(BFM Bourse) - La hausse des marchés actions et les primes offertes par les groupes de semi-conducteurs grâce à l'essor de l'intelligence artificielle ont provoqué des effets d'enrichissement qui ont été captés par les groupes de luxe au deuxième trimestre.
L'essor de l'intelligence artificielle (IA) a des effets papillon parfois insoupçonnés. La forte demande pour ces nouvelles technologies constitue le point de départ de toute une tuyauterie qui, in fine, se répercute dans les comptes de LVMH, Richemont ou encore Hermès.
Explications : la demande pour les technologies d'IA a provoqué un bond des dépenses d'investissements ("capex") des grands groupes numériques.
Selon les projections de Goldman Sachs, les "capex"' (les dépenses d'investissement) des hyperscalers devraient atteindre 1.100 milliards de dollars en 2027 et 5.300 milliards de dollars en cumulé sur 2025-2030.
Ces dépenses créent une importante demande pour les puces mémoire indispensables au bon fonctionnement des centres de données. Comme ces puces sont aussi utilisées pour d'autres appareils, notamment les PC, tablettes, smartphones, une pénurie et une envolée des prix a actuellement lieu.
Ce phénomène gonfle les résultats de Samsung Electronics et de SK Hynix, les deux grands groupes de semi-conducteurs de Corée du Sud et de la Bourse de Séoul.
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La Bourse de Séoul s'envole
Samsung, deuxième plus gros fondeur de puces au monde derrière TSMC, a récemment publié des résultats stratosphériques. Le bénéfice opérationnel sur le seul deuxième trimestre a atteint le niveau record de 54,38 milliards d'euros, une multiplication par 19.
Pour SKHynix, le résultat opérationnel s'est élevé 36,8 milliards d'euros. Pour donner un ordre d'idée, ce montant égale presque le bénéfice opérationnel de Totalenergies sur la totalité de 2022, année faste pour le groupe pétrolier, grâce à la hausse des cours de pétrole.
Les deux groupes de semi-conducteurs ont vu leur cours de Bourse s'envoler, Samsung prenant 222% sur un an et SK Hynix 454%. Les deux spécialistes de l'IA ont entraîné avec eux l'ensemble de la Bourse de Séoul, dont ils représentent plus de 55% de la capitalisation boursière.
Le Kospi, le plus important indice de la Bourse de Séoul, gagne 95% sur un an. Ce même si l'indice coréen connaît une volatilité effrayante (plus de 30 séances avec une variation supérieure à 5%), accentuée par certains produits à effets de leviers qui ont piégé des boursicoteurs locaux.
Le bond de la Bourse de Séoul et des actions coréennes s'est traduit par un important effet richesses chez les ménages aisés du pays, représentant du pain béni pour les groupes de luxe en Corée du Sud. Or ce pays est loin d'être anodin pour le secteur.
"La Corée du Sud est un marché qui représente entre 6% et 7% du luxe, un peu plus que le Moyen-Orient", expose Charles-Louis Scotti, analyste du secteur du luxe chez Kepler Cheuvreux.
Dans une note publiée le 21 juillet, HSBC chiffrait cette croissance via les données des "department stores", ces grands magasins de plusieurs étages où 40% des ventes de produits de luxe sont enregistrées.
Un effet de richesse pour les boursicoteurs
"De janvier à mai, le taux de croissance moyen des ventes de produits de luxe s'est établi à 30% en glissement annuel, et nous estimons que le secteur du 'hard luxury' (la bijouterie et les montres par opposition au 'soft luxury à savoir les vêtements et la mode, NDLR) affiche une croissance comprise entre 50% et 60% en glissement annuel", écrivait la banque sino-britannique.
"Deux impacts expliquent la forte croissance du luxe dans le pays. Tout d'abord les Coréens sont très investis sur les marchés actions, et sur l'indice principal de la Bourse de Séoul, le Kospi, qui connaît d'importantes variations", confirme Charles-Louis Scotti, analyste du secteur du luxe chez Kepler Cheuvreux.
