(BFM Bourse) - Le grand distributeur a livré ce mercredi 18 février son plan stratégique qui doit lui permettre d'accroître de plus d'un point de pourcentage sa marge opérationnelle courante.
Carrefour dévoile le plan qui doit inciter le marché à positiver davantage, alors que son cours de Bourse affiche chute de 18,5% sur trois ans.
Le groupe présidé et dirigé par Alexandre Bompard a peiné à augmenter ses parts de marché (surtout en 2025) en France, tout en faisant face à l'atonie de la consommation au Brésil, son deuxième plus important marché.
Pour repartir de l'avant, Carrefour détaille ce mercredi 18 février les grands axes de sa stratégie de reconquête. Ce plan à l'horizon 2030 doit notamment permettre à la société d'améliorer sa rentabilité.
Le groupe vise une marge opérationnelle courante de 3,2% en 2028 puis 3,5% en 2030, après 2,6% en 2025. Le bénéfice net ajusté doit, lui, progresser "dans le haut de la fourchette à un chiffre chaque année (entre 7% et 9%)".
Carrefour compte par ailleurs générer 5 milliards d'euros de flux de trésorerie sur la durée du plan et dégager un flux en croissance chaque année. Le résultat opérationnel courant est également attendu en hausse à chaque année du plan.
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Les analystes grincent des dents
Jefferies souligne que la cible communiquée par Carrefour sur la croissance du résultat net ajusté est décevante dans la mesure où le consensus (la prévision moyenne des analystes) tablait sur une progression de 13% en 2026, 8% en 2027 et 12% en 2028. De même, la cible de génération cumulée de cash est inférieure d'environ 500 millions d'euros au consensus, pointe la banque.
"Compte tenu des résultats d'hier soir et de ces objectifs, nombreux sont ceux qui s'interrogeront sur la mesure dans laquelle Carrefour une valeur sûre", assène Jefferies.
Citi évoque de son côté des "objectifs de croissance ambitieux". Mais la banque américaine ajoute que le marché devrait sanctionner les "résultats légèrement inférieurs aux prévisions pour l'exercice 2025", qui ont été communiqués mardi soir.
"La publication 2025 est décevante et l’absence de programme de rachats d'actions couplé à des objectifs 2030 inégaux, nous rendent prudents sur la réaction de marché, qui pourrait être négative avant la journée investisseurs", cingle de son côté Oddo BHF.
Effectivement, Carrefour souffre à la Bourse de Paris ce mercredi. L'action chute de 4,8% vers 11h45, accusant la plus forte baisse du CAC 40.
Renforcement des parts de marché
Pour revenir au plan stratégique de Carrefour, le grand distributeur acte un recentrage sur ses trois principaux marchés, à savoir la France, le Brésil et l'Espagne où il occupe respectivement les positions de numéro 2, 1 et 2.
La société entend gagner des parts de marchés dans ces trois pays, pour atteindre 25% en France (contre 21,7% actuellement selon des données Worldpanel citées par Citi) et 20% au Brésil. En Espagne, la société entend consolider sa position de numéro deux.
En parallèle de ce recentrage, Carrefour a ouvert la porte à la sortie d'autres pays. Le groupe a déjà vendu l'an passé ses opérations en Italie et, plus récemment, en Roumanie. Ce mercredi, la société a annoncé qu'elle regroupait trois pays, à savoir la Belgique, la Pologne et l'Argentine dans un segment "autres pays".
Carrefour continuera de travailler dan ces pays "à l'amélioration de la performance opérationnelle tout en conservant toutes les options stratégiques ouvertes, de la croissance à la monétisation totale ou partielle". "Une seule boussole guidera ses décisions futures : la maximisation de la création de valeur", ajoute la société.
Au niveau de sa stratégie, la société promet "une offensive majeure sur le frais". "Carrefour entend marquer sa différence sur les produits frais, premier moteur de trafic, avec l'ambition d'atteindre 50% de taux de pénétration en fruits et légumes d'ici 2030 (contre 41% en 2025)", explique le groupe.
Pour cela, l'entreprise va transformer 10 hypermarchés en "spécialistes du frais et du discount", développer l'enseigne Match et l'orientant vers un modèle "plus spécialisé frais", et collaborer avec le groupe Blachère pour le déploiement de 200 concessions de fruits et légumes en France en hypermarchés et en supermarchés.
La société va également travailler sur sa compétitivité, notamment en termes de prix. Le groupe va lancer 200 produits de marque propre à prix coûtant pour les membres du Club Carrefour, son programme de fidélité, "dès la semaine prochaine". Le groupe promet aussi de lancer "1.000 produits à prix imbattables au premier trimestre en Espagne".
IA et recours à la location-gérance
"Pour mener cette politique prix, Carrefour s’appuiera notamment sur les gains à l'achat générés par la centrale européenne Concordis (qui regroupe Carrefour, Coopératives U et plusieurs groupes allemands, NDLR), qui vise le co-leadership européen des centrales d’achats PGC (les produits de grande consommation, NDLR) à horizon 2030", explique la société.
Cette centrale d'achat doit également contribuer largement à l'objectif d'économies de Carrefour, à savoir 1 milliard d'euros par an sur la durée du plan.
Dans ce but également, le distributeur mise sur l'IA pour améliorer sa productivité, en signant notamment un accord avec Google qui lui permettra d'avoir recours aux agents IA Gemini pour "simplifier" le parcours client.
Sur la gestion de ses magasins, le groupe entend accélérer sa transformation vers un modèle "asset-light", c'est-à-dire en gérant moins en propre ses magasins.
Carrefour compte faire passer en franchise 40 magasins Carrefour Market (les supermarchés) par an en France. L'entreprise veut aussi ouvrir 50 nouveaux points de vente Carrefour Market à l'horizon 2030.
Du côté des hypermarchés, la société vise cette année 15 passages en "location-gérance", un système où Carrefour loue son fonds de commerce à un entrepreneur et reste propriétaire du point de vente. Le distributeur compte par ailleurs ouvrir 7.500 magasins de proximité en France et en Espagne.
Le cash loin du compte
Le groupe a livré ces orientations stratégiques alors que ses résultats annuels, publiés la veille, ont déçu. "Les résultats annuels de Carrefour montrent une fin d'année 2025 en demi-teinte, avec un chiffre d'affaires à périmètre constant et une marge au second semestre inférieurs aux prévisions, souligne Jefferies.
Sur le seule quatrième trimestre, le chiffre d'affaires a progressé de 1,6% en données comparables, en nette décélération par rapport au troisième où la croissance avait atteint 2,1%.
Pour l'ensemble de l'année 2025, le chiffre d'affaires a augmenté de 2,8% en données comparables. Le résultat opérationnel courant a baissé de 5,4% à 2,16 milliards d'euros. Retraité des coûts d'intégration des magasins Match et Cora et des effets de changes négatifs, le résultat opérationnel courant à reculé de 0,9%. La marge correspondante s'est établie à 2,6% contre 2,8% un an plus tôt.
Le flux de trésorerie libre s'est inscrit à 1,3 milliard d'euros contre 1,46 milliard d'euros en 2024.
Oddo BHF évoque une génération de cash "faible" dans la mesure où le consensus attendait un chiffre de 1,42 milliard d'euros, proche donc de celui de 2024. Le résultat opérationnel courant est également inférieur aux attentes, logées à 2,21 milliards d'euros, selon le courtier.
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