(BFM Bourse) - La Chine entre, la semaine prochaine année, dans la nouvelle année lunaire, placée sous le signe du cheval, censé être annonciateur de succès et de bonne fortune. De bon augure pour les marchés actions chinois?
L'année du serpent a plutôt constitué un bon millésime pour les actions chinoises. Les différentes places se sont relativement bien comportées en 2025. Selon Deutsche Bank, le Hang Seng de Hong Kong a gagné 32,5% tandis que le Shanghai Composite s'est adjugé 21,7%.
Qu'en sera-t-il de l'année du cheval qui débutera officiellement mardi 17 février, date du nouvel an lunaire? Dans le zodiaque chinois, l'animal symboliserait la vitalité, la vitesse, la persévérance et serait annonciateur de bonne fortune.
De bon augure pour les marchés actions chinois en 2026? Les différents bureaux d'études s'avèrent en tout cas relativement optimistes quant au potentiel des titres de "l'Empire du milieu".
"La reprise des actions chinoises devrait se poursuivre grâce à des mesures politiques et des facteurs structurels favorables", écrit, à titre d'exemple, UBS.
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Un plan quinquennal très attendu
L'un des grands points d'attention des investisseurs (et pas qu'eux d'ailleurs) restera la présentation du quinzième plan quinquennal du Parti communiste chinois, attendue en mars. Ces plans définissent les grandes lignes stratégiques de la Chine sur cinq années, le prochain portant sur la partie 2026-2030.
"Le futur plan (2026-2030) vise un 'double miracle': maintenir une croissance élevée tout en assurant la stabilité sociale à long terme. Pékin mise sur la modernisation industrielle, la montée en gamme technologique et l’indépendance technologique, en particulier vis-à-vis des États-Unis", explique Société Générale Private Banking.
Le gouvernement entend également renforcer la sécurité nationale et relancer la consommation intérieure via des mesures de soutien ciblées", poursuit la banque française.
"Les priorités devraient être axées sur l'amélioration de la résilience économique, notamment par la diversification des partenaires commerciaux et la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de matières premières essentielles", liste de son côté la société d'investissement Ninety One.
"Des mesures visant à augmenter les revenus des ménages, à fournir un filet de sécurité sociale et à améliorer les capacités nationales dans les technologies clés sont également à l'étude", ajoute-t-elle.
Pas de bazooka mais...
Pour autant, attendre que le nouveau plan quinquennal se traduise par un méga-plan de relance à même de provoquer une envolée massive des marchés actions relèverait de l'erreur.
UBS anticipe pour cette année des mesures de soutien à l'économie représentant environ 1 point de produit intérieur brut (PIB) après 1,5 point en 2025, couplé à une baisse de taux directeur de 0,2 point de la part de la Banque populaire de Chine, la banque centrale du pays.
"Le 15e plan quinquennal vise à stimuler la consommation comme priorité absolue, même si les efforts initiaux pourraient encore être modestes et progressifs", écrit la banque suisse.
Les investisseurs ne seront probablement pas surpris. "L'espoir d'une relance massive, 'à la bazooka', semble de plus en plus irréaliste, car il n'existe pas de solution miracle pour redresser une économie en difficulté. Au contraire, la guérison prendra du temps dans le cadre de l'approche 'médecine traditionnelle chinoise' adoptée par le gouvernement: la reprise est en cours mais elle est lente, dans un contexte de rééquilibrage économique national, de démondialisation et d'importance croissante accordée à l'autonomie technologique, explique BNP Paribas AM.
La Chine s'attèlera notamment à mettre en œuvre sa politique économique appelée "anti-involution". Ce qui revient à éviter que la croissance se développe sans évolution qualitative (l'"involution" renvoie à la croissance d'une société agraire où la productivité ne progresse pas).
'Ce concept représente l'ambition de Pékin de se détacher de cycles économiques auto-destructeurs qui ont tourmenté plusieurs secteurs", résume Deutsche Bank.
