(BFM Bourse) - L'action SpaceX se reprend nettement depuis quelques séances, avec notamment un bond de près de 16% vendredi. Des liquidations de positions vendeuses, la faiblesse du rapport sur l'emploi américain et des recommandations d'analystes positives peuvent expliquer ce récent rallye.
SpaceX continue son parcours en dents de scie à Wall Street. Après une introduction en fanfare à la Bourse de New York le 12 juin puis plusieurs séances de fortes hausses, le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle (IA) a vite déchanté, rattrapé par les craintes sur ses lourds investissements pour faire décoller ses activités d'IA.
Le titre a perdu environ 50% par rapport à son prix d'introduction de 135 dollars. L'action a d'ailleurs dévissé de 13,6% dans la foulée de résultats trimestriels meilleurs qu'attendu mais accompagnés d'une multiplication par 21 des dépenses d'investissement ("capex") dans la division d'IA et d'absence de perspectives à court terme.
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Mais, symbole de la volatilité de l'action, SpaceX connaît un rallye assez marquant en deux séances.
L'action a pris 6,14% jeudi puis 15,83% vendredi, gagnant donc 23% en deux séances et 325 milliards de dollars de capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions). Ce lundi, le titre bougeait peu (+1,33%) en début de séance à Wall Street.
Des débouclages de "short"
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce mini-rallye. Rappelons tout d'abord que la part du flottant (c'est-à-dire les titres qui peuvent s'échanger librement sur le marché) reste faible, à hauteur de moins de 12% du total. Ce qui a tendance à créer de la volatilité à la hausse comme à la baisse (plus un titre s'échange dans de larges proportions, plus ses mouvements sont resserrés).
Ensuite, l'action a pu bénéficier de débouclages de position de ventes à découvert après l'échéance de jeudi dernier.
Le 6 août, les premiers "lockup" venaient à échéance. Ces "lockup" correspondent à des engagements que des actionnaires prennent, en acceptant de ne pas acheter ou vendre d'actions sous certaines conditions (comme une durée équivalente à un certain nombre de jours).
Dans le cadre de l'introduction en Bourse de SpaceX, de nombreuses clauses de "lockup" encadrent les participations des actionnaires existants, dont le plus important d'entre eux, à savoir le directeur général et fondateur Elon Musk (qui possède environ 46% du capital).
L'expiration de l'ensemble des "lockup" pourrait théoriquement mettre sur le marché plus de 6,4 milliards d'actions, selon les calculs de Morningstar.
Le premier "lockup", expiré jeudi dernier, donc, a donné à des investisseurs historiques la possibilité (mais en aucun cas l'obligation) de vendre jusqu'à 911,5 millions de dollars de titres supplémentaires, soit près de 50% de plus que lors de l'introduction en Bourse.
Plusieurs experts de marchés estimaient que l'expiration de ce lockup créerait un important courant vendeur sur l'action.
"Nous pensons que la plupart des actions disponibles seront mises sur le marché, car les vendeurs actuels bénéficient d’un faible coût d’acquisition et ont détenu leurs titres pendant de longues périodes", jugeait Nicolas Owens de Morningstar.
Avis d'analystes positifs
In fine, le titre a au contraire gagné 6% jeudi dernier. Cette première épée de Damoclès passée, des vendeurs à découvert, c'est-à-dire des investisseurs pariant sur une baisse de l'action sans la détenir mais en l'empruntant, ont pu choisir de déboucler leurs positions, ne voyant plus d'évènements négatifs pour le titre à court terme.
Selon les données de S3Parners citées par Bloomberg, 16% du capital de SpaceX disponible sur le marché était vendu à découvert vendredi, un taux qui grimpait à 36% mercredi dernier, juste avant l'expiration du "lockup".
"Je suis sûr qu'il y a eu aujourd'hui des positions baissières qui ont dû être liquidées", a déclaré à Bloomberg Matt Maley, stratégiste chez Miller Tabak.
Vendredi, l'action a de surcroît pu être portée par les chiffres décevants de l'emploi américain. Cette "mauvaise publication" a conduit les spécialistes de marché à anticiper davantage un statu quo de la Réserve fédérale (Fed) américaine sur ses taux lors de sa réunion de septembre. Ce qui a éloigné l'hypothèse d'une hausse des taux d'intérêt, permettant aux rendements obligataires de se détendre.
Ces mécanismes de marché portent par construction les valorisations des valeurs de croissance, comme celles de la tech. Vendredi, le Nasdaq Composite a terminé en hausse de 1,3%.
John Plassard, de Cité Gestion, note enfin que SpaceX a pu être porté par des avis d'analystes positifs avec Argus Research qui a relevé son conseil à l'achat contre "conserver" précédemment. Le bureau d'études s'est dit encouragé par les avancées significatives de la société dans ses activités d'IA. Si l'expiration des prochains lockup pourrait encore peser sur le titre, Argus Research considère que la performance opérationnelle et les perspectives de croissance justifient un conseil à l'achat.
Starship pour aller plus haut
Plus largement, selon les données d'investing.com, 28 des 35 analystes couvrant le titre recommandent d'acheter son action et seulement deux de la vendre. Raymond James voit même la capitalisation du groupe atteindre 10.000 milliards de dollars.
Citi a réitéré la semaine dernière son conseil à l'achat, estimant que l'action bénéficiera d'une multitude de catalyseurs dans les deux à trois prochaines années, notamment le développement de Starship.
Cette fusée en cours de développement doit à terme être entièrement réutilisable, tirant ainsi vers le bas les coûts de lancement des satellites.
La baisse de ces coûts permettra de multiplier les satellites Starlink en orbite et donc les sources de revenus récurrents via les services de connectivité, mais aussi permettre l'apparition à terme de centres de données dans l'espace.
"Selon nous, le déploiement réussi de Starship ouvrira la voie la plus abordable et la plus évolutive pour exploiter le potentiel économique de l'espace, permettant ainsi à SpaceX d'accéder à des marchés d'une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars qu'aucune autre entreprise ne peut, de manière réaliste, exploiter", assure Citi.
UBS a un objectif de cours de 210 dollars. "Nous considérons SpaceX comme un ensemble d’actifs sans équivalent, offrant un profil de rendement aux multiples facettes et de nombreux facteurs de croissance pour les investisseurs à long terme tolérants au risque", a écrit la banque début juillet.
"Starship – la fusée réutilisable de grande capacité la plus avancée – est la technologie fondamentale qui ouvre la voie à de nouvelles opportunités dans les domaines des lancements, des communications et du calcul en intelligence artificielle, créant ainsi un marché potentiel total avoisinant les 30 000 milliards de dollars", poursuit la banque suisse.
"Starship conférerait de fait à SpaceX le contrôle commercial de l’accès à l’espace pour la prochaine décennie, et nous prévoyons que le chiffre d’affaires et le résultat brut d'exploitation (Ebitda) progresseront à un taux de croissance annuel moyen de 70% et 90% respectivement jusqu’en 2031, pour atteindre 660 milliards de dollars et 512 milliards de dollars", projette UBS.
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