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Vinci : Bloomberg paie au prix fort son erreur sur un faux communiqué concernant Vinci

mardi 17 décembre 2019 à 17h38
Bloomberg bel et bien condamné par l'AMF dans l'affaire du faux CP Vinci

(BFM Bourse) - Suivant les réquisitions formulées le 15 novembre par le collège de l'AMF, la commission des sanctions a condamné Bloomberg à une amende de 5 millions d'euros pour avoir en 2016 prêté le flanc à une tentative de désinformation à l'encontre du groupe Vinci. Une sanction inédite de la part du gendarme boursier à l'encontre d'un organe de presse, seul accusé alors que les auteurs du canular n'ont pas été identifiés.

Aucune clémence de dernière minute pour Bloomberg dans l'affaire du faux communiqué de presse présenté à tort comme émanant de la société Vinci, qui avait provoqué une chute éclair du titre le 22 novembre 2016 en cours de séance. À ce jour, le fin mot de l'histoire échappe toujours aux investigations, puisqu'on ignore s'il s'agissait d'une tentative destinée à manipuler le marché et empocher de rapides gains en pariant à la baisse ou une manoeuvre gratuite pour porter préjudice à l'entreprise et surtout quels en sont ses auteurs (qu'il est permis d'imaginer se frotter les mains). Mais l'Autorité des marchés financiers (AMF) a choisi de sévir... à l'encontre de l'agence Bloomberg qui a eu le tort de tomber dans le piège l'espace de quelques minutes.

Suivant strictement les réquisitions du collège formulées au terme de l'audience publique du 15 novembre dernier, la commission des sanctions de l'AMF a confirmé l'amende de 5 millions d'euros dont était menacée l'agence de presse américaine. D'autres concurrents s'étaient aussi laissés bernés par d'un communiqué de presse redoutablement imité, mais Bloomberg a été le plus rapide à publier ses flashs et donc celui par qui la baisse du cours est arrivée, et le seul sanctionné par le gendarme boursier.

Tout s'est joué en fait en moins d'une dizaine de minutes ce mardi 22 novembre 2016. À 16h05, le "speed desk" -un pôle de trois journalistes chargé de publier les informations intéressant les investisseurs le plus rapidement possible- reçoit via une adresse mail dédiée un pseudo-communiqué, dépourvu de faute d’orthographe, reprenant la mise en page de ceux du groupe, avec les références exactes à certains dirigeants de Vinci ou à ses commissaires aux comptes, complet avec le lien proposant de se désinscrire de la liste de diffusion de Vinci et alertant le destinataire du traitement des données en regard de la CNIL, etc. Seule différence, les liens renvoyant vers un site vitrine vinci.group (et non vinci.com) créé pour tromper les personnes souhaitant vérifier la véracité du communiqué.

Fausses irrégularités comptables

Ce document annonce la prétendue découverte d'irrégularités comptables gravissimes, entraînant une révision des derniers résultats publiés et le licenciement de Christian Labeyrie, directeur général adjoint et directeur financier de Vinci. À 16h06 (et 4 secondes) le desk publie son premier flash sur les terminaux Bloomberg des traders du monde entier, entraînant aussitôt un plongeon de la valeur, jusqu'à -18,28% (du jamais vu depuis près de vingt ans), et quelques autres flashes résumant la teneur du faux document jusqu'à ce qu'intervienne à 16h08 un journaliste, habituel correspondant de Vinci, qui est rapidement pris d'un doute et parvient à joindre un vrai porte-parole de Vinci à 16h10.

Entre 16h14 et 16h16, Bloomberg diffuse une nouvelle série de flashes pour informer ses abonnés que les informations précédentes ont été démenties.

Un second communiqué frauduleux est adressé à l'agence à 16h27 intitulé "Urgent : Vinci victime d’une tentative de désinformation à caractère diffamatoire" à travers d'un "faux communiqué de presse usurpant l’identité de Vinci et renvoyant à un faux responsable de la communication du groupe, des personnes malveillantes ont porté atteinte à notre groupe en détournant des informations ayant fui de nos bureaux" - potentiellement destiné à faire croire qu'il n'y a pas de fumée sans feu, a été suivi de la publication par Bloomberg de plusieurs dépêches et brèves , entre 16h27 et 16h52, avant enfin le communiqué de presse réel de Vinci à 17h02 démentant formellement le contenu des précédents message.

Une erreur pas jugée de "bonne foi"

Selon l'Autorité, Bloomberg aurait dû savoir que les informations qu'il relayait étaient fausses, tandis que l'extrême brièveté du délai entre la réception du communiqué et l'envoi du premier flash (une minute donc) exclut toute vérification "alors même que ce communiqué, qui comportait plusieurs inexactitudes, adressé à Bloomberg en cours de séance de bourse et faisant état d’informations d’une grande gravité, laissant présager une chute brutale et immédiate du cours de bourse, appelait à une vigilance accrue de la part des journalistes". Et qu'ainsi Bloomberg n'avait pas respecté les règles régissant la profession de journaliste, soulignant que la liberté d'expression de ces derniers était "subordonnée à la condition qu’ils agissent de bonne foi de manière à fournir des informations exactes et dignes de crédit.".