Certes, la croissance de la Chine ralentit. L'an passé, le PIB a progressé de près de 5%, atteignant de justesse l'objectif de croissance du pays. Pour 2026, les économistes tablent sur une progression qui s'échelonnerait entre 4,5% et 5%, Bank of America retenant 4,7%, Deutsche Bank 4,5%.
...Une politique anti-involution qui privilégie la qualité à la quantité
Toutefois ce ralentissement traduit, au moins en partie, la mise en œuvre de ces politiques "anti-involution".
Ces dispositions incluent par exemple des réformes légales pour éviter des guerres de prix ou des abus de position dominante, des réductions de délais de paiement aux fournisseurs dans l'automobile, et, tout simplement, encourager chez les grandes entreprises des réductions de temps de travail pour accorder davantage de loisirs aux employés.
Des opérations de rachats d'entreprises par d'autres dans certains secteurs pourrait également être favorisées.
Pour Deutsche Bank, implanter efficacement ces mesures sera "clé pour relancer l'inflation (les prix à la consommation ont été stables sur l'ensemble de 2025, un plus bas de 16 ans, NDLR) et la rentabilité des entreprises".
Cette réorientation économique vers la "qualité plutôt que la quantité" devrait donner un appui aux actions chinoises, cette année.
"L'engagement du gouvernement en faveur d'une croissance économique de qualité, de réformes structurelles et d'un soutien à l'autosuffisance technologique devrait également constituer un cadre favorable pour les actions chinoises, selon nous", avance UBS.
"Pour les investisseurs en actions, l'accent devrait être mis non plus sur la croissance du PIB, mais plutôt sur les moteurs fondamentaux du marché tels que l'innovation, la modernisation industrielle, l'évolution des modes de vie et la consolidation sectorielle", explique de son côté BNP Paribas AM.
Des entreprises au potentiel sous-estimé?
"Ces quatre thèmes de croissance à long terme devraient générer des bénéfices et des flux de trésorerie solides sur le marché boursier chinois. Ils sont de plus en plus complétés par un regain d'intérêt des investisseurs nationaux et les premiers signes d'un regain d'intérêt des investisseurs internationaux", poursuit la banque.
Cette mue de la croissance vers davantage de qualité et d'innovation s'observe déjà et devrait s'amplifier.
Directeur général de Syncicap AM, Jean-Marie Mercadal attire l'attention sur le fait que la Chine est en quelques années "passée d’un producteur de biens de piètre qualité à un acteur ultra compétitif en termes de rapport qualité/innovation/prix".
Si cette réputation a émergé dans certains secteurs comme le véhicule électrique ou les machines-outils, d'autres industries comme la pharmacie devraient suivre. Jean-Marie Mercadal souligne que les biotech chinoises devraient avoir facturé pour 2025 environ 100 milliards de dollars de licences avec lespays occidentaux, alors que ces licences n'existaient pas il y a dix ans. Le spécialiste de marché explique également que les marques chinoises dans le luxe deviennent "tendance" chez les consommateurs locaux.
Dans ce contexte, les valorisations des actions chinoises paraissent, selon lui, particulièrement intéressantes, les titres du MSCI Chine s'échangeant environ 14 fois les bénéfices attendus sur douze mois (contre plus de 22 fois pour le S&P 500, l'indice principal de Wall Street, à titre de comparaison) pour une croissance des bénéfices de 10 à 15%.
Plus largement, BNP Paribas AM estime que le potentiel des entreprises chinoises demeure encore ignoré ou sous-estimé.
L'IA comme moteur
La montée en puissance du pays dans l'intelligence artificielle (IA) l'illustre. "L'écart entre la Chine et les États-Unis dans le domaine de l'IA n'est peut-être pas aussi important que le marché l'avait initialement estimé : malgré les restrictions américaines, la Chine a acquis des capacités de pointe en matière d'IA avec beaucoup moins de 'hardware' (des machines, par opposition au software, les logiciels").
