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DASSAULT SYSTEMES

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Dassault systemes : IA, acquisition à 2 milliards, croissance…Après avoir perdu 56% en 5 ans, Dassault Systèmes reprend 12% en 2 séances, pourquoi le marché commence à reprendre foi dans l'éditeur de logiciels

Aujourd'hui à 16:23
Dassault Systèmes grimpe en Bourse

(BFM Bourse) - L'éditeur de logiciels de gestion du cycle de vie produits a livré des résultats sans mauvaise surprise, et a mis en avant les vertus de l'acquisition d'ArisGlobal pour 1,8 milliards de dollars hors compléments de prix. La société a par ailleurs démontré la qualité de son offre en matière d'IA industrielle.

Dassault Systèmes reste une valeur en crise sur la cote parisienne. L'action de l'éditeur de logiciels de gestion du cycle de vie des produits (PLM) accuse un plongeon de 56% sur cinq ans.

Ses multiples ratés sur les publications des dernières années ont remis en question voire supprimer son statut de valeur de croissance.

La société a notamment enquillé les déceptions dans les sciences de la vie, segment sur lequel le groupe s'était renforcé en 2019 en rachetant le spécialiste des logiciels de suivi d'essais cliniques Medidata pour 5,8 milliards de dollars.

Au quatrième trimestre 2025 et premier trimestre 2026, les Sciences de la vie ont accusé une baisse de leurs chiffres d'affaires de 4% puis de 3%, Medidata pâtissant de la baisse des études cliniques sur un marché "instable et difficile", comme l'avait qualifié à l'automne le directeur général, Pascal Daloz.

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Mistral crée le blizzard

Par ailleurs, l'éditeur de Solidworks et Catia n'a pas échappé à la tempête liée à l'intelligence artificielle, le marché redoutant que les avancées des start-up innovantes viennent concurrencer voire annihiler les modèles d'entreprises de logiciels.

Un épisode marquant est survenu le 28 mai dernier. L'action a perdu près de 6% après que Mistral IA a annoncé plusieurs partenariats (Airbus, BMW, EDF, des clients historiques de Dassault Systèmes) avec des clients industriels. Ce alors que le groupe d'IA tricolore vient de racheter Emmi AI, une société spécialisée dans les modèles d'IA appliquées à la simulation physique et à l'ingénierie.

Arthur Mensch, le patron de Mistral IA, a eu beau lui-même déclaré que son groupe n'avait pas vocation à se substituer à Dassault Ssytèmes, notamment parce que l'entreprise contrôle des données de clients critiques, le marché a pris peur.

"Si ces propos tendent à confirmer l’importance de la plateforme 3DEXperience (propriété de Dassault, NDLR), cela ne lève pas totalement les craintes de pertes de revenus et/ou de moindre croissance pour ses solutions Simulia (10% du chiffre d'affaires), voire Catia (24% du chiffre d'affaires)", commentait alors Allinvest Securities.

Medidata sur un point d'inflexion?

Toutefois, Dassault Systèmes retrouve de l'allant ces derniers jours en Bourse. Après s'être adjugé 3,7% jeudi dans la foulée de la publication de ses résultats semestriels, l'action reprend 7,68% ce vendredi vers 16h20. En deux séances, le titre regagne ainsi 12%.

Selon un analyste financier, plusieurs catalyseurs peuvent expliquer le rebond de l'action. Premièrement, les résultats du deuxième trimestre n'ont pas "réservé de mauvaises surprises". Sur la période, la société a dégagé une croissance de ses revenus en données comparables de 4%, soit légèrement plus que le chiffre de 3,5% attendu par les analystes, et confirmé ses objectifs pour 2026.

"Dans l'ensemble, ces chiffres, publiés dans un contexte de prudence des investisseurs, semblent meilleurs que ce que l'on craignait", tranche Citi. "Le deuxième trimestre a apporté des preuves supplémentaires montrant que l'exécution s'améliore chez Dassault Aviation, avec l'atteinte des objectifs annuels en bonne voie", abonde Barclays.

Point crucial: Medidata, source récurrente de déception auprès de marché, semble se trouver sur un point d'inflexion. Si l'éditeur de logiciels de suivis d'essais cliniques a encore vue ses revenus reculer de 3%, l'"ARR" est lui repassé dans le vert sur le trimestre.

L'ARR ("annual recurring revenues") est indicateur de performance commerciale alternatif très utilisé par les développeurs de logiciels mais que Dassault n'a adopté que depuis le premier trimestre 2026. Cet indicateur correspond à "la valeur annuelle de tous les engagements clients récurrents", donnant une ainsi une vision plus avancée de la performance économique que les revenus, qui peuvent faire l'objet de méthode de comptabilisation particulières.

Arisglobal plus "sexy" que prévu?

Deuxième point: Dassault Systèmes a, lors de ses présentations avec les investisseurs, expliqué et développé le rationnel stratégique autour de l'acquisition d'Arisglobal.

Le groupe a annoncé jeudi cette opération qui avait été éventée la semaine précédente par l'agence Bloomberg. Dassault paiera 1,8 milliard de dollars en cash, avec un complément de prix allant jusqu'à 200 millions de dollars, pour reprendre cette société.

