(BFM Bourse) - Le groupe de cosmétiques tutoie les 200 milliards d'euros de capitalisation boursière et se situe à quelques dizaines de milliards d'euros de LVMH, actuel numéro un. Un fossé difficile à combler ou un sommet abordable pour L'Oréal ?
À ceux qui l'avait enterré un peu vite, L'Oréal est venu rappeler que son activité pouvait toujours surprendre.
Lors de la publication de son activité au titre du premier trimestre, la société dirigée par Nicolas Hieronimus a pris de court les investisseurs et le marché, en livrant une progression de ses revenus de 7,6% en données comparables.
Retraitée d'effets techniques liés à la mise en place progressive de nouvelles structures informatiques SAP (qui conduisent la société à créer des surstocks chez ses grossistes pour éviter les perturbations), la croissance retombe à 6,7%.
Ce chiffre a toutefois largement dépassé les anticipations des investisseurs, logées à 5%, selon Jefferies.
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Retour au-dessus des 200 milliards d'euros
La copie s'est avérée d'autant plus satisfaisante que le groupe a publié une croissance relativement homogène, avec notamment une division "luxe" (parfums, soins de la peau Aesop ou Takami) en hausse en données comparables de 5,6%. Et que l'impact du Moyen-Orient (moins de 3% des ventes de la société) a été grandement relativisé par la direction, là ou d'autres sociétés de biens de consommation, comme Beiersdorf, Kering ou LVMH, ont évoqué des répercussions plus conséquentes.
L'Oréal a par ailleurs largement surperformé le marché de la beauté, dont la croissance a été estimée à un peu moins de 4% par la direction.
"Le groupe a enregistré d'importants gains dans les catégories des parfums et des soins capillaires, tandis qu'il constate une amélioration dans celui des soins de la peau", note HSBC qui évoque "un début d'année impressionnant".
"Nous estimons que les résultats du premier trimestre ont clairement mis en évidence les perspectives de croissance supérieures des ventes à périmètre constant de L'Oréal ainsi que ses qualités de valeur refuge", abonde UBS.
À la suite de cette publication, L'Oréal a gagné près de 9% (8,97%) en Bourse, et a repassé la barre des 200 milliards d'euros de capitalisation boursière, autour de laquelle il gravite depuis (195 milliards d'euros actuellement).
Surtout, le groupe de cosmétiques et de parfums, deuxième capitalisation boursière du CAC 40 et donc de la place de Paris, ne se situe plus qu'à quelques encablures de LVMH (224 milliards d'euros de capitalisation).
L'Oréal peut-il dès lors accélérer, puis dépasser le numéro 1 du luxe et lui ravir sa couronne? Rappelons tout d'abord que tout peut aller très vite sur le marché. Hermès avait, il y a un peu plus d'un an, détrôné LVMH, devenant ainsi la première capitalisation boursière de la Bourse tricolore.
Désormais, le sellier-maroquinier, qui a déçu le marché en publiant des ventes inférieures aux attentes au premier trimestre, ne pointe plus qu'au quatrième rang (171 milliards d'euros), devancé donc par L'Oréal et son comparable dans le luxe, LVMH, ainsi que par Totalenergies (181 milliards d'euros).
L'Oréal devra chercher la croissance
Mathématiquement, une hausse de l'action de L'Oréal d'un peu plus de 15% (et une stabilisation de celle de LVMH) suffirait au groupe de cosmétiques pour prendre le titre de première capitalisation.
Cette progression n'apparaît pas invraisemblable au regard des objectifs de cours que prêtent certains bureaux d'études à l'action.
UBS, par exemple, retient une cible de 430 euros (contre 366 euros pour l'action actuellement), soit un potentiel de 17%. La banque suisse pense que la croissance restera robuste en 2026, tablant sur une progression globale de 5,5% en données comparables, note que plusieurs acquisitions récentes (dont les parfums des marques de Kering) constituent "des plateformes de croissance future" qui contribueront rapidement à l'activité, et souligne que la valorisation reste éloignée de sa moyenne de long terme.