"Ce qui crée un effet richesse d'autant plus fort que la Corée du Sud est le premier consommateur de produits de luxe par habitant", poursuit-il… L'autre impact provient des bonus versés aux employé de Samsung ou SK Hynix par exemple, qui s'observent dans les magasins de joaillerie aux alentours des sites de ces entreprises", explique encore l'analyste.
Certains employés des groupes d'IA ont touché des bonus astronomiques. Les quelque 78.000 salariés de la division Samsung Electronics ont reçu chacun l'équivalent de 290.000 euros, un montant qui a atteint 400.000 euros chez SK Hynix.
Le dynamisme de ce marché avait de quoi permettre aux groupes de luxe de compenser en partie le manque à gagner sur la clientèle du Golfe, anticipait HSBC en juillet.
Pas une panacée pour autant
Sans nécessairement donner de chiffres, les sociétés du secteur ont fait comprendre, lors de la dernière saison de résultats, que la Corée du Sud avait clairement constitué une planche de salut pour leur croissance au deuxième trimestre.
LVMH a cité la Corée du Sud comme l'un des deux grands marchés (l'autre étant les États-Unis) avec une demande robuste, tandis que Deutsche Bank a observé une croissance "exceptionnelle" d'Hermès dans le pays au deuxième trimestre.
Selon HSBC, l'exposition des groupes de luxe à ce pays va de 5% du chiffre d'affaires (Hermès, LVMH) à 9% (Prada) voire 11% (Moncler).
Bank of America note plus largement que la Corée du Sud s'est démarquée dans la zone Asie au deuxième trimestre, "avec une récente création de richesse qui a boosté la demande".
Ce dernier point constitue d'ailleurs un motif de satisfaction pour l'industrie du luxe. "Je pense que c'est une bonne nouvelle pour notre secteur: partout où il y a création de richesse, comme nous l'avons constaté aux États-Unis et en Corée, on observe un fort engouement pour le luxe et pour nos produits, et ce auprès de toutes les catégories de clientèle", a déclaré la directrice financière de LVMH, Cécile Cabanis, lors de la conférence analystes présentant les résultats semestriels.
"Ce qui est rassurant, c'est que l'on observe que le luxe parvient à absorber le moindre effet richesse quand il se crée dans un pays", abonde Charles Louis Scotti.
HSBC note qu'au-delà des impacts liés à l'essor de l'IA, d'autres effets ont pu tirer la demande tels que la hausse du tourisme provenant de Chine et d'autres régions, favorisée par la faiblesse du won coréen.
Reste que la question de la soutenabilité de la demande dans le pays se pose. "Nous pensons que le taux de croissance des ventes pourrait ralentir au quatrième trimestre 2026 en raison d'une base de comparaison élevée et de la volatilité du Kospi", anticipe ainsi HSBC.
Par ailleurs, générer des ventes solides en Corée du Sud ne suffit pas à convaincre le marché. Malgré l'appui de la Corée, LVMH a livré des chiffres mi-figue mi-raisin aux investisseurs au titre du deuxième trimestre, la croissance dans la division phare, la mode et maroquinerie, s'avérant un tantinet trop juste au regard des attentes.
Pire, Hermès a beau avoir enregistré une forte croissance en Corée du Sud, son action a plongé de 11% dans la foulée de sa publication, la deuxième pire performance du CAC 40 au cours de la saison des résultats. L'absence d'amélioration des performances du groupe en Chine a lourdement pesé.
"La principale source de déception de certains investisseurs, selon moi, reste l'absence d'accélération en Asie hors Japon, cela demeure un point de crispation pour le marché. Malgré une accélération forte en Corée du Sud, la tendance ne s'améliore pas", a expliqué Charles Louis Scotti.
"Ce qui, malgré les commentaires de la direction qui assure que la marque est toujours en croissance en Chine, laisse penser qu'Hermès fait face à un ralentissement en Chine. Or on sait à quel point la Chine est importante pour Hermès", a-t-il conclu.
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