(BFM Bourse) - La banque est passée à l'achat sur le groupe de restauration collective, dimanche, jugeant que la valorisation du groupe et le vent de fraîcheur apporté par le nouvel homme fort du groupe, Thierry Delaporte, plaident pour se positionner sur le titre.
Depuis un an, Sodexo est redevenu ce que l'on appelle, en Bourse, une action "dead money", c'est-à-dire sans potentiel.
En mars 2025, le groupe de restauration collective avait émis un avertissement sur résultats retentissant, sabrant ses prévisions pour l'exercice clos en août dernier.
Beaucoup des problèmes évoqués par la société donnaient l'impression de revenir sept années en arrière lors que Sodexo enquillait les déceptions et les abaissements d'objectifs. Les maux dont souffraient la société étaient peu ou prou les mêmes. Sodexo a pâti de performances décevantes en Amérique du Nord, région qui pèse pour 47% de ses revenus, sur deux marchés, à savoir la santé et surtout l'éducation (écoles, universités).
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Un changement de culture?
"Le problème c'est que cet avertissement sur résultats est lié à des problèmes spécifiques à Sodexo, et à des choix stratégiques sur leur positionnement sur des universités de taille moyenne, situées dans le Nord-Est des États-Unis et donc davantage sujettes à des pressions sur le consommateur", jugeait alors un analyste. L'action avait dévissé de plus de 17% sur une séance.
Tout au long de 2025, la société a peiné à convaincre le marché qu'elle pouvait repartir de l'avant. En octobre dernier, lors de la publication de ses comptes 2024-2025, l'entreprise a prévenu que la croissance en données comparables se situerait entre 1,5% et 2,5% sur l'exercice actuel, traduisant un net coup de frein (3,7% en 2024-2025). L'action a encore perdu plus de 7%.
Pour relancer, la machine la famille Bellon, qui contrôle Sodexo, a pris une décision assez radicale. Sophie Bellon, l'une des filles du fondateur Pierre Bellon, s'est mise en retrait de son poste de directrice générale qu'elle occupait depuis quatre ans.
Pour lui succéder (et donc redresser la barre) le groupe de restauration collective a choisi de nommer Thierry Delaporte en octobre dernier.
Candidat malheureux à la succession de Paul Hermelin chez Capgemini - le groupe du CAC 40 lui avait préféré Aiman Ezzat en 2019 – Thiery Delaporte a effectué l'essentiel de sa carrière chez des entreprises de services numériques. Avant de rejoindre Sodexo, il dirigeait la société informatique indienne Wipro depuis 2020.
Le dirigeant a prévenu qu'il présenterait ses premières analyses sur la situation du groupe lors de la publication des résultats semestriels de Sodexo, le 10 avril prochain. Thierry Delaporte proposera ensuite une "évaluation" complète avant la pause estivale.
Un moment opportun?
Le directeur général a par ailleurs pris un certain nombre de décisions fortes, notamment celle de gérer lui-même en direct l'Amérique du Nord, une zone clef.
Dans une note publiée dimanche et intitulée "Welcome Thierry", Jefferies a envoyé un important signal de confiance en relevant son conseil à l'achat sur la valeur, passant de "conserver" à "acheter". La banque a également rehaussé son objectif de cours à 55 euros contre 41 euros.
Cette cible accorde un potentiel de 29% à l'action au cours de clôture de vendredi.
Ce qui porte Sodexo en Bourse, le titre Sodexo prenant 3,8% en fin de matinée, ce lundi 30 mars.
Pour la banque, la nomination de Thierry Delaporte représente un "point de bascule", le dirigeant étant le premier patron de l'histoire de Sodexo à avoir été choisi en externe.
"Les premières mesures prises et les messages délivrés par (le dirigeant) laissent entendre qu’il dispose d’un mandat solide pour mener à bien le changement et créer les conditions d’un redressement, alors que les actions se négocient à des multiples au plus bas", explique Jefferies.
