(BFM Bourse) - Le groupe minier chute lourdement en Bourse après avoir encaissé une importante perte nette au titre de 2025, et annoncé un projet de recapitalisation pour renforcer un bilan précaire.
Le marché ne pardonne aucun faux pas, aucune déconvenue en cette saison hivernale des résultats, avec des sanctions boursières à la hauteur des déceptions. Dassault Systèmes a essuyé une chute historique de 20,8% le 11 février dernier, après que l'éditeur de logiciels a publié des résultats du quatrième trimestre et des perspectives largement inférieures aux prévisions des analystes.
Ce jeudi 19 février, les annonces de l'avionneur Airbus et le constructeur automobile Renault ont été boudées à la Bourse de Paris, avec des replis respectifs de 6,6% et 5%. Ces baisses paraissent presque modestes en comparaison avec la chute d'Eramet qui rejoint ce cortège de ces sociétés malmenées après la publication de leurs comptes.
L'action du groupe minier s'effondre de 23,6% à la Bourse de Paris vers 13h ce jeudi 19 février, accusant sa plus importante chute depuis le 10 décembre 2018 (-24,40%). Cette sanction boursière est à relier avec l'annonce d'une lourde perte annuelle, et d'un projet de recapitalisation. Le titre a même été réservé à la baisse en début de séance.
Des "résultats extrêmement faibles"
L'année 2025 a été très difficile pour le groupe minier. Le chiffre d'affaires ajusté recule de 7% en glissement annuel, pour atterrir à 3,155 milliards d'euros, qui comprend un effet prix négatif (-4%) du fait de la baisse des prix des activités manganèse et sables minéralisés.
Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) ajusté s'effondre de 54% à 372 millions d'euros, pénalisé par des effets prix et des change défavorables qui ont pesé "très fortement" sur la performance de l'activité manganèse, sa division principale.
En ce qui concerne le résultat net part du groupe, cet indicateur est passé d'un bénéfice de 14 millions d'euros en 2024 à une lourde perte. Eramet achève l'année 2025 avec une perte nette de 477 millions d'euros, en raison de forte baisse de la rentabilité, et d'une charge pour dépréciation d’actifs de l’activité "sables minéralisés", principalement liée à la baisse des perspectives de prix long terme sur ce marché.
La société a publié des "résultats extrêmement faibles" pour l'année écoulée, résume Varun Sikka, analyste chez le bureau d'études indépendant AlphaValue.
"Notre performance opérationnelle n'a pas été partout à la hauteur de nos objectifs", a concédé Christel Bories, présidente du conseil d'administration mais également, directrice générale par intérim depuis le début de ce mois. La société traverse en effet depuis plusieurs semaines une grave crise de gouvernance.
Le 2 février, Eramet a fait part au marché de sa décision de débarquer son capitaine "avec effet immédiat" citant des "divergences avec ce dernier sur les modes de fonctionnement", sans en préciser lesquelles. Une semaine plus tard, le groupe minier avait suspendu les fonctions de son directeur financier.
Une recapitalisation dans les tuyaux
Eramet aborde l'année 2026 englué dans une grave crise de gouvernance et dans une situation financière précaire. "L'érosion globale des bénéfices et des flux de trésorerie en 2025 a conduit à une suspension des dividendes pendant deux ans", commente également Varun Sikka.
La société présente un bilan financier peu flatteur. Eramet traîne un important endettement, avec une dette nette proche des 2 milliards d'euros à fin décembre 2025. Le groupe minier a donc dévoilé une série de mesures destinées à muscler son bilan, à savoir des cessions d'actifs et un renforcement des fonds propres de 500 millions d'euros en 2026, qui est "l'annonce phare" de ces résultats remarque Oddo BHF.
Le bureau d'études comprend que cette augmentation de capital pourrait être lancée après l’Assemblée générale de mai, une opération qu'il voit "positivement face à une dette trop élevée".
"Le ratio actuel de 5,5 fois l'Ebitda (résultat brut d'exploitation) 2025 tomberait ainsi à 2,5 fois pro forma en 2026 si l’augmentation de capital est pleinement souscrite", ajoute Maxime Kogge, l'analyste en charge de la couverture pour Oddo BHF.
Eramet précise que le principe de cette recapitalisation a été "convenu" avec ses "actionnaires de référence", à savoir la famille industrielle Duval (37% du capital) et l'Etat (27%). Oddo BHF estime que le gouvernement se mobilisera pour la réussite d’une telle opération compte tenu des enjeux de souveraineté (approvisionnement en métaux critiques).
Si pour Eramet cette opération est capitale, "elle pourrait toutefois être fortement dilutive pour les actionnaires existants", prévient l'analyste.
"La seule raison possible pour laquelle ils (Eramet) pourraient rester à flot dans cette situation chaotique est en grande partie due au soutien indéfectible de l'État français [...] qui pourrait également être un important soutien de l'augmentation de capital de 500 millions d'euros, mais au détriment des actionnaires minoritaires (encore une fois !)", déplore AlphaValue.
"N'oubliez pas qu'une émission d'actions de 500 millions d'euros à une capitalisation boursière actuelle de 1,7 milliard d'euros est susceptible d'entraîner une dilution massive", remarque aussi Varun Sikka.
Pour Oddo BHF, "Eramet aborde une nouvelle phase périlleuse de renforcement de son bilan, alors que le groupe doit encore trouver un nouveau dirigeant, Christel Bories n’exerçant cette fonction qu’à titre intérimaire". Cette période de flou devrait entraîner une forte volatilité sur le titre tant que les modalités de l’augmentation de capital ne sont pas connues".
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