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Warren Buffett charge Donald Trump et donne des indices sur sa succession

lundi 25 février 2019 à 18h01
Warren Buffet pas tendre avec Donald Trump

(BFM Bourse) - Dans sa lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway, toujours très attendue par les investisseurs, Warren Buffett reproche à Donald Trump de s'attribuer un trop grand mérite dans les performances de l'économie américaine.

Comme chaque année depuis que Warren Buffett a racheté Berkshire Hathaway en 1962, la lettre aux actionnaires du fonds d'investissement a de nouveau apporté son lot d'enseignements. Au sein de ce document de 15 pages qui mêle leçons de vie et leçons d'économie distillées par le plus célèbre investisseur financier, on trouve à la fois des explications aux récents déboires de Berskhire, l'avis (tranché) de celui qu'on surnomme "l'oracle d'Omaha" sur Donald Trump ou encore des indices sur sa succession et son point de vue sur l'économie américaine et mondiale.

La société du milliardaire américain -troisième homme le plus riche du monde derrière Jeff Bezos et Bill Gates avec une fortune de 82,8 milliards de dollars selon Bloomberg- aura connu une année 2018 chaotique couronnée de plusieurs mauvais choix d'investissements, fait rarissime pour Warren Buffett. Les deux cas les plus notables sont probablement Kraft Heinz et Apple. Pour le premier, le milliardaire américain estime avoir payé trop cher la fusion ayant donné naissance au groupe (Berkshire s'est associé au fonds brésilien 3G Capital en 2015 pour rapprocher H.J Heinz de Kraft Foods et possède environ la moitié de l'entité fusionnée, le véhicule d'investissement de Buffett en détenant 26,7% à lui seul). "Nous avons surpayé Kraft", a concédé l'investisseur légendaire sur CNBC, ajoutant qu'il s'était "trompé sur quelques points au sujet de Kraft Heinz", qui a annoncé jeudi dernier plus de 15 milliards de dollars de dépréciations d'actifs ainsi qu'une réduction de son dividende, le tout assorti d'une enquête de la SEC sur ses comptes. L'entité née d'une fusion en 2015 a par ailleurs averti que son redressement prendrait du temps. Dans la foulée, vendredi, son titre abandonnait 27% à Wall Street, ce qui correspond à une chute de 4,3 milliards de dollars de la participation détenue par Berkshire.

Plus faible bénéfice annuel depuis 2001

Concernant Apple, principal investissement en actions de la société d'investissements, Berkshire a légèrement réduit sa participation dans la firme à la pomme au dernier trimestre au cours duquel Apple a vu son cours de Bourse plonger de 30%, faisant baisser de 57 à 40 milliards la valeur de la participation détenue par le groupe de Warren Buffett. Si cette vente "ne résultait pas d'une décision de Buffett mais d'un autre gérant de la société, aucun titre (Apple, NDLR) n'ayant jamais été vendu sous la direction de Warren" selon son assistante Debbie Bosanek, le net recul de l'action du géant de Cupertino aura pesé sur le bénéfice net du conglomérat financier au dernier trimestre et sur l'ensemble de l'année.

De fait, Berkshire a réalisé, l'an dernier, son bénéfice annuel le plus faible depuis 2001, celui-ci étant tombé à 4,02 milliards de dollars, soit onze fois moins que lors de l'exercice précédent (44,94 milliards), certes marqué par une baisse de l'impôt sur les sociétés. En revanche, le bénéfice d'exploitation du fonds a dépassé les attentes des analystes au dernier trimestre de 2018, à 5,72 milliards de dollars. Sur l'année, il a même progressé de 71% à 24,78 milliards de dollars et ce, malgré une perte nette (inhabituelle) de 25,4 milliards de dollars au quatrième trimestre, sous l'effet conjoint des plongeons de Kraft Heinz et Apple. Malgré cette lourde perte, la performance des investissements de Berkshire dépasse tout de même la moyenne du S&P 500 en 2018, la valeur comptable des titres détenus par le groupe de Warren Buffett ayant progressé de 0,4% quand le S&P perdait 4,4%.