La Commission a par ailleurs estimé que si la diffusion de ces fausses informations avait été effectuée "à des fins journalistiques", nécessitant de tenir compte, en application de l’article 21 du règlement européen sur les abus de marché, "des règles régissant la liberté de la presse et la liberté d’expression dans les autres médias et des règles ou codes régissant la profession de journaliste", ces règles n’avaient cependant pas été respectées par la société Bloomberg LP en l’absence de vérification des informations préalablement à leur publication.

A cet égard, la Commission a souligné que la protection dont bénéficient les journalistes est subordonnée à la condition qu’ils agissent de bonne foi de manière à fournir des informations exactes et dignes de crédit. L'agence répond que les journalistes en première ligne ce jour-là n'ont pas cherché à vérifier un communiqué qui présentait toutes les formes d'authenticité (renvoyant vers un site créé expressément pour l'occasion etc.). Mais "si l’inexactitude de celui-ci pouvait légitimement ne pas être détectée d’emblée eu égard à sa forte ressemblance avec le véritable nom de domaine de Vinci, il reste que les vérifications, qui s’imposaient (...) auraient dû permettre aux journalistes d’identifier cet indice (le nom de domaine légèrement différent) significatif du caractère frauduleux du communiqué", juge l'AMF.

"Une influence et une notoriété très fortes"

"L’absence totale de vérifications réalisées antérieurement à la publication des dépêches litigieuses confère au manquement commis par Bloomberg une particulière gravité en raison de l’importance de l’information, qui a entraîné une chute du cours de Vinci de 18,28 % et la perte de 6,5 millions d’euros pour les investisseurs qui ont cédé leurs titres sur sa base. Une telle carence est d’autant plus regrettable que Bloomberg bénéficie d’une influence et d’une notoriété très fortes qui rendent les marchés financiers et les autres organes de presse particulièrement attentifs aux informations qu’elle diffuse". Les informations publiées par Bloomberg ont ensuite été relayées par d’autres publications qui, les tenant pour acquises, ont elles aussi contribué dans une moindre mesure à la chute de 18,28% du cours du titre Vinci, estime l'AMF. Mais d'autres au contraire se sont abstenues à l'instar de l'AFP notamment.

Bloomberg a sans surprise fait part de son intention de déposer un recours, contestant à la fois l'analyse de l'AMF et le montant de la condamnation (à comparer à celui de l'amende maximale qui puisse être infligée à journaliste dans le cadre de ses fonctions, en l'occurrence en cas de diffamation, soit 60.000 euros au maximum).

Un "sport" malheureusement en plein essor

Rappelant qu'il ne se passe guère une semaine sans tentative de manipulation de cours ou de canular malveillant -même le Financial Times a repris en janvier dernier une fausse lettre annuelle présentée comme émanant du patron du fameux Blackrock- Wiztopic, auteur d'un livre blanc sur le sujet, estime que le "corporate news hacking" est malheureusement un sport en plein essor auquel il est facile de se livrer. Il s'agit d'attaques à faibles coûts mais aux forts enjeux. Les conséquences financières de la chute de Vinci, un des leaders mondiaux de son secteur, lors de la séance du 22 novembre sont incommensurables en comparaison des coûts minimes nécessaires pour orchestrer la fausse information et la rendre crédible. Envoyer un faux email est gratuit, construire le site miroir vinci.group est l’affaire de quelques heures, il a été hébergé aux Pays-Bas pour 22,50€ euros, une fausse ligne téléphonique peut être mise en place grâce à une carte prépayée pour 5 euros. En arrondissant le coût probable de l’attaque à 30 euros, chaque euro dépensé a eu un impact immédiat de plus de 233 millions d’euros pour Vinci...", signale Wiztopic. Et les recours sont très limités, les auteurs de ce type d'attaques n'étant que très rarement identifiés (sauf revendication d'activistes...) et inquiétés par la justice.

Pour sa part, Wiztopic propose depuis quelques mois une plateforme baptisée Wiztrust, sur laquelle s'appuie désormais bon nombre d'entreprises du CAC 40 pour certifier de façon infalsifiable l'information qu'elles produisent. Avec Wiztrust, les entreprises émettrices peuvent ancrer leurs communiqués de presse et tout autres contenus (photos, vidéos, infographies...) dans une blockchain ; à l'autre bout de la chaîne les destinataires habituels de communiqués n'ont qu'à vérifier en un clic (sur le site wiztrust.com) si le document qu'ils ont reçu émane bien de l'expéditeur allégué, et s'il n'a pas été altéré entre-temps.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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