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Les Cassandre de la Bourse font leur grand retour

samedi 7 mars 2020 à 11h30
Nouriel Roubini fait partie de ces économistes qui prédisent un krach boursier

(BFM Bourse) - Les Bourses mondiales ont connu, lors de la dernière semaine de février, leur pire performance hebdomadaire depuis 2008. Il n’en fallait pas plus pour que les oiseaux de mauvais augure prédisent un krach imminent, voire l'effondrement du système financier. Quelles sont leurs motivations et peuvent-ils avoir raison? Éléments de réponse.

Exploitant l'appétit des médias pour les déclarations fracassantes et les prophéties catastrophistes, "de plus en plus de "corbeaux noirs" sont à nouveau de sortie" remarquait John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud, dans sa note de mercredi. Dans le jargon financier très animalier, les "corbeaux noirs" (ou simplement "corbeaux") désignent les Cassandre (dans la mythologie grecque, la fille de Priam et d'Hécube qui reçoit d'Apollon le don de dire l'avenir) alarmistes qui prédisent -régulièrement- l'effondrement des marchés financiers.

Dr. Doom is back

Parmi ces oiseaux de mauvais augure, le plus célèbre est sans conteste l'économiste américano-turc Nouriel Roubini, surnommé "Dr Doom" (Docteur Apocalypse). Il tient principalement sa réputation du fait qu'il avait évoqué une crise des subprime dès 2006, même si c'est surtout après que celle-ci soit devenue patente aux yeux de tous qu'il l'a dénoncée. Après ce "fait d'armes" -entre guillemets car, sur les marchés, "avoir raison trop tôt c’est avoir tort", tranche Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés chez Binck.fr-, l'économiste a multiplié les prédictions alarmistes (glissade supplémentaire des marchés en 2009, effondrement de l'économie chinoise en 2011, sortie de la Grèce de la zone euro en 2012 ou encore l'éclatement de cette dernière entre 2012 et 2016)... qui ne se sont pas vérifiées.

Dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel lundi dernier, Nouriel Roubini a déclaré s’attendre à une très forte chute des marchés en 2020. "Je m'attends à ce que les actions mondiales chutent de 30 à 40% cette année", conseillant au passage de placer son argent "en espèces et dans des obligations d'État sures". "Vous devez protéger votre argent contre un krach", a-t-il poursuivi Roubini, ajoutant que sa devise est "mieux vaut prévenir que guérir".

"Plus facile de vendre de la peur que des bonnes nouvelles"

"Plusieurs économistes reconnus pour leur vision négative des marchés ont recommencé à être interrogés par les médias hier (mardi, NDLR) en prédisant le pire et le "fameux krach" qu’ils attendent depuis 2008" relevait également John Plassard dans sa note publiée mercredi. "En fait, ils usent et abusent du fait que le cerveau humain est ainsi fait qu’il retient plus les mauvaises nouvelles que les bonnes" ajoute le spécialiste, pour qui ces "corbeaux" n'ont "aucune intention d'alerter la population en proposant des solutions". "C’est simplement leur gagne-pain. Les médias rentrent malheureusement dans leur jeu en les invitant à chaque fois que les marchés baissent fortement. En fait, ils n’attirent pas un grand public lorsque les indices touchent de nouveaux records..."

Nicolas Chéron abonde en ce sens: "C'est bien plus facile de vendre de la peur que des bonnes nouvelles, et c'est particulièrement vendeur d'annoncer la fin du monde. Il y a un lectorat pour ça, beaucoup de gens qui pensent "fin du dollar, fin des États-Unis, fin du système financier tel qu'on le connaît, etc. Cette cible, c'est le gagne-pain des "doomsayers"".

En France, l'un des plus connus est l'économiste Marc Touati, fondateur et président du cabinet ACDEFI ("Aux commandes de l’économie et de la finance") et auteur, avec une bibliographie légèrement anxiogène: "Krach, boom... et demain ?", "Quand la zone euro explosera... Comment la France peut encore éviter le pire", "Le dictionnaire terrifiant de la dette", "La fin d'un monde" et, le dernier en date, "Un monde de bulles", paru en 2018 et n°3 au classement des meilleures ventes d'Amazon dans la rubrique "finance internationale" avec 36.713 exemplaires écoulés. Comme quoi, la peur fait bien vendre.

Interrogé par le magazine Capital dimanche dernier, l'économiste a affirmé que "2020 pourrait bien consacrer une récession encore plus grave qu’en 2009. Et ce, d’autant que si en 2008-2009, les autorités monétaires et politiques internationales ont pu relancer la machine en employant les grands moyens, elles n’ont désormais presque plus de cartouches pour soutenir l’activité. Bon courage à toutes à tous" concluait-il, un brin alarmiste.

Un scénario que conteste Nicolas Chéron: "Sur ce point précis ils ne mesurent pas la créativité des banques centrales et la quantité d'outils à leur disposition. Beaucoup d'observateurs disent qu'elles n'ont plus de marge de manœuvre mais c'est évidemment faux, la BCE peut exceptionnellement baisser les taux à moins de -1% en le justifiant par le coronavirus, ils peuvent augmenter le "Quantitative easing", lancer un nouveau TLTRO (opération de refinancement à long-terme), acheter des ETF comme au Japon ou, si le pire venait à se matérialiser, recourir à "l'Helicopter money", politique monétaire qui consiste pour une banque centrale à créer de la monnaie et la distribuer directement aux citoyens".

S'il invite donc à relativiser les arguments sempiternels des prophètes de malheur, Nicolas Chéron estime tout de même que le CAC "peut casser son plus bas de 2018 à 4.600 points" dans les semaines à venir. Plus qu'une fin de cycle, le marché a selon lui "besoin de purger les excès précédents" et "les excès haussiers peuvent être corrigés par de violents excès baissiers". Pour rappel, les Bourses mondiales ont enregistré lors de la décennie passée le plus long "bull market" de leur histoire, en dépit des prophéties négatives.

Soros, le précurseur

Nouriel Roubini et Marc Touati sont les dignes descendants du premier "gourou" (comme Nicolas Chéron les qualifient), le financier milliardaire américain d'origine hongrois George Soros, qui est devenu célèbre pour ses activités de spéculation, notamment sur les devises, qui ont marqué l'histoire. Il est "l'homme qui fit sauter la Banque d'Angleterre" en 1992. Alors que le Royaume-Uni s'enfonçait dans une crise économique, il semblait alors clair à George Soros que la situation de la livre sterling était intenable. Le 16 septembre 1992 ("mercredi noir"), Soros avait vendu à découvert 10 milliards de livres sterling, pariant donc à la baisse sur cette monnaie. Par cette opération, il avait provoqué une pression telle sur la devise britannique que la banque d'Angleterre avait été contraindre de la sortir du "Système monétaire européen (SME)" alors en vigueur.

"Soros, on l’écoute tout le temps mais il a pris de sacrées gamelles depuis qu’il a fait chuter la Banque d’Angleterre" peste Nicolas Chéron, faisant notamment référence à l'échec de sa spéculation contre d'autres monnaies telles que le Deutsche Mark. En 2016, convaincu que les marchés dégringoleraient après l'élection de Donald Trump, Soros avait également parié à la baisse sur l'évolution des indices américains, et perdu près d'un milliard de dollars sur les marchés dans les semaines qui avaient suivi l'arrivée de l'autre milliardaire à la Maison blanche.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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