(BFM Bourse) - Le spécialiste des systèmes de découpe de matériaux souples pour la mode, l’automobile et l’ameublement chute à la Bourse de Paris. Lectra a fait état d’un recul de ses commandes d’équipements et s’est montré plus prudent quant à la croissance de ses activités récurrentes.
Peu connu du grand public, Lectra est pourtant un spécialiste d’envergure mondiale des systèmes de découpe de matériaux souples, comme les tissus et le cuir, destinés aux secteurs de la mode, de l’automobile et de l’ameublement.
Le savoir-faire de ce groupe basé à Cestas, en Gironde, est ainsi présent dans de nombreux objets du quotidien. Selon Lectra, un tiers des vêtements composant les garde-robes dans le monde aurait été conçu à l’aide de l’un de ses logiciels, tandis qu’un véhicule sur deux en circulation disposerait d’un intérieur fabriqué grâce à ses équipements.
En juillet, la société avait fait état d’un deuxième trimestre plus solide, marqué par une amélioration de sa rentabilité grâce à la progression des revenus récurrents et au redressement des commandes d’équipements. L'entreprise avait profité de ce point d’activité pour confirmer les ambitions inscrites dans sa feuille de route 2026-2028.
Une rentabilité néanmoins solide
Mais quelques mois plus tard, cette embellie a fondu comme neige au soleil. Au troisième trimestre, Lectra a publié un chiffre d’affaires stable en données publiées, à 121,6 millions d’euros. À données comparables, le groupe enregistre un recul de 2% de son activité sur un an.
"Le chiffre d’affaires du troisième trimestre est inférieur à nos attentes. Lectra publie un chiffre d’affaires stable, à 121,6 millions d’euros, contre 126,5 millions attendus, avec une décroissance organique de 2%. L’essentiel de l’écart se concentre sur les ventes d’équipements (-7 % à données comparables) et de consommables (-5%), qui traduisent un environnement commercial toujours contraint, même si le recul des consommables s’explique en partie par l’arrêt progressif d’activités non stratégiques", détaille TP ICAP Midcap.
Malgré cette activité décevante, la rentabilité résiste bien. Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) a courant atteint 23,4 millions d’euros, en hausse de 10% à données comparables. La marge correspondante gagne 2 points, à 19,3%, grâce à un mix d’activité plus favorable et aux économies réalisées par le groupe.
Après une charge d’amortissement de 9,9 millions d’euros, le résultat opérationnel courant s’établit à 13,5 millions d’euros, en progression de 23 % sur un an.
Selon Lectra, cette performance illustre sa capacité à ajuster ses coûts et à préserver ses résultats dans un environnement commercial difficile.
Une prudence persistante chez les clients
Les commandes d’équipements ont reculé de 10% sur un an, à 18,9 millions d’euros, et de 14% par rapport au trimestre précédent. Les prises de commandes sont également inférieures aux 21 millions d’euros anticipés par Oddo BHF.
Le carnet de commandes s’élevait à 21,4 millions d’euros à la fin de septembre, contre 23,4 millions à la fin de juin. Environ 90 % de ce montant devrait être livré au quatrième trimestre.
Lectra attribue cette faiblesse à la prudence persistante de ses clients dans leurs décisions d’investissement. Le groupe ne constate toujours pas de véritable rebond et conserve une visibilité limitée sur la fin de l’année. Selon Oddo BHF, le marché de la mode semble néanmoins mieux résister que celui de l’automobile.
"Après une embellie au premier semestre, les commandes de nouveaux systèmes repartent à la baisse et s’établissent à 18,9 millions d’euros, en recul de 10% sur un an et de 14% par rapport au trimestre précédent. Elles sont inférieures à notre prévision de 21 millions d’euros. Le carnet de commandes d’équipements atteignait 21,4 millions d’euros à la fin de septembre, contre 23,4 millions à la fin de juin. Selon la direction, environ 90% de ce montant devrait être livré au quatrième trimestre", détaille aussi le bureau d'études.
Des objectifs 2026 devenus trop ambitieux
Concernant ses perspectives, Lectra se montre désormais plus prudent sur ses activités récurrentes. Citant un environnement de marché plus dégradé qu’anticipé, la croissance du revenu annuel récurrent (ARR) des activités SaaS (Software as a Service ou en français, logiciel en tant que service, NDLR) et celle du chiffre d’affaires des contrats récurrents devraient être inférieures en 2026 aux trajectoires moyennes prévues dans la feuille de route 2026-2028, respectivement fixées à 15% et entre 5% et 8% à données comparables.
À la Bourse de Paris, les investisseurs retiennent surtout l’avertissement sur la croissance. L’action Lectra chute de 19,2 % et signe la plus forte baisse du SRD, devant Pluxee (-18,5%) qui a également déçu les investisseurs avec ses perspectives pour l’exercice qui s’achèvera à la fin d’août 2027.
Sur les neuf premiers mois de l’année, l’ARR SaaS a progressé de 8 %, tandis que le chiffre d’affaires des contrats récurrents a augmenté de 3 %. L’ARR a notamment souffert d’un début d’année difficile chez Launchmetrics, malgré une amélioration au troisième trimestre. La dynamique demeure en revanche solide chez TextileGenesis et Valia.
Oddo BHF ne remet pas en cause les objectifs fixés pour 2028, mais juge désormais trop ambitieuse l’hypothèse d’une croissance annuelle moyenne de 15 % de l’ARR SaaS.
Les revenus récurrents représentent désormais 79% du chiffre d’affaires sur neuf mois, ce qui renforce la résilience du modèle économique. Leur progression, combinée à la réduction des frais fixes, a généré une amélioration structurelle de l’Ebitda de 9,1 millions d’euros depuis le début de l’année.
Lectra estime ainsi que la hausse structurelle de sa marge d’Ebitda courant en 2026 devrait dépasser l’objectif initial de 1,2 à 1,8 point de pourcentage.
Des prévisions abaissées
Après cette publication, Oddo BHF a ramené sa prévision de chiffre d’affaires 2026 à 487 millions d’euros, soit une baisse de 4%. Le bureau d’études table sur un Ebitda courant de 78,7 millions d’euros et sur une marge de 16,2%.
Pour le quatrième trimestre, il anticipe un chiffre d’affaires de 125 millions d’euros, en hausse de 1%, et un Ebitda courant de 21,3 millions d’euros, correspondant à une marge de 17%. L’incidence sur ses estimations de bénéfice par action devrait toutefois rester limitée.
"Même si les performances de ces activités restent solides dans l’absolu, en particulier au regard du contexte macroéconomique et sectoriel difficile pour les éditeurs de logiciels, l’écart par rapport aux attentes fragilise quelque peu la thèse d’investissement", estime TP ICAP Midcap.
"Le travail destiné à améliorer structurellement la rentabilité continue de porter ses fruits, puisque le groupe parvient à absorber les effets conjoncturels qui pèsent sur son chiffre d’affaires et à faire progresser sa marge d’Ebitda. Lectra anticipe ainsi que l’amélioration structurelle de cette marge sera supérieure, en 2026, à son objectif initial de 1,2 à 1,8 point de pourcentage)", conclut TP ICAP Midcap.
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