L'établissement estime que Sodexo va probablement opérer un "reset", c'est-à-dire remettre à plat les attentes du marché en matière de résultats, pour mieux relancer la machine par la suite.
Mais dans la mesure où le titre s'échange seulement 10 fois les bénéfices attendus au cours des douze prochains mois, Jefferies pense que ces futures annonces ne devraient pas provoquer de "choc" auprès des investisseurs.
"Nous entrevoyons une trajectoire de reprise crédible sous la houlette du nouveau directeur général qui mettra en œuvre les mesures adéquates pour résoudre les problèmes stratégiques et d'exécution qui persistent depuis longtemps", développe la banque.
"Cela devrait permettre à l'entreprise de tirer parti du contexte favorable du secteur, conduisant à une reprise des résultats tirée par le chiffre d'affaires, l'effet de levier opérationnel se concrétisant dans un deuxième temps", ajoute Jefferies.
La recette du succès?
La banque estime que l'avertissement sur résultats passé en mars 2018 (et la reprise qui a suivi) constitue un "bon manuel" pour le groupe. L'entreprise avait alors sabré ses objectifs de croissance avant de remettre d'équerre les coûts, la productivité et les contrats peu performants.
En conséquence, Jefferies s'attend à un scénario comparable. La banque table sur une croissance en données comparables de 1,6% pour l'exercice clos en 2026 puis de 2,9% pour le suivant. La marge d'exploitation devrait, elle, reculer sur l'exercice clos en 2026 avant de se stabiliser sur le suivant.
Jefferies pense que la société et le nouveau directeur général prendront le temps de se créer un "track record" (un bilan) crédible, tout en gagnant progressivement des nouveaux contrats.
Ainsi, la banque pense que, dans un second temps, Sodexo accélérera sa croissance, avec un taux de 3,7% pour l'exercice clos en mars 2028 puis de 4,4% sur celui d'après, tandis que les marges se redresseront passant de 4% en 2027 à 4,3% sur l'exercice clos en août 2028 puis 4,7% sur celui de 2029.
Jefferies détaille par ailleurs dans sa note sa "recette pour le succès". La banque explique notamment que Sodexo devrait réussir à améliorer l'exécution et l'investissement dans l'Amérique du Nord "l'enfant problématique" du groupe, et une région où la société a perdu des parts de marché face à ses concurrents Compass et Aramark.
Ce alors que cette zone représente 53% du résultat d'exploitation de Sodexo et que ses fondamentaux s'avèrent attrayants.
Contrairement à l'Europe, les États-Unis constituent un marché où l'externalisation de la restauration d'entreprise est en voie de développement.
Jefferies rappelle que l'Amérique du Nord reste un marché se chiffrant à 150 milliards de dollars et où les services de restaurations sont opérés à 60% en interne ou par de petits opérateurs locaux, sur lesquels les grands groupes ont un avantage, leur taille leur permettant de disposer d'un effet de levier plus important sur leurs approvisionnements.
Sodexo a déjà pris des initiatives en centrant ses efforts sur le segment "éducation", tout en augmentant les équipes de ventes et en généralisant les meilleures pratiques.
Jefferies recommande également d'affiner la stratégie sur l'alimentaire et de donner davantage de clarté au marché sur celle concernant les services de "facility management" (conciergerie, entretien des ascenseurs, nettoyage).
La banque évoque également la nécessité d'impliquer au mieux les équipes. "La restauration est un secteur axé sur les relations humaines, et les problèmes d'exécution ont pesé sur les résultats. Les premières mesures prises par le nouveau directeur général ont porté sur un remaniement de la direction, ce qui, associé à une décentralisation accrue et à une attention renforcée sur la responsabilisation et la culture de la performance, devrait à terme permettre d'améliorer les résultats", développe Jefferies.
En matière d'allocation du capital, l'établissement conseille de prioriser le réinvestissement dans la croissance, d'opérer des petites acquisitions et de donner "un cadre plus clair" sur l'utilisation de l'excès de cash.
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