Les prouesses de Deepseek, une start-up chinoise qui a développé des modèles de langage d'IA (LLM) à des coûts a priori bien moindre que les bigtech américaines, avaient secoué Wall Street l'an passé.
"Les États-Unis ont basé leur politique sur l'hypothèse que la Chine ne peut faire des puces d'IA. Cette hypothèse a toujours été discutable et, maintenant, elle est clairement erronée : la Chine a d'énormes capacités manufacturières", avait d'ailleurs prévenu au printemps dernier le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, envoyant alors un avertissement à l'administration Trump.
Or justement, le développement continu de l'IA représente à la fois un gain de productivité notable et un facteur d'attraction pour les titres chinois.
"Les entreprises chinoises jouent un rôle de plus en plus important dans les domaines de l'IA, de la robotique et des médicaments innovants. Dans l'ensemble, l'adoption croissante de l'IA et les percées technologiques devraient améliorer la productivité et profiter aux entreprises liées à l'IA", écrit HSBC AM.
"L'innovation en matière d'IA reste un moteur clé pour les actions chinoises, et le soutien explicite de Pékin aux modèles d'IA développés localement et aux progrès réalisés dans la fabrication de puces renforce notre confiance dans le secteur technologique", souligne pour sa part UBS.
"À l'avenir, le lancement probable du nouveau modèle de Deepseek en février pourrait raviver l'intérêt des investisseurs pour la croissance structurelle, tandis que les résultats du quatrième trimestre devraient fournir de nouvelles preuves des retombées commerciales tangibles que les entreprises tirent de leurs investissements dans l'IA, l'infrastructure cloud et les applications numériques", poursuit la banque suisse.
Citée par Bloomberg, Goldman Sachs table sur une hausse de 20% du MSCI China en 2026 et de 12% pour le CSI 300, indice qui regroupe les grandes capitalisations chinoises présentes à Shenzhen et Shanghai.
La banque américaine explique que sa projection est surtout motivée par la croissance des bénéfices des groupes chinois qui seront supportés notamment par l'IA et les politiques "anti-involution".
Des risques de tensions sino-américaines
"Les perspectives pour les actions chinoises en 2026 sont prometteuses. La capacité de la Chine à résister aux exigences commerciales des États-Unis reflète la réduction de l'écart technologique entre les deux économies", abonde Franklin Templeton.
La Chine n'est évidemment pas à l'abri d'un revers dans l'IA, un peu comme les États-Unis. Si elle se montre optimiste sur les perspectives des actions chinoises, BNP Paribas AM note qu'une déception sur la monétisation de l'IA ou encore un choc en matière de régulation pourrait déclencher un "de-rating", c'est-à-dire une dépréciation des multiples boursiers.
Toutefois, la Chine a un avantage: son cycle d'investissement dans l'IA a commencé plus tard et sur une base plus modeste que celui des États-Unis.
"Cette position de 'retardataire' signifie que la Chine dispose d'une plus grande marge de manœuvre en s'appuyant sur des feuilles de route technologiques alternatives, telles que les algorithmes et les réseaux, plutôt qu'en ajoutant de la puissance de calcul brute. Cela devrait réduire le risque de surinvestissement", explique BNP Paribas AM.
Les marchés actions pourraient également être portés par une plus grande participation des petits porteurs locaux ainsi que des investisseurs étrangers soucieux de se diversifier des indices américains, qui ont montré des signes d'essoufflement l'an passé. Cet argument est à la fois avancé par UBS et BNP Paribas AM.
Évidemment, et comme chaque année, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis devront être surveillées par les investisseurs tout au long de l'année 2026. Le ton s'est quelque peu adouci ces derniers mois. Mais Donald Trump a toujours, y compris lors de son premier mandat, soufflé le chaud et le froid face à Pékin.
"Le risque de nouvelles tensions entre les États-Unis et la Chine reste un facteur déterminant de la volatilité future", conclut la société d'investissement Ninety One.
