Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Ces sociétés cotées qui résistent le mieux à l'inflation

samedi 14 mai 2022 à 07h00
Face à l'inflation, les sociétés à fort pricing power s'en sortent le mieux

(BFM Bourse) - La hausse des prix est plus forte et plus durable que prévu. Le coût de la vie progresse de mois en mois alors que la croissance montre des signes de faiblesse. La combinaison de ces deux phénomènes réveille le spectre de la "stagflation" mot-valise combinant inflation et stagnation de l'économie. Dans ce contexte, quelles sont les valeurs qui pourraient traverser ces turbulences inflationnistes sans trop de dégâts ?

L'économie française devrait traverser une période difficile de l'aveu du ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Ce dernier a souligné début mai que la France se trouvait "face à des difficultés économiques considérables." Les prix ont en effet poursuivi leur hausse en avril, à +4,8% sur un an, après +3,6% en février et +4,5% en mars. L'inflation devrait continuer à accélérer et pourrait atteindre 5,4% sur un an en juin. A côté, la croissance économique française est au point mort, et elle est attendue en légère hausse de 0,25% au deuxième trimestre.

Aux États-Unis, l'inflation est également au cœur de toutes les préoccupations et en particulier de la Réserve fédérale américaine. En mars, elle a accéléré à 8,5% sur un an, un niveau qui n'avait plus été observé depuis 40 ans, selon les données du Bureau de la statistique du Travail. En avril, l'inflation a très légèrement reculé à 8,3% sur un an. Alors que la hausse des prix reste plus forte et durable que prévu, la Fed vient d'enclencher un tour de vis monétaire pour tenter de réguler une hausse des prix galopante, accentuée avec le conflit ukrainien. Car face à une inflation qui s'installe, les banques centrales finissent par augmenter les taux d'intérêt avec le risque de donner un réel coup d'arrêt à une croissance déjà étriquée.

Tous les éléments sont réunis pour voir le risque de "stagflation" s'installer dans les économies mondiales. Le mot-valise "stagflation" - contraction des termes "stagnation" et d'"inflation" -, fleure bon les années 70 alors que les chocs pétroliers ont provoqué une flambée des prix et ont creusé les premiers déficits budgétaires.

Les premières traces du terme "stagflation" apparaissent dans les années 60, donc bien avant le premier choc pétrolier de 1973. Le 17 novembre 1965, Iain Macleod député du Parti conservateur britannique aurait été le premier à prononcer le mot "stagflation" pour décrire la situation économique outre-Manche. "Nous avons aujourd’hui le pire des deux mondes: non seulement de l’inflation d’un côté ou de la stagnation de l’autre, mais les deux à la fois. Nous avons en quelque sorte une situation de 'stagflation', avait-il prononcé à la Chambre des communes.

Les valeurs "pricing power", bouclier anti-stagflation mais...

Dans un tel contexte, les entreprises ne sont pas toutes logées à la même enseigne. L'inflation devient de plus en plus un facteur discriminant pour les sociétés cotées. Deux choix s'imposent à elles : soit elles se prennent de plein fouet la hausse des prix avec le risque de voir leurs marges rognées, soit elles sont en capacité de fixer leurs prix et de les imposer à leurs clients sans que cela n'affecte la demande. Ces sociétés ont un pouvoir non pas magique mais bien de "pricing power".

Les valeurs du secteur du luxe sont les championnes en la matière, le prix étant un levier efficace pour entretenir la désirabilité des produits vendus. Plus la pièce est chère, plus son pouvoir d'attractivité est élevé. Les sociétés de ce secteur notamment en France, ont bâti leur réputation sur ce postulat. LVMH, Hermès ou Kering disposent historiquement d'un fort "pricing power". À une nuance près, ce secteur est très exposé à la Chine et donc à un tour de vis des autorités locales sur la consommation de produits haut de gamme ainsi qu'aux restrictions sanitaires dans le pays. D'ailleurs, les performances boursières de LVMH (-21,90%), Kering (-36%) et Hermès (-32%) depuis le début de l'année, témoignent du fort poids de l'économie chinoise dans leur activité.

