(BFM Bourse) - Le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle, va faire son entrée dans les prochains jours dans le Nasdaq 100, l'indice phare de l'opérateur boursier. Une décision qui ne sera pas neutre pour la gestion passive, et qui pourrait contribuer à relâcher la pression vendeuse sur le titre SpaceX.
Moins d'un mois après son arrivée en Bourse, SpaceX va rejoindre le Nasdaq 100, a annoncé fin juin l'opérateur boursier américain Nasdaq. Cette décision, prendra effet le 7 juillet avant l'ouverture de la Bourse de New York.
Le Nasdaq 100 est un indice qui compile la performance des 100 plus grandes sociétés non financières cotées au Nasdaq.
Le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle d'Elon Musk n'aura donc mis que 25 jours pour faire son entrée dans cet indice phare, après, avoir levé quelque 86 milliards de dollars, au cours d'une introduction en Bourse historique le 12 juin dernier.
Une promotion rapide
Cette promotion éclair dans cet indice a été facilitée par de nouvelles règles d'inclusion pour permettre à des groupes récemment introduits en Bourse d'entrer rapidement dans certaines indices phares après leurs premiers pas boursiers.
L'opérateur boursier avait justifié ce changement de méthodologie par le souhait de donner aux investisseurs une image fidèle et actuelle de la composition du Nasdaq 100, qui sert aussi de base pour l'ETF (un fonds indiciel) "QQQ", très populaire auprès des particuliers aux États-Unis.
Avant cette modification, les sociétés qui font leur entrée dans le Nasdaq 100 devaient patienter, aussi imposantes soient-elles. Elles ne peuvent être ajoutées qu’à l’occasion d’une revue des indices qui intervient une fois par an, ou en tant que remplaçant, explique l'opérateur boursier Nasdaq.
Ce délai retardait souvent l’intégration des grandes sociétés nouvellement cotées, "créant ainsi un décalage entre les attentes des investisseurs et la représentation du marché dans l’indice", déplorait l'opérateur boursier.
Comme Nasdaq, FTSE Russell a aussi changé ses règles pour intégrer plus rapidement ces méga-introductions en Bourse, dans les indices Russell US, afin que ces derniers soient "alors plus représentatifs de l'ensemble du marché boursier américain à tout moment".
Cette promotion éclair dans un indice phare survient dans un contexte boursier compliqué pour SpaceX. Après un début en fanfare à Wall Street, SpaceX a quelque peu déchanté. Le groupe d'espace, de satellites, et d'intelligence artificielle (IA) évolue actuellement autour de 160 dollars.
Certes, ce prix reste largement supérieur au cours d'introduction de l'entreprise, fixé à 135 dollars l'action. Mais il traduit également une chute de 20%* par rapport au cours de clôture du 16 juin dernier, et même d'environ 30% par rapport au plus haut historique en séance atteint ce même jour.
L'action SpaceX a surtout chuté de 16,4% le 22 juin dernier, à la suite de l'annonce d'une émission d'obligations qui ont permis à la société de lever 25 milliards de dollars quelques jours après sa levée de fonds historique.
De plus le titre pourrait se retrouver sous la pression d'un afflux de titres dans les prochaines semaines voire les prochains mois. Des centaines de millions voire des milliards d'actions pourraient être mises sur les marchés au fur et à mesure que les clauses de "lockups" (les engagements de conservation de titres par les actionnaires historiques) expirent. Pas moins de 17 "lockups" viendront à échéance d'ici à un an.
Un précieux amortisseur
Or, SpaceX mise sur la gestion passive et l'inclusion dans de grands indices dans de nombreux indices de renom pour compenser cette pression.
De très nombreux fonds répliquant ces indices vont devoir acheter le titre SpaceX pour continuer à reproduire la performance de ces mêmes indices.
L'opérateur Nasdaq explique que le Nasdaq 100 est suivi par plus de 200 produits d'investissement représentant plus de 800 milliards de dollars d'actifs sous gestion à l'échelle mondiale.
"En fait l'inclusion dans le Nasdaq, le Russell, dans les indices MSCI qui devraient arriver en juin ou en juillet pourraient permettre de compenser un peu" les lockups, expliquait en juin Christophe Pouchoy Gérant du fonds "Echiquier Space" chez LFDE.
Selon les calculs d'Oddo BHF, environ 80% des actions disponibles pourraient être absorbées par des fonds indiciels, qu’ils suivent ou répliquent l’indice. "En outre, le flottant n’est que de 4%, dont une part significative est détenue par des investisseurs particuliers (ces derniers ayant été sous-alloués lors de l’IPO, ce qui crée un volant d’inertie dans les premiers jours de cotation via la tokenisation de l’action SpaceX)", explique Laurent Denize, directeur des Investissements chez Oddo BHF AM.
Cité par Reuters, J.P. Morgan a estimé que l’intégration de SpaceX dans le Nasdaq 100 pourrait générer 4,3 milliards de dollars de flux vers la gestion passive.
L'entrée de SpaceX dans ces indices va aussi forcer les plans de retraite de nombreux Américains à être exposés à l'action de l'entreprise spatiale.
Bien avant l'entrée en Bourse de SpaceX, un influent syndicat d'enseignants craignait pour la retraite de ses membres. Il avait alors mis en garde la SEC, le gendarme financier américain arguant que la récente révolution opérée par Nasdaq pour ses indices "contraindra" de fait ses membres à investir dans SpaceX pour des montants "disproportionnés par rapport à sa capitalisation boursière réelle".
"Cela signifie que les investisseurs particuliers dans les fonds indiciels pourraient être obligés d’acheter des actions SpaceX presque immédiatement après son introduction en Bourse, même si les risques ne sont pas entièrement compris", redoutait aussi ce syndicat.
Pour le S&P 500, SpaceX devra s'armer de patience
En revanche, l'entreprise d'Elon Musk ne pourra pas entrer dans l'indice S&P 500 directement après son entrée en Bourse.
Oui, même SpaceX qui a été l'auteur de la plus importante introduction en Bourse de tous les temps ne bénéficiera pas d'un passe-droit pour entrer dans l'indice phare des gérants. Début juin, S&P Global, le gestionnaire de l'indice américain avait refusé de modifier ses règles d'intégration dans le S&P 500.
Le gestionnaire d'indices avait alors rappelé qu'il ne réduirait pas le délai de 12 mois actuellement en vigueur pour les sociétés nouvellement cotées. Comme n'importe quelle entreprise, SpaceX devra donc attendre au moins un an après son introduction en Bourse pour entrer dans l’indice S&P 500.
Pour l'heure, la société d'Elon Musk ne satisfait pas aux critères actuels en matière de rentabilité et de flottant pour entrer dans l'indice. Selon le document d'enregistrement déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme américain de la Bourse, la société a enregistré une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars.
Une décision qui avait surpris James Seyffart, analyste ETF chez Bloomberg Intelligence. "Mais S&P est le leader du marché et peut aller à contre-courant", avait-t-il reconnu.
*variation arrêtée à la clôture du jeudi 2 juillet
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