Ce prix reste élevé, pointe Oddo BHF, à 10 fois les ventes attendues, alors que le marché a actuellement peut d'appétit pour les actifs dans les logiciels.

Arisglobal développe des solutions d'IA qui couvre les domaines de la réglementation, de la sécurité, de la qualité et des affaires médicales.

Cette entreprise étant une société privée, les analystes n'avaient pas beaucoup d'informations à se mettre sur la dent. "Le peu qu'on avait trouvé n'était pas sexy. Mais la direction a rassuré en détaillant le rationnel stratégique et les synergies qui fait que cette boîte ne ressemble pas tant que cela à un canard avec une pâte cassée", explique l'analyste anonyme précédemment cité.

Dassault a notamment indiqué qu'Arisglobal comptait plus de 200 clients, comptait atteindre 175 millions de dollars de revenus en 2026 et évoluait sur un marché en croissance à deux chiffres.

"La société n'a pas encore chiffré les synergies à ce stade, mais elle prévoit que l'opération aura un effet positif sur la croissance du chiffre d'affaires et le bénéfice par action dès la première année suivant la finalisation de la transaction (prévue pour la fin du troisième trimestre ou le début du quatrième trimestre)", rapporte Barclays.

"Dassault table sur des synergies issues de la vente croisée auprès des entreprises de taille moyenne et de l'utilisation de sa plateforme d'intelligence artificielle pour couvrir l'ensemble du cycle de vie des médicaments", ajoute la banque britannique.

Ces éléments ont donc pu rasséréner des investisseurs inquiets que le groupe se renforce dans des les sciences de la vie, son grand talon d'Achille des dernières années. "Dassault fait un parti à 1,8 milliard de dollars pour arrêter l'hémorragie", écrit d'ailleurs Alphavalue.

"Nous considérons cette acquisition comme stratégiquement logique, car elle permet à Dassault de combler une lacune par rapport à la plateforme Vault de Veeva (un rival du groupe dans les sciences de la vie, NDLR). Toutefois, compte tenu du prix d'achat, la question centrale sera sans doute de savoir si Dassault parviendra à en faire une plateforme véritablement unifiée en matière de flux de travail et de données. Nous nous attendons donc à ce que le marché exige des preuves concrètes de la mise en œuvre avant d'accorder du crédit à la vision globale de la plateforme", tranche Barclays.

Un "message convaincant" sur l'IA

Dernier point et non des moindres: le groupe a livré une présentation qui a plutôt fait mouche sur sa stratégie d'intelligence artificielle.

"Plus que les chiffres, nous retenons de cette publication le message convaincant autour de l’IA qui constitue un levier de croissance et un levier sur la rentabilité moyen terme", explique Allinvestsecurities.

Dans sa présentation, Dassault a notamment exposé le fonctionnement de ses compagnons virtuels ("Aura, Leo, Marie)" désormais disponibles sur plateforme d'intelligence artificielle (IA) agentique (des IA autonomes conçues pour un objectif déterminé avec une supervision limitée) 3DExperience.

Durant la conférence avec les analystes, Pascal Daloz, le directeur général a laissé la parole à une vidéo montrant un cadre ingénieur de BMW, un des clients de Dassault.

Ce dernier a mis en avant les vertus de la plateforme 3DExpericence du groupe, avec des applications du groupe comme Catia et Simulia, face aux modèles "frontières" d'IA, les plus avancés. Puis a ajouté un des compagnons virtuels de Dassault.

"Alors qu’un ingénieur utilisant Catia et Simulia avec la 3DExperience pouvait effectuer 50 simulations avec une précision de 96% et qu’un grand modèle de langage (LLM) externe itérant des modèles de substitution de conception pouvait fournir 120 modèles, mais avec une précision de seulement 84% dans le même laps de temps, un concepteur utilisant Leo par-dessus l’IA externe pour l’orchestrer a pu effectuer des milliers de simulations avec une précision parfaite", rapporte UBS.

"Le fait qu'un client comme BMW parle compte. Cela montre la force de leurs outils par rapport aux grands modèles de langage d'IA (LLM) et aux nouveaux acteurs, qui permettent, certes, la simulation mais n'ont pas les facultés mathématiques des solveurs (des logiciels développés par Dassault permettant des simulations avec une importantes précisions mathématiques, NDLR)", explique l'analyste anonyme précédemment cité.

"Le message stratégique central était que Dassault n’a pas l’intention de développer son propre LLM. Au contraire, l’entreprise adopte une approche 'agnostique' vis-à-vis des LLM par conception et considère que les modèles frontières d'IA pour la génération de contenu et l’orchestration des flux de travail, mais insuffisants pour les cas d’utilisation industriels critiques, où la précision, la traçabilité, l’auditabilité et la certification sont requises", souligne pour sa part Barclays.

Certes, la banque britannique a considéré comme encourageante cette présentation. Elle nuance toutefois en jugeant que si la direction stratégique de Dassault apparaît de plus en plus claire, "des questions essentielles subsistent quant au rythme d'adoption par les clients, à la monétisation et à la mesure dans laquelle ces nouvelles capacités d'IA peuvent générer une accélération significative de la croissance".

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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