Les marques incontournables de la tech à l'image d'Apple ou Microsoft arrivent régulièrement à augmenter leurs prix. Ce dernier est d'ailleurs un argument marketing pour la marque à la pomme. Les analystes d'UBS classaient Apple parmi les 10 sociétés cotées américaines qui disposent le plus de "pricing power" actuellement. Pourtant, le groupe n'est pas immunisé contre la baisse des marchés. Comme les autres valeurs technologiques, la marque à la pomme est sensible aux resserrements sur les taux d'intérêt. Depuis son record du 3 janvier dernier, la capitalisation d'Apple a fondu de près de 700 milliards de dollars perdant au passage sa couronne de roi des capitalisations mondiales au profit d'Aramco, le géant pétrolier saoudien !

La revanche des valeurs industrielles

Le pouvoir de "pricing power" n'est pas propre au secteur du luxe, ni à la tech puisque nombre de valeurs industrielles suivent ce même mécanisme pour préserver leurs marges. Le spécialiste des emballages en verre Verallia a pu augmenter ses propres tarifs de 10% sans pour autant perdre sa clientèle. Depuis sa dernière (excellente) publication trimestrielle, le titre du leader européen et le troisième producteur mondial de l’emballage en verre pour les boissons et les produits alimentaires prend sa revanche avec un gain de 15% en Bourse.

Pourtant, le dossier revient de loin, le groupe concentrait les inquiétudes des investisseurs alors qu'il est fortement consommateur de matières premières (gaz, électricité, sable verrier). Sa facture habituelle représente en effet presque 20% du chiffre d'affaires, de quoi nourrir les craintes sur le verrier.

Peu connue du grand public, la société SergeFerrari Group est aussi passée maître dans l'art du "pricing power." La société qui produit des toiles composites pour l'architecture légère, a publié un très bon premier trimestre. Sous l'effet d'une hausse des prix de vente, le groupe dauphinois se paye le luxe de relever son objectif annuel et ainsi viser une croissance à deux chiffres cette année.

On peut également citer Rexel, dont l'effet prix n'a aucunement refroidi les clients du distributeur spécialisé dans les produits et services liés à l'énergie en début d'année. Mieux encore pour Rexel, les tensions persistantes sur la chaîne d’approvisionnement sont une opportunité pour le groupe qui continue "d'aider ses clients à faire face aux pénuries de produits et à la disponibilité de la main-d'œuvre, leur permettant d’accroître leur efficacité opérationnelle", souligne le groupe. Ses carnets de commandes sont d'ailleurs en augmentation dans les principaux pays du fait d’une demande soutenue. D'ailleurs, la récente progression en Bourse du groupe, place Rexel comme potentiel candidat à une entrée au CAC 40 dont il a récemment intégré l'antichambre, le Next 20.

Les acteurs francophones de la chimie Solvay et Arkema ont eux aussi été habiles pour intégrer les hausses de coûts dans leurs prix de vente. A l'occasion de son point trimestriel début mai, Arkema a annoncé un effet prix de +31,5% (!), qui reflète, selon le groupe, sa capacité "à répercuter dans les prix de vente de ses matériaux de spécialités la très forte inflation des matières premières, de l'énergie et du transport, ainsi que les meilleures conditions dans l'amont acrylique".

Cette salve de publications périodiques placée sous le signe de l'inflation donne une première indication sur la capacité des sociétés à imposer des augmentations de prix à ses clients sans les perdre. Mais le "pricing power" ne fait pas tout, l'environnement de marché peut jouer les trouble-fête à l'image d'Apple ou des valeurs du luxe pour ne citer qu'elles...

Sabrina Sadgui

©2022 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+313.70 % vs +27.80 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat