(BFM Bourse) - Bonne nouvelle pour le producteur de spécialités minérales Imerys, qui apparaît en mesure de solder définitivement le chapitre des poursuites liées à son activité de talc outre-Atlantique, cible depuis 2018 de différentes "class actions" potentiellement lourdes de conséquences.
Le cours d'Imerys décolle de 13,91% à 29,48 euros vendredi vers 10h00, ramenant à plus de 2,3 milliards d'euros la capitalisation du groupe français, producteur de spécialités minérales souvent indispensables à la fabrication d'un très grand nombre de matériaux. La firme a en effet annoncé la conclusion avec les représentants des actuels et éventuels futurs plaignants aux Etats-Unis d'un accord visant à régler la situation contentieuse liée à ses activités de production de talc, pour un montant maximal finalement nettement inférieur aux 250 millions d'euros qu'Imerys avait provisionné par précaution dans ses comptes.
En 2011, Imerys avait racheté à Rio Tinto le groupe Luzenac, connu pour sa carrière de Trimons dans l'Ariège, pour 340 millions de dollars (232 millions d'euros à l'époque), devenant ainsi l'un des principaux acteurs mondiaux du talc, un minerai employé aussi bien dans l'automobile que dans la cosmétique ou encore dans la fabrication de papier. Mais c'est une spécialité commercialement accessoire, le talc pour bébé, qui est à l'origine d'un feuilleton qui empoisonne le groupe depuis 2018.
Des centaines de procès de consommateurs américains
Son client américain Johnson & Johnson commercialise une formulation destinée à apaiser les irritations de certaines zones sensibles de la peau des nourrissons. Mais le géant américain de la santé et son fournisseur tricolore font face à des centaines de procès de consommateurs américains affirmant avoir contracté un cancer à cause d'amiante qui se serait trouvée mélangée à ce talc.
Bien que toutes les expertises indépendantes et les contrôles effectués régulièrement par la Food and Drug Administration américaine n'aient jamais mis en évidence une telle contamination à l'amiante, les condamnations sévères de jurys populaires n'ont pas manqué de tomber (en première instance 117 millions de dollars de dommages accordé à un américain dont la femme était décédée d'un cancer dans le premier cas significatif, en avril 2018), avec médiatisation croissante et effet d'entraînement à la clé.
En février, le groupe a placé ses filiales talc nord-américaines (Imerys Talc America, Imerys Talc Vermont et Imerys Talc Canada) sous protection du "chapitre 11" de la loi sur les faillites, une mesure suspendant les contentieux en cours, et entamé sous l'égide du tribunal fédéral du district du Delaware des négociations avec les avocats des plaignants.
Au termes de ces négociations, un accord faisant l'objet d'un plan de réorganisation a été déposé vendredi aujourd’hui auprès du tribunal. Ce plan prévoit qu’une fois les approbations nécessaires obtenues, les filiales talc sortiront du régime du "Chapter 11" et le groupe sera libéré de tous les passifs existants et futurs liés aux activités passées des filiales talc, ces passifs étant transférés à un trust spécialement créé à cet effet.
75 millions de dollars à payer
En contrepartie, le groupe effectuera un paiement en numéraire d’un minimum de 75 millions de dollars, et d’un montant supplémentaire pouvant atteindre un maximum de 102,5 millions de dollars (soumis à un mécanisme de réduction proportionnelle au prix de vente des actifs de ses filiales nord-américaines concernées), soit un montant maximal en-deçà de la provision effectuée dans les comptes 2018.
Le groupe sera par ailleurs lui-même autorisé à participer au processus de vente des actifs des filiales - autrement dit Imerys pourra s'il le souhaite se repositionner sur le marché du talc, mais sur une base débarrassée des risques contentieux.
Pour être approuvé, le plan nécessite encore un vote positif à la majorité qualifiée des plaignants des contentieux liés au talc, suivi d’une confirmation puis d’une approbation finale par les tribunaux américains compétents. Imerys estime que le calendrier pourrait permettre la sortie du "Chapter 11" avant la fin de l’année 2020.
Dans son ensemble, le plan ne devrait pas avoir d’effet significatif sur la situation financière du groupe, sa rentabilité et son profil de génération de trésorerie, le solde de la provision étant considéré comme suffisant pour couvrir l’impact financier attendu du plan.
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