(BFM Bourse) - Le spécialiste des équipements électriques a annoncé mardi soir après la clôture du marché le rachat du norvégien Cognite pour 3,1 milliards de dollars en cash. Schneider se retrouve à payer cette cible l'équivalent de 13,5 fois ses ventes attendues en 2026 alors que la société en cours d'acquisition affiche une perte au niveau du résultat brut d'exploitation.
Poids lourd de la Bourse de Paris – l'action est la deuxième plus importante dans le calcul du CAC 40 après Totalenergies – Schneider Electric enchante à nouveau la Bourse.
Après une année 2025 difficile marquée par plusieurs déceptions, le spécialiste des équipements électriques reprend 18% depuis le 1er janvier. Schneider reste la plus importante "valeur IA" du CAC 40, thématique à laquelle la société est exposée via ses nombreux produits (onduleurs, suites logicielles, systèmes de refroidissement…) destinés à la gestion de l'efficacité énergétique des centres de données.
Or, l'intelligence artificielle a constitué le principal moteur de performance boursière de nombreuses valeurs tech et industrielles sur le trimestre écoulé. Le titre Schneider Electric a d'ailleurs bondi de 25% sur les trois derniers mois.
Plusieurs bureaux d'études ont, ces derniers jours, publié des commentaires optimistes quant aux résultats semestriels de la société, qui seront communiqués le 30 juillet. Deutsche Bank et Barclays prédisent que Schneider Electric relèvera son objectif annuel de croissance lors de cette publication.
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Un complément pour Aveva
Reste que, ces dernières années, l'entreprise avait donné certains motifs de mécontentement au marché. L'un d'entre demeure la politique d'allocation de son capital, c'est-à-dire sa capacité à arbitrer judicieusement entre des acquisitions pertinentes et à bon prix, des investissements stratégiques et le retour à l'actionnaire (dividendes, rachats d'actions).
Par exemple, le groupe avait dépensé 5,5 milliards d'euros l'an passé pour sortir les minoritaires de sa coentreprise en Inde. La valorisation "est bien supérieure au niveau envisageable", raillait à l'époque Royal Bank of Canada.
Ces craintes sur la bonne gestion du capital de Schneider refont surface ce mercredi. L'action Schneider Electric perd 1,8% ce mercredi 1er janvier vers 10h50, après avoir abandonné jusqu'à 3,1%,
Ce repli survient après que le groupe a annoncé la veille une importante acquisition, à savoir le rachat de la société norvégienne Cognite pour 3,1 milliards de dollars (soit 2,7 milliards d'euros) en cash.
L'entreprise tricolore s'attend à finaliser la transaction dans "les prochains trimestres".
Fondée en 2017 et employant 800 personnes, Cognite est un spécialiste des données industrielles et des plateformes d'intelligence artificielle (IA) qui doivent permettre de réduire les coûts et améliorer l'efficacité et la prise de décision dans les secteurs de grande industrie.
"Cognite a développé quelque chose de rare: une véritable plateforme d’IA de niveau industriel, capable de transformer la complexité des données opérationnelles en avantage concurrentiel", a déclaré Olivier Blum, le directeur général de Schneider, cité dans un communiqué.
L'entreprise a dégagé en 2025 un chiffre d'affaires de 170 millions de dollars, avec des prises de commandes de revenus récurrents annualisés en hausse de 36% sur un an.
Cognite sera intégré à Aveva, une filiale de Schneider Electric spécialisée dans les logiciels industriels.
"Cognite trouve ses racines dans le secteur du pétrole et du gaz ainsi que dans l'industrie de transformation, et on peut supposer que la compatibilité avec les applications Aveva de Schneider et sa clientèle a constitué un atout majeur" dans son rachat, juge Citi.
Des multiples d'acquisitions très élevés
"Son produit phare est Atlas AI (plus de 86 % des commandes), qui propose des agents IA industriels capables de prendre en charge des flux de travail (par exemple, l'enregistrement des équipements, la maintenance prédictive ou l'analyse des causes profondes). Parmi ses autres fonctionnalités clés figure Cognite Data Fusion, qui traite et intègre un large éventail de flux de données industriels à des fins d'analyse", observe Royal Bank of Canada.
L'établissement canadien juge que cette acquisition s'avère logique sur le plan stratégique pour Schneider, car elle "renforcera les capacités actuelles de Schneider en matière de logiciels de processus".
"Nous estimons que cet accord renforce considérablement la position de Schneider dans le domaine de l'IA physique pour les industries de transformation", abonde Citi.
Le gros point noir de l'acquisition reste le prix, qui fait tiquer les bureaux d'études, et pose une nouvelle fois la question de la rigueur de la société dans ses choix d'allocation du capital.
Ce prix fait ressortir un multiple de chiffre d'affaires de 18 fois les revenus de 2025 et 13,7 fois ceux attendus en 2026. Ce qui représente des "multiples élevés", tranche Royal Bank of Canada, a fortiori pour une entreprise en perte.
La banque canadienne se base sur une présentation du vendeur de Cognite, la société norvégienne Aker. Selon cette dernière, la cible de Schneider a affiché l'an dernier une perte d'exploitation brute (Ebitda) de 24 millions de dollars, représente un taux de marge négatif de 15%.
"Les inquiétudes concernant l'allocation du capital risquent de refaire surface, nous avons du mal à justifier la valorisation de Cognite", écrit de son côté Barclays.
La banque trouve que les multiples d'acquisitions de l'entreprise sont élevés, surtout, "dans un contexte où les entreprises SaaS ("software as service", le logiciel en tant que service, NDLR) ont récemment subi une forte réévaluation à la baisse, en réaction à la menace perçue que représente l'IA pour leur profil de rentabilité".
Barclays calcule sur le retour sur les capitaux investis de la transaction ne s'élèverait qu'à 3,5% en 2030.
Le point positif, toutefois, reste que ce rachat demeure relativement petit à l'échelle de Schneider, car il représente moins de 2% de la capitalisation boursière du groupe, de 160,6 milliards d'euros.
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