefois, Alexandre Baradez, chef de l'analyse de marché pour IG France se montre confiant. "Je vois le CAC 40 plutôt positivement évoluer car il a beaucoup sous-performé ses homologues européens alors que le spread Bund-OAT à 10 ans (l'écart de taux entre les obligations françaises et allemandes, thermomètre du stress des investisseurs sur les finances publiques françaises, NDLR) est retombé autour de 70 points de base (0,7 point de pourcentage).
L'expert de marché estime que le marché parisien pourrait être porté par le compartiment du luxe qui serait lui-même soutenu par des mesures de relance de la part de la Chine. "Les ventes de détail ont récemment montré que la demande intérieure n'était pas au rendez-vous, tout comme l'immobilier avec les difficultés de Vanke, le second promoteur du pays", note-t-il.
Alexandre Baradez pense que la France pourrait également proposer des mesures "plus cohérentes sur le plan budgétaire avec une trajectoire de déficit plus soutenable à moyen terme".
L'analyste de marché souligne que même si la croissance en zone euro reste "pas mauvaise" mais pas plus, la région est perçue comme un "ilot de stabilité" pour les investisseurs étrangers, par rapport à la politique encore "erratique" des États-Unis. Ce qui soutiendra par ricochet le CAC 40. De même que la convergence des taux obligataires en zone euro, un autre "signe de stabilité", note-t-il.
Alexandre Baradez considère que le CAC 40 aurait les moyens "d'aller chercher des niveaux proches des 9.000 points" mais "que la question du timing se pose". Par ailleurs, l'expert n'exclut pas des trous d'air liés à une potentiel correction de Wall Street, les marchés européens étant assez influencés par leurs homologues américains.
"En 2026, le CAC 40 pourrait faire ce qu’il sait faire de mieux : suivre Wall Street sans trop de personnalité", juge d'ailleurs Antoine Andreani, chef de la recherche de XTB France.
"Fidèle à ses habitudes, l’indice parisien accompagnerait la hausse des marchés américains, mais à un rythme plus mesuré, avec en ligne de mire une zone technique autour de 8.880 points, niveau bien identifié par les investisseurs institutionnels", ajoute-t-il. L'expert de marché considère que cette cible de fin 2026 pourrait être atteinte plus rapidement si Wall Street basculait en mode "bulle" et montait fortement.
"Certaines valeurs pourraient servir de locomotives. Hermès, porté par un retour en grâce attendu du luxe français, Schneider Electric ou encore Air Liquide - qui pourrait rebondir dès le premier semestre - figurent parmi les candidats naturels. À l’inverse, le CAC 40 resterait exposé à tout regain de volatilité, souvent caractéristique des premiers mois de l’année", poursuit-il.
"Sans surprise, l’attention des investisseurs se portera en 2026 sur le contexte politique et budgétaire français. Les tensions observées sur la dette souveraine en 2025 résultent d’un faisceau de facteurs désormais bien identifiés: déficit public élevé, instabilité politique persistante et perte de confiance progressive des marchés. À ce stade, aucun catalyseur clair ne permet d’anticiper une sortie rapide de l’impasse politique avant l’échéance présidentielle de 2027", conclut-il.
(*) Les cours ont été arrêtés vendredi après la clôture européenne.
