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ESSILORLUXOTTICA

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Essilorluxottica : En pleine déconfiture boursière (-36% en 2026) à cause des craintes sur son leadership dans les lunettes d'IA, Essilorluxottica remet les pendules à l'heure sur sa croissance et rebondit de 14%

Aujourd'hui à 13:27
Essilorluxottica remonte en Bourse

(BFM Bourse) - Le spécialiste de l'optique, verres correcteurs et propriétaire de Ray-Ban a livré une croissance de 7,2% hors effets de changes au troisième trimestre, dépassant nettement les prévisions. La société a rassuré tant sur la vigueur de son activité historique que sur celles des lunettes d'intelligence artificielle.

Essilorluxottica incarne bien cette tendance qu'a le marché à brûler très vite ce qu'il a adoré par le passé.

Le groupe d'optique a été porté aux nues l'an passé par les investisseurs grâce à la vigueur de la croissance de ses "wearables", les objets connectés, et plus particulièrement ses lunettes d'intelligence artificielle (IA), fruit de sa collaboration avec le géant américain Meta débutée en 2019.

De nouveaux produits ont été lancés en 2025, comme les "Oakley Meta", des lunettes d'IA présentées comme à "haute performance", qui permettront, par exemple, l'enregistrement vidéo ultra-HD 3K et l'écoute de podcast.

L'an passé, Essilorluxottica a vendu pour 7 millions d'exemplaires de ces "smartglasses", affichant une croissance de 268% selon les calculs de Barclays. Citi, de son côté, estimait les revenus générés par ces produits à 1,6 milliard d'euros.

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Cannibalisation et compétition

Ces lunettes IA sont venues enrichir l'offre traditionnelle de verres correcteurs et lunettes d'Essilorluxottica qui innovait déjà beaucoup dans ses métiers historiques. L'exemple le plus marquant demeure la gamme de verres Stellest, destinée à corriger la myopie infantile. Ces verres ont connu un franc succès en Chine et ont été récemment commercialisés aux États-Unis.

Malgré ces perspectives au beau fixe, Essilorluxottica mord la poussière en Bourse cette année, avec un plongeon de 36,4% depuis le 1er janvier.

"La trajectoire du groupe dans les lunettes IA est désormais considérée comme source de risque après avoir été d’abord perçue comme une opportunité majeure", résume assez simplement Oddo BHF.

Nombre de grands acteurs de la tech (Apple, Google, Alibaba) vont ou ont lancé leurs propres modèles de lunettes d'IA pour s'engouffrer dans la brèche. Les investisseurs ont en conséquence redouté une concurrence plus intense.

Bernstein pointe de son côté un risque de cannibalisation à terme, les lunettes connectées se substituant aux montures traditionnelles comme les "smartwatch" l'ont fait avec les montres traditionnelles.

"La perspective que les 'smartglasses bouleversent l'optique traditionnelle restera probablement comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus d'Essilorluxottica. Le lancement prochain des lunettes Google sera le premier test décisif. Si à un moment donné les lunettes intelligentes des concurrents s'avèrent convaincantes - et cela reste un 'si' - la première victime sera une fois de plus le multiple de valorisation d'Essilorluxottica", écrit encore Bernstein ce mercredi.

Reste que le "derating" (la compression des multiples boursiers) d'Essilorluxottica ne rend pas honneur à sa croissance vigoureuse, et a pu paraître excessif.

En amont de la publication de l'activité du troisième trimestre, Bank of America écrivait que les différents risques pesant sur l'action s'estompaient.

La gouvernance n'est plus un sujet puisque le directeur général et le directeur général délégué (Francesco Milleri et Paul du Saillant) ont toutes les chances d'être renouvelés dans leurs fonctions l'an prochain. Surtout, la compétition dans les lunettes connectées doit être relativisée. Jusqu'à présent, les modèles de la concurrence ont été "peu impressionnants ou reportés", faisait valoir la banque américaine.

Plus forte hausse du CAC 40

La croissance publiée par Essilorluxottica au troisième trimestre constitue ainsi une piqure de rappel au marché quant à la vigueur de son activité.

La société franco-italienne a nettement excédé les attentes et les investisseurs reviennent massivement sur le titre. Vers 13h, l'action Essilorluxottica bondit de 14% et signe la plus forte hausse du CAC 40.

Sur la période allant de juin à fin septembre, le groupe a dégagé une progression de ses revenus de 7,2% hors changes alors que le consensus (la prévision moyenne des analystes) était calé à 6,1%.

Grande nouveauté, Essilorluxottica distingue désormais la croissance de ses activités historiques (comme les verres correcteurs) des "wearables", qui incluent donc les lunettes IA mais aussi Nuance Audio, des lunettes auditives invisibles à écouteur ouvert.

Les métiers traditionnels (94% des ventes selon les calculs d'UBS) de la société ont crû de plus de 6% tandis que les "wearables" ont affiché une croissance de plus de 20%.

"Le périmètre traditionnel reste solide, en croissance de près de 6,5% à taux de changes constant, (il comprend, selon nos estimations, un effet périmètre de près de 1,5 point de pourcentage) tandis que les 'wearables' progressent d’environ 20% à taux de changes constants, c’est mieux que ce que nous anticipions (+10%)", décortique Oddo BHF.

"Les incertitudes qui pesaient auparavant sur les questions de gouvernance d'entreprise, de concurrence et de protection de la vie privée étant désormais mieux comprises, une meilleure transparence concernant les activités liées aux lunettes classiques et aux lunettes connectées devrait également contribuer à dissiper les craintes liées à une éventuelle cannibalisation", apprécie pour sa part UBS.

Citi apprécie la croissance de plus de 6% dans les métiers historiques et juge que cette performance devrait apaiser les inquiétudes du marché quant à un "ralentissement du marché de l'optique et à une détérioration de la confiance des consommateurs".

Lors de la conférence téléphonique, la direction a livré des commentaires jugés rassurants par Bank of America, avec une croissance au début du quatrième trimestre en ligne avec celle du troisième. Les dirigeants d'Essilorluxottica ont également assuré ne pas percevoir de signe de "downtrading" c'est-à-dire des achats descendant en gamme.

Pour Oddo BHF, tous les regards restent tournés vers la trajectoire de croissance du quatrième trimestre, période sur laquelle la société a prévenu que la base de comparaison serait exigeante, puisqu'au quatrième trimestre 2025, la croissance hors effets de change s'était établie à 18,4%.

"Néanmoins, la solide performance du troisième trimestre, l’absence de tout signe de ralentissement au cours des premières semaines d’octobre, le solide pipeline (catalogue, NDLR) de lancements de nouvelles lunettes IA au 4e trimestre et les tendances positives en matière de prix et de mix dans les quatre régions (c’est-à-dire l’absence de tendances déflationnistes) sont de bon augure pour le dernier trimestre de l’année", tranche le bureau d'études.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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