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Marché : La sécheresse au Brésil propulse le prix du café à un sommet depuis novembre 2016

dimanche 13 juin 2021 à 07h00
Les prix du café sont poussés à la hausse par la sécheresse au Brésil

(BFM Bourse) - Porté par des perspectives plus favorables concernant la demande et par des perturbations du côté de l'offre en raison de la sécheresse au Brésil, le prix du café remonte à un niveau inédit depuis près de cinq ans.

L'indicateur composite du prix du café (ICPC) de l'Organisation internationale du café (OIC) n'avait pas été à pareille fête depuis novembre 2016. Gare néanmoins à la gueule de bois pour ce marché sur lequel certaines redoutent une cascade de faillite du côté des négociants, alors que les producteurs -brésiliens notamment- tentent désespérément de renégocier les contrats passés au vu de la récente hausse des cours. En hausse de 10,4% en mai, l'ICPC a atteint 134,78 cents (de dollars) la livre en moyenne, son niveau le plus élevé depuis février 2017 a indiqué l'OIC dans un rapport mensuel publié vendredi 4 juin.

"Une tendance ferme à la hausse des prix du café au cours des huit premiers mois de l'année caféière (du 1er octobre au 31 septembre, pour suivre le rythme des cultures) 2020-2021 semble confirmer un net redressement par rapport aux faibles niveaux de prix qui ont débuté au cours de l'année caféière 2017-18", constate l'organisation. Selon elle, la perspective d'une baisse de la production au Brésil, principal producteur, et des perspectives plus favorables pour la demande à mesure que les pays lèvent les limitations liées aux pandémies sur les déplacements des personnes sont les principaux facteurs de la tendance à la hausse des prix.

Parmi les types de café utilisés par l'OIC pour le calcul du composite global, les "Arabicas brésiliens naturels" ont connu la plus forte augmentation des prix en mai, soit 13,4%. Les "autres doux" ont augmenté de 10,6% et les "doux de Colombie" de 9,5%. L'indicateur des "Robustas" a pour sa part augmenté de 7%.

La progression soutenue observée en mai s'est d'ailleurs poursuivie sur le début du mois suivant, l'ICPC atteignant un sommet proche 145 cents le vendredi 4 juin, un cours plus atteint -en moyenne mensuelle- depuis novembre 2016. Cela correspond à un rebond de 55% depuis son récent creux de mars 2019.

Sécheresse au Brésil

Premier producteur et exportateur mondial de café, le Brésil devrait cette année engranger une récolte de 14,2% à 19,4% inférieure à celle, record, de 2020 (révisée en hausse à 69,9 millions de sacs de 60 KG), en raison notamment de la sécheresse, selon le rapport du département de l’Agriculture des États-Unis publié le 17 mai dernier. Concernant l'Arabica, la chute de production est même attendue autour de 30% à 35 millions de sacs. "La majorité des zones de production se trouvent dans l'année creuse du cycle de production bisannuel [les plants de la variété arabica, qui représentent près de 80% du café produit au Brésil, suivent naturellement un cycle végétatif dit "biennal", alternant une année de grande floraison et de meilleure productivité, et une année de floraison et de rendement moindre, NDLR], ce qui entraîne un potentiel de production plus faible pour la prochaine récolte" notent les experts.

Les conditions météorologiques défavorables ont également "affecté significativement les résultats de la production pour 2021". "La sécheresse persistante et les températures élevées dans les principales régions caféicoles au cours du second semestre de 2020 et des premiers mois de 2021 ont non seulement affecté la floraison et la nouaison [début de la croissance d'une jeune fleur, NDLR], mais aussi le développement et le remplissage des fruits" détaillent-ils.

Résultat, les exportations de café sont également attendues en nette baisse, à 35,2 millions de sacs, soit près de 10 millions de mois que le record établi sur l'année 2020-2021. Et certains producteurs réclament désormais davantage que ce qu'ils avaient accepté il y a quelques mois, voire un an, car les prix du café se sont nettement redressés depuis. D'autres, qui sont en retard dans la livraison de leur café, demandent de reporter les expéditions à l'année prochaine. "Les agriculteurs qui avaient vendu leur café entre 450 et 650 réaux [soit entre 89 et 128 dollars s'ils l'ont vendu il y a 6 mois, NDLR] sont maintenant à la recherche de taux spot de 800 réaux (près de 160 dollars)", a déclaré lundi un négociant basé aux Pays-Bas dans une maison de commerce international. "Les défauts de paiement vont être un gros problème, je pense" a-t-il ajouté.

Or les négociants internationaux de matières premières s'exposent à de lourdes pertes s'ils acceptent de payer plus cher aujourd’hui le café qu’ils ont vendu aux torréfacteurs il y a plusieurs mois. Pire encore, ils pourraient devoir s'approvisionner en café cher sur le marché au comptant si les agriculteurs ne respectent pas leurs engagements.

Craintes de faillites en cascade

Les défaillances ne se sont pas encore produites car la récolte vient juste de commencer, mais elles sont probables dans les mois à venir. "Des agriculteurs ou leurs avocats nous ont appelés pour demander une renégociation. Nous avons dit que nous ne pouvions pas changer les conditions maintenant", a déclaré le responsable brésilien d'une maison de commerce international de matières premières, interrogé par Reuters. "Si un agriculteur décide de ne pas respecter ses engagements, cela représenterait une perte d'environ 200 réaux (37,60 dollars) par sac. C'est beaucoup" affirme t-il, expliquant que les exportateurs négocient par milliers de sacs, de sorte que les pertes pourraient se chiffrer en millions de réaux.

"Nous pensons qu'il y aura des agriculteurs en défaut de paiement, mais nous espérons que ce sera un petit nombre", a pour sa part Sergio Hazan, directeur général de Comexim, l'un des plus grands exportateurs brésiliens. Si Comexim n'a pas reçu de demandes de renégociation, principalement parce que la société a peu de contrats pour des livraisons futures, il est conscient que de telles demandes ont été faites à d'autres. C'est le cas de plus petits courtiers, selon qui les agriculteurs devraient toutefois réfléchiraient à deux fois avant de manquer à leurs engagements, de peur de faire face à un boycott potentiel de la part des acheteurs.

De son côté, le syndicat d'agriculteurs Sincal a défendu les renégociations, évoquant la mauvaise récolte de cette année. "Nous ne disons pas aux gens de rompre les contrats... mais les agriculteurs qui n'ont pas produit suffisamment devront s'asseoir à la table du négociant et expliquer la situation", a déclaré le directeur de Sincal, Marco Antonio Jacob. La fragile position dans laquelle se trouvent les producteurs exportateurs devrait ainsi, selon les experts, continuer à faire pression à la hausse sur les cours du café dans les prochaines semaines.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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