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Pour obtenir un rendement durable, mieux vaut se méfier des dividendes trop aguichants

dimanche 17 novembre 2019 à 07h30
Un gros rendement est parfois trompeur

(BFM Bourse) - La plus rentable des entreprises ne peut offrir plus qu'elle ne gagne - en tous cas pas durablement. Ponctuellement, certaines sociétés peuvent afficher un rendement (montant du dividende par rapport au cours de Bourse du moment) qui fait figure de véritable aubaine.

Les épargnants en prennent de plus en plus conscience. Dans un contexte d'extrême faiblesse des taux des obligations (les produits financiers les moins risqués, composant l'essentiel des actifs de l'assurance-vie en euros notamment), les supports qu'ils privilégiaient jusqu'ici ne rapportent presque plus rien. Pour retrouver du rendement, les sociétés de gestion les incitent à aller vers des supports plus diversifiés (unités de compte souvent). Et après des années de désaffection pour la Bourse, ils commencent à se pencher sur les valeurs dites de rendement - dont la Française des Jeux constitue un véritable archétype, ce qui explique une bonne partie du succès de la privatisation en cours.

Les valeurs de rendement (yield en anglais) sont, schématiquement, des sociétés évoluant sur des secteurs matures, comme les services aux collectivités ou les télécoms, par opposition aux sociétés de croissance (growth) lesquelles investissent massivement pour prendre le plus vite possible des parts sur des marchés en développement, dans les nouvelles technologies par exemple. La rotation des unes vers les autres est loin d'être un phénomène inédit: les périodes combinant taux d'intérêts faibles -voire négatifs- et conjoncture volatile poussent naturellement les investisseurs en quête de rendement vers les actions versant les dividendes les plus élevés.

Un ratio parfois trompeur

Mais pour investir sur les titres à fort rendement, il convient de ne pas se contenter de cibler des actions qui ont versé lors d'un exercice donné un dividende représentant un pourcentage élevé de leur cours actuel, au risque de tomber de haut. À lui seul, ce ratio exprimé à l'instant t peut en effet se révéler trompeur.

À tout moment, une entreprise même aux résultats médiocres peut afficher un rendement à première vue attrayant, sur la base du dernier coupon versé... du fait d'une forte baisse du cours. Cela indique généralement que le marché est en train de perdre confiance dans sa capacité à maintenir ses bénéfices, et donc qu'une diminution voire une interruption du dividende pourrait survenir. Rappelons qu'avant la crise financière de 2008, le secteur bancaire était pourvoyeur de gros rendements... Avant que certaines banques ne se voient contraintes de suspendre toute distribution parfois pendant plusieurs exercices. Plus près de nous, rappelons que Rallye, le principal actionnaire de Casino, affichait en 2018 l'un des plus importants rendements du marché parisien... Mais l'action affiche actuellement un repli de plus de 20% depuis le début 2019 et la capacité de sa filiale à lui remonter ses cash-flows est désormais discutée (pour commencer, le distributeur ne verse plus d'acompte sur le dividende de l'année prochaine).

Vérifier le taux de distribution

Plusieurs astuces peuvent toutefois vous aider à éviter les pièges à rendement, en éliminant les actions offrant des rendements "trop beaux pour durer". La première consiste à considérer qu'un beau dividende, c'est bien, mais qu'un rendement significativement plus élevé que la moyenne cache souvent un problème ou des doutes importants.

Selon nos calculs réalisés pour notre palmarès BFM Bourse 2019, le rendement moyen des dividendes au cours des 5 dernières années pour les groupes du CAC 40 s'établissait à 3,69%. S'agissant du dividende pour l'exercice en voie de se terminer (en général versé au printemps dans la foulée des assemblées générales des actionnaires), il devrait approcher de 4%. S'il y a évidemment une dispersion des rendements en fonction des secteurs et de la situation de chaque entreprise, un rendement qui serait un multiple de ce taux demande à être soigneusement décortiqué pour vérifier qu'il n'y a pas anguille sous roche.

Derrière le taux de rendement, il convient de vérifier le taux de distribution (ou payout ratio), c'est-à-dire la pourcentage du bénéfice annuel qui est distribué aux actionnaires. Le raisonnement est simple : plus le taux de distribution est élevé, plus fort est le risque de voir le dividende fondre si jamais les bénéfices diminuent d'une année sur l'autre. Par exemple, si une entreprise redistribue 70% de ses bénéfices, elle n'aura virtuellement plus de marge l'année suivante si ses bénéfices reculent de 30% (il lui faudrait alors verser l'intégralité des bénéfices pour maintenir le même niveau de dividende). Dans le cas d'une société dont le taux de distribution est de 40%, un repli de même ampleur des bénéfices lui laisse une certaine marge avant de devoir réduire le montant du dividende. Plus le taux de distribution est élevé, meilleure doit être la visibilité sur les bénéfices (activité à forte récurrence comme dans le cas de FDJ).

Là encore, le taux de distribution doit être mis dans un contexte sectoriel. Par exemple, les sociétés d'investissement immobilier coté (SIIC) sont obligées de verser 85% de leur bénéfices, faute de quoi elles perdent leur statut fiscal particulier (en contrepartie de cette obligation, elles sont exemptées d'IS).

Miser sur la stabilité

Il arrive que certaines sociétés versent en dividende davantage qu'elles n'ont dégagé de bénéfices. C'est une politique financière agressive qui revient à puiser dans les réserves accumulées les années précédentes, et qui ne peut être longtemps soutenue. Ce cas de figure dénote souvent les difficultés d'un actionnaire de référence, qui assèche ainsi les caisses pour faire face à son propre endettement.

Autre bon réflexe, vérifier si le niveau du dividende d'une année à l'autre est très variable ou relativement constant. Un exemple bien connu est celui de Solocal, la société précédemment connue sous le nom de PagesJaunes. En 2008, elle affichait un rendement indicatif alléchant de plus de 13,5%. Mais le coupon a diminué d'un tiers dès l'exercice suivant, reflétant les difficultés de l'entreprise très endettée et subissant un bouleversement de son principal marché des annuaires, avant d'être purement supprimé. Et depuis le titre a encore perdu plus de 90% de sa valeur.

Idéalement, un bon placement en valeur de rendement doit donc combiner un taux de distribution raisonnable, un taux de rendement confortable mais pas anormalement élevé, et surtout être accompagné de perspectives opérationnelles solides pour les années à venir.

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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