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Marché : La propagande projette une image d'unité malgré les divisions internes

Aujourd'hui à 12:14
Marché : La propagande projette une image d'unité malgré les divisions internes

par Parisa Hafezi et Angus McDowall

DUBAÏ, 22 mai (Reuters) - Le pouvoir iranien placarde partout à Téhéran des affiches de propagande vantant l'unité nationale et la victoire sur une superpuissance mondiale, quelques mois seulement après avoir réprimé dans le sang les manifestations de son peuple et alors que la guerre rend la vie quotidienne difficile.

À côté des images glorifiant les Gardiens de la Révolution et célébrant le blocage du détroit d'Ormuz bloqué, les autorités organisent des mariages collectifs agrémentés de cérémonies militaires et des séances publiques d'entraînement au tir dans les mosquées pour vanter l'esprit ⁠de résistance nationale.

Contrairement aux messages religieux du passé, la propagande met aujourd'hui l'accent sur des thèmes nationalistes visant un public plus large que la ‌base conservatrice du régime.

"L'ancienne idéologie de la République islamique n'avait plus vraiment d'influence au sein de la société. Il était donc nécessaire de puiser dans d'autres éléments de l'identité iranienne susceptibles de mobiliser les masses", souligne Ali Vaez, spécialiste de l'Iran au centre de réflexion International Crisis Group.

Ali Vaez et d'autres experts disent cependant douter de l'efficacité de ce changement de stratégie auprès d'une population traumatisée par des ​années de répression.

Si l'Iran a réussi à résister aux frappes aériennes américaines et israéliennes et à ramener Donald Trump à la table des négociations en fermant le détroit d'Ormuz, il ​est confronté à une situation désastreuse sur le plan intérieur.

L'économie, déjà dans une situation désespérée avant ​la guerre, risque de s'effondrer, et la répression croissante témoigne de la crainte des autorités face à une recrudescence des troubles internes.

Dans ce contexte difficile, l'iconographie chiite du martyre, pilier de la propagande depuis des décennies, a en partie cédé la place à des symboles nationaux et historiques persans, ​autrefois méprisés par la République islamique car rappelant un passé monarchiste.

CONVOCATION DES GLOIRES PASSÉES

Parallèlement, la couverture par la ​télévision d'État des fréquents rassemblements organisés par les autorités inclut des interviews de femmes non voilées, ce qui était depuis longtemps impensable dans les médias iraniens.

"(Le régime) cherche à montrer que tout ⁠est normal en ⁠Iran, que le pays est uni et qu'il ne massacre pas son peuple", estime ⁠Ali Ansari, professeur d'histoire moderne à l'université de St Andrews, en Écosse.

"Cela fonctionnera dans une certaine mesure auprès des indécis, mais la plupart des Iraniens n'y croient pas vraiment", ajoute l'enseignant d'origine iranienne.

Le succès de la fermeture du détroit d'Ormuz est au ⁠coeur de la campagne de propagande iranienne à l'étranger, avec des mèmes sur les réseaux sociaux tournant Donald Trump en dérision, mais aussi à usage interne.

A Téhéran, une affiche géante représente des Gardiens de la Révolution tenant un filet de pêche dans lequel sont pris des navires et des avions de combat américains. Une autre montre un morceau de tissu agrafé sur le visage de Trump, dont la forme caractéristique rappelle celle du détroit.

Ces images s'inscrivent dans une longue tradition consistant à exalter l'héroïsme iranien et à diaboliser les États-Unis, comme en témoigne notamment une fresque murale célèbre représentant la Statue de la Liberté avec un visage de squelette.

Mais, en rupture avec le passé, une autre pancarte à Téhéran représente Raïs Ali Delvari, un chef rebelle qui s'était opposé à l'occupation britannique de la côte iranienne du Golfe il y a un siècle, debout aux côtés d'un commandant des Gardiens de la Révolution, les mains levées pour bloquer le détroit.

"Ces pancartes représentant des héros nationaux sont destinées à susciter un soutien à la guerre. Après cela, elles se retourneront contre nous et la répression commencera", prédit Narges, 67 ans, une fonctionnaire à la retraite de Shiraz qui a demandé à ne pas donner son nom de famille.

MILITARISATION DU RÉGIME

Selon les observateurs de la vie politique iranienne, le centre du pouvoir iranien s'est déplacé à la faveur de la guerre des dignitaires religieux vers les commandants des Gardiens de la Révolution, accélérant un glissement en cours depuis plusieurs années.

"L'orientation prise par les discours que le régime diffuse est en réalité ​révélatrice de la transformation que celui-ci est en train de ‌subir. Il passe d'un système théocratique à un système militaire", pointe Ali Vaez.

Les images de l'équipe nationale de football saluant la foule ou celles du nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, brandissant un drapeau iranien, s'inscrivent dans cette thématique patriotique.

Les frappes aériennes visant les infrastructures ‌civiles et la menace de Donald Trump d'anéantir la civilisation iranienne ont renforcé l'efficacité de la propagande du régime, considère Ali Vaez.

"Tout cela a aidé le régime iranien à présenter cette guerre ⁠non pas comme une guerre contre la République islamique, mais comme une guerre contre l'Iran en tant qu'État", pointe-t-il.

Les autorités ont organisé des grands rassemblements presque tous les soirs pendant la guerre afin de laisser penser qu'elles ont le soutien de ​la rue, même si beaucoup d'Iraniens ne sont ​pas dupes.

"Tout cela n'est ‌qu'une mise en scène destinée à montrer au monde que le peuple soutient le régime. Au lieu de cela, ils devraient s'attaquer à la situation économique", peste Arshia, 23 ans, récemment diplômée en langue française à Yazd.

Les images glorifiant l'armée, comme celle des entraînements au maniements des armes dans les mosquées, traduisent aussi aux yeux de nombre d'Iraniens la nervosité des autorités.

"Cela met en lumière le fait que le régime n'est pas aussi solide qu'il le prétend. Il éprouve le besoin de démontrer sa force à son ​propre peuple", relève le professeur Ali Ansari.

(Version ‌française Tangi Salaün, ​édité par Benoit Van Overstraeten)

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