HSBC a de son côté relevé lundi son objectif de cours à 440 euros. La banque sino-britannique se montre confiante pour 2027, réhaussant sa cible de croissance des revenus à 5,7% contre 5,3% précédemment.
La banque juge que la société a pâti, sur le début d'année, de certaines difficultés logistiques en Amérique du Nord qui devraient se résorber par la suite. "En Asie du Nord, la dynamique est actuellement plus favorable dans un contexte de retour vers des produits de beauté sélectifs, un segment où L’Oréal gagne des parts de marché", ajoute l'établissement.
Avec un objectif de cours à 430 euros, Royal Bank of Canada constate que le "beauty stimulus" du groupe "fonctionne" et nous "prévoyons que L'Oréal poursuivra ses lancements de produits dynamiques".
Ce plan a été lancé l'an dernier et prévoit un nombre élevé de lancements de produits innovants dans différentes catégories, comme de nouveaux parfums. Citons à titre d'exemple le fond de teint "Skin Ink Infaillible", ou encore, au second semestre 2025, la gamme de soin anti-âge HR "Replasty age recovery" ou encore le lancement d'une ligne de parfums pour homme Prada.
La capacité de rebond de LVMH à ne pas sous-estimer
Reste que L'Oréal se devra de tenir son rang sur la croissance et d'éviter les accidents de parcours comme cela a pu se produire par le passé (par exemple au quatrième trimestre 2025).
Ce alors que Jefferies estime que la croissance retombera autour de 4% dans les prochains trimestres, en raison d'une base de comparaison plus exigeante. Selon la banque, ce coup de frein technique pèsera sur la valorisation de la société.
"LVMH a toujours une trentaine de milliards d'euros d'avance sur L'Oréal, le groupe a encore un matelas de sécurité, cela fait une quinzaine de points de pourcentage à aller chercher", a de son côté jugé dans BFM Bourse, le 24 avril dernier, Thierry Gautier, directeur général de GSD Gestion, qui ne voit pas le groupe de luxe lâcher sa couronne.
Surtout, LVMH peut très bien se relancer. Le groupe de luxe accuse un plongeon de 27,5% sur l'ensemble de 2026 ce qui constitue la troisième plus forte baisse du CAC 40. Le groupe de luxe a été pénalisé par les craintes sur la demande de produits de luxe liées au conflit au Moyen-Orient.
La société a par ailleurs déçu dans sa principale division, la "mode et maroquinerie" (72% des bénéfices de LVMH, selon HSBC), lors des deux dernières saisons des résultats.
La capacité de rebond de la société contrôlée par la famille Arnault est connue. À fin juin dernier, LVMH chutait de plus de 30% en Bourse l'an passé. Le groupe a refait tout son retard sur la deuxième partie d'année et a terminé l'année 2025 sur une légère hausse de son action (+1,5%).
"Nous pensons que les performances de LVMH s'améliorent là où elles comptent: chez Dior, où un regain de créativité a permis une croissance supérieure à la moyenne de la division mode et maroquinerie, en Chine, où les dépenses locales progressent et les dépenses à l'étranger s'améliorent, et aux États-Unis, où la forte dynamique sera soutenue par des comparaisons légèrement plus favorables (…)", tranchait Bernstein à la lueur de la dernière publication du groupe.
"La stabilisation des résultats observée depuis la publication des chiffres d'affaires du troisième trimestre 2025 et la bonne tenue des tendances au premier trimestre 2026, hors Moyen-Orient, laissent penser que LVMH est proche d'un point d'inflexion en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices", fait de son côté valoir Citi.
Les analystes sont dans l'ensemble relativement confiants dans la trajectoire du titre. Sur 27 bureaux d'études, 16 recommandent d'acheter le titre, 10 de le conserver et un seul est à la vente, selon investing.com. Leur objectif de cours moyen confère un potentiel de hausse au titre de plus de 30%.
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