Warren Buffett juge Donald Trump "plus qu'arrogant"

C'est peu dire que l'homme d'affaires et le président américain ne passeront pas leurs vacances ensemble. Si le premier ne nomme pas directement Donald Trump dans sa lettre annuelle, certains passages ne laissent que peu de place à l'interprétation. L'oracle d'Omaha écrit ainsi que, depuis qu'il a commencé à investir (en 1942!), le succès de Berskhire est en grande partie dû aux "vents favorables qui soufflent sur l'Amérique" et ont permis au pays de bénéficier d'une "prospérité presque incroyable", encadrée par sept président républicains et autant de démocrates, en temps de guerres et de crises financières. Et selon lui, "le fait qu'un individu puisse se vanter d'avoir pu faire ça seul va au-delà de l'arrogance", et l'octogénaire milliardaire d'ajouter que "les rangées bien ordonnées de croix blanches en Normandie (en référence aux tombes des soldats américains, NDLR) devraient faire honte à ceux qui osent de telles allégations".

Autre critique, à peine voilée du président américain qui se félicite régulièrement des performances économiques des États-Unis par rapport à d'autres pays, notamment la Chine, Warren Buffett affirme que son pays devrait plutôt "se réjouir" quand d'autres profitent de perspectives radieuses. Car "les Américains seront à la fois plus prospères et plus en sécurité si toutes les nations se développent" indique-t-il, en précisant également que Berkshire espère investir des sommes considérables au-delà des frontières.

Il rêve toujours d'une acquisition géante

Plusieurs éléments justifient cette volonté d'investir à l'étranger. Si Warren Buffett a toujours été un chantre du libre-échange, il souhaite également développer ses activités internationales pour la simple et bonne raison qu'il peine à trouver de grosses acquisitions sur le sol américain et ne s'attend pas à ce que cela change prochainement. Selon lui, les perspectives actuelles ne sont pas bonnes car les prix sont "exorbitants pour des entreprises aux performances prometteuses". Et s'il dit ressentir de l'excitation à l'idée d'une "elephant-sized acquisition", la "triste réalité" est que Berkshire utilisera probablement une partie de ses 111,9 milliards de dollars de liquidités pour acheter davantage d'actions.

Des indices sur sa succession ?

La question taraude Wall Street depuis des années. Désormais âgé de 88 ans (et son associé historique Charlie Munger de 95 ans), Warren Buffett se rapproche chaque année un peu plus du moment où il devra passer la main. Et si l'oracle d'Omaha a toujours été avare d'informations sur cet épineux dossier, certains analystes semblent avoir décelé des indices dans sa dernière lettre annuelle. Le milliardaire américain a profité de celle-ci pour louer le travail réalisé par ses deux adjoints, Ajit Jain et Greb Abel, nommés en début d'année 2018, le premier à la tête des activités d'assurance du groupe et le second en charge des autres activités. "Berkshire est bien mieux dirigé aujourd'hui qu'il ne l'était quand j'étais seul aux commandes" affirme ainsi le milliardaire philanthrope (il a annoncé qu'il donnerait, à sa mort, 80% de sa fortune à la fondation de Mélina et Bill Gates).

Pour un analyste américain spécialiste du dossier, Ryan Laming, le fait que Warren Buffett insiste sur les futurs rôles de Greg Abel et Ajit Jain est loin d'être neutre. "Même si cette structure est en place depuis le début de l'année 2018, le fait qu'il les mette autant en avant dans sa lettre annuelle est important" estime-t-il. "Jain est depuis longtemps considéré par beaucoup comme le successeur de Buffett sur le trône et j'ai l'impression que cette lettre nous rapproche un peu plus de voir cette hypothèse devenir réalité" poursuit Ryan Laming. Selon lui, "Buffett considère que les assureurs ont joué un rôle clé dans le succès de Berkshire avec un bénéfice technique sur les affaires d'assurance (ou "bénéfice de souscription") positif lors de 15 des 16 derniers exercices pour cette division (dont 2 milliards pour la seule année 2018).

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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