(BFM Bourse) - Le spécialiste de la restauration collective sabre ses objectifs annuels après une publication semestrielle sous les attentes, ternie par le retour de l'inflation et le décalage d'importants contrats en France. Un contentieux portant sur un important contrat en Italie a aussi pesé sur les résultats d'Elior.
Les investisseurs digèrent mal la publication semestrielle d'Elior. Le spécialiste de la restauration collective s'effondre de 24,70% à la Bourse de Paris, après avoir dévoilé des comptes du premier semestre décevants.
En raison de son flottant limité, Elior reste une action très volatile et ses cours ont parfois tendance à réagir fortement à ses publications. Et encore plus lorsqu'il s'agit d'un avertissement sur résultats succédant à une performance nettement en deçà des attentes.
Entre octobre et fin mars 2026, le groupe de restauration collective a dégagé des revenus de 3,179 milliards d'euros, en repli de 1,1% sur un an en données publiées. La croissance est de 1,3% en données comparables et intègre une contribution positive des acquisitions de +0,2%, ainsi qu’un impact défavorable des effets de change de -2,6%.
Des gros contrats qui tardent à se mettre en place
Le chiffre d'affaires s'avère inférieur aux attentes, le consensus cité par TP ICAP Midcap retenait des revenus de 3,246 milliards d'euros, quand le bureau d'études retenait un chiffre d'affaires de 3,198 milliards d'euros.
Indicateur clef dans le secteur de la restauration collective, le taux de rétention d'Elior sur ses clients a progressé à 91,4% à fin mars 2026 contre 91% l'an passé et 90,6% à fin septembre 2025.
La société a cependant enregistré une contribution commerciale négative (0,7 point de pourcentage) sur le semestre. Elior met en avant un déploiement "plus long" que prévu de contrats de grande envergure récemment signés en France.
Elior cite un contrat de restauration collective et de nettoyage de 113 collèges dans les Yvelines ou celui concernant le siège d'une grande banque dans le quartier d'affaires de La Défense.
"Ce type de contrat nécessitant davantage de délais de mobilisation", précise TP ICAP Midcap.
Un peu plus bas dans les comptes, le résultat opérationnel retraité de certains éléments (Ebita) s'est établi à 95 millions d'euros, pour une marge correspondante qui a chuté de 110 points de base (1,1 point de pourcentage) à 3%.
Le groupe explique avoir été pénalisé par un différend sur les conditions tarifaires relatives à un contrat significatif de restauration en Italie.
Retraité de ce différend sur cet onéreux contrat en Italie, l'Ebitda généré par Elior est certes "aligné" avec les attentes prudentes de TP ICAP Midcap, logées à 120 millions d'euros mais est largement en dessous du consensus (137 millions d'euros) en raison de l’impact net de l’inflation.
Ce contentieux en Italie n'a pas été neutre sur le bénéfice net de la société, qui a été divisé par deux sur un an, atterrissant à 21 millions d'euros contre 43 millions d’euros un an plus tôt.
Cité par l'AFP, le directeur financier du groupe Didier Grandpré est revenu sur les répercussions financières de ce contentieux sur les comptes d'Elior. "Il est important de noter une provision des pertes à terminaison prudente de 25 millions d'euros comptabilisée sur ce premier semestre au titre du contrat avec un opérateur ferroviaire italien dans le contexte d'un contentieux tarifaire toujours en cours", a-t-il souligné lors d'un échange avec des journalistes.
Enfin, l'autre grosse déconvenue de cette publication est la génération de flux de trésorerie, qui s'est élevée à 9 millions d'euros, contre 150 millions attendus, remarque TP ICAP Midcap.
"Cette déconvenue tient à la fragilité structurelle de la génération de cash du groupe, qui repose majoritairement sur l’évolution du besoin en fonds de roulement sous titrisation", pointe Julien Thomas, l'analyste en charge de la couverture d'Elior chez TP ICAP Midcap.
De retour en 2022?
Compte tenu de ce décalage de contrats et de l’intensification de l’inflation, Elior sabre ses objectifs annuels 2025-2026.
Le spécialiste de la restauration collective dit désormais viser une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre 1 et 2%,ainsi qu'une marge d’Ebita ajusté hors élément exceptionnel autour de 3% pour son exercice clos fin septembre 2025.
"Pour le second semestre, Elior vise donc une contribution commerciale nette légèrement positive, de sorte que cette dernière soit neutre sur l’exercice 2026. Concernant l’impact de l’inflation net des prix, le groupe table sur une contribution négative au second semestre qui, couplée à la saisonnalité du catering (restauration collective, NDLR), devrait compresser la marge EBITA", détaille TP ICAP Midcap.
Le groupe anticipe aussi une variation moins favorable du besoin en fonds de roulement sur l'exercice compte tenu de la nouvelle prévision de croissance et des risques de retard temporaire dans le recouvrement des créances commerciales dans la mise en place de la réforme de la facturation électronique en France au mois de septembre.
"Sans soutien du besoin en fonds de roulement et alors que le groupe est délibérément en train de réinvestir dans ses cuisines (portant ses dépenses d'investissement à environ 3% des revenus), Elior devrait brûler du cash cette année", avertit Julien Thomas.
Dans ces conditions, le levier d'endettement est attendu à 3,5x au 30 septembre 2026, contre une prévision précédente de 3x.
TP ICAP Midcap souligne que ces éléments sont largement limités à 2026, de sorte que le groupe devrait enregistrer un important redressement de ses performances en 2027, avec la contribution des contrats majeurs décalés et une normalisation de la génération de cash (trésorerie).
Néanmoins, le bureau d'études craint que le groupe doive de nouveau courir contre l’inflation (course que le groupe ne peut pas gagner en France avec ses clients publics), alors que les synergies de coûts ont été épuisées.
Les déboires d'Elior vont aussi pénaliser les comptes de Derichebourg qui détient une quote-part de 48,2% dans Elior, prévient de son côté Allinvest Securities.
L’abaissement des perspectives financières d'Elior pour son exercice 2025-2026 devrait, selon le bureau d'études, avoir un impact de -5% à -9% sur le résultat net 2025/26 du groupe de recyclage et de services aux collectivités.
Cette perspective explique le repli du titre Elior en Bourse, qui chute de 6,6% à la Bourse de Paris, ce jeudi 21 mai, vers 10h10.
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