(BFM Bourse) - Ours, taureaux, faucons, colombes, autruches, cygnes, moutons, baleines ou encore vautours sans oublier les insaisissables licornes: le jargon financier fait la part belle à nos amis les bêtes.
Selon votre culture cinématographique, vous vous souviendrez peut-être de cette réplique culte dans le film Wall Street original sorti en 1987 : "C’est un chien avec des puces". Interprété par Michael Douglas, Gordon Gekko qualifiait ainsi une entreprise dans laquelle lui conseillait d’investir un jeune et ambitieux courtier nommé Bud Foxx (joué par Charlie Sheen), sceptique sur la possibilité de faire de l’argent via la restructuration d’une entreprise. Un "chien", dans le jargon financier, représente un actif ou un titre sous-performant, souvent massacré par le marché. De nombreux analystes cherchent parmi ces actifs, ceux qui sont susceptibles de rebondir.
Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du jargon animalier omniprésent sur les marchés. Parmi les plus célèbres expressions, les "bull & bear market" qui désignent respectivement un marché haussier (sous le signe du taureau -"bullish"- ou orienté à la baisse - sous le signe de l’ours, "bearish"), sont entrées dans le langage courant. Si les historiens se disputent sur leur origine, celles-ci proviennent probablement de la manière d’attaquer de chaque animal : les cornes vers le haut pour le taureau, les pattes vers le bas pour l’ours.
Les colombes contre les faucons dans les banques centrales
Également couramment utilisés pour désigner les responsables des politiques monétaires, les termes "faucon" et "colombe" caractérisent deux tempéraments opposés chez les banquiers centraux. Pour rappel, les institutions monétaires ont un double mandat : assurer la stabilité des prix et soutenir la croissance économique. Et si la colombe est symbole de pacifisme, le faucon est réputé pour ses qualités de prédateur et son image est prêtée aux acteurs bellicistes du marché. On parle donc de faucon pour désigner un banquier central qui se préoccupe exclusivement de l’inflation quand une colombe, plus conciliante, est partisane d’une politique économique plus accommodante, privilégiant la croissance et l’emploi.
Si ses deux prédécesseurs à la tête de la Fed (Ben Bernanke et Janet Yellen) étaient considérés comme des colombes, Jerome Powell est pour sa part un drôle d'oiseau. "Ni faucon, ni colombe", selon l'ex-président de la Fed de Dallas Richard Fischer qui a travaillé avec lui et le qualifie plutôt comme un "pragmatique" ou un "centriste consensuel". Un exemple typique de faucon est le patron de la Bundesbank Jens Weidmann, qui prône –dans la droite ligne de ses prédécesseurs- une stricte séparation de la politique monétaire et de la politique budgétaire, ce qui en fait le héraut d’une certaine orthodoxie monétaire à l’heure des politiques toujours plus accommodantes.
Les investisseurs, des moutons, des tortues ou des cochons?
Outre les animaux précédemment évoqués, de nombreuses autres espèces -qu'elles désignent un type d'action ou un profil d'investisseur- peuplent les marchés financiers. Les "poulets", par exemple, caractérisent les investisseurs qui craignent les marchés actions et ne prennent aucun risque dans leur stratégie d'investissement, privilégiant les obligations ou les titres d'État. Contre-intuitivement, les "moutons" ne copient pas les stratégies d'autres opérateurs mais s'en tiennent à une stratégie, qui ne varie pas quelles que soient les conditions de marché. Toujours dans la basse-cour, les "cochons" sont des investisseurs impatients, disposés à prendre de gros risques car cupides et émotifs. Ils ne sont pas dans l'analyse mais toujours à l'affût de bons tuyaux et sont considérés comme les plus gros perdants sur le marché. "Bulls make money, bears make money, but pigs just get slaughtered" comme le dit un dicton anglo-saxon que l'on pourrait traduire par "Les haussiers font de l'argent, les baissiers aussi mais les cochons se font massacrer".
Et ce n'est pas tout, les marchés abritant une faune très diverse. Pêle-mêle, on y trouve également des "lapins" qui pratiquent le "scalping" en prenant des positions à très court terme, souvent quelques minutes, en permanence à la recherche de nouvelles opportunités d'arbitrage. À l'opposé des lapins, on a les "tortues", des investisseurs lents à acheter, lents à vendre et qui prennent des positions à long terme tout en réalisant le moins d'opérations possibles. Une image qui irait plutôt bien au financier Warren Buffett, capable de tenir des positions pendant plusieurs décennies.
Les fluctuations des marchés à court terme ne les intéressent pas, contrairement aux tendances de fond. Quant aux "autruches", en cas de conditions de marché défavorables, elles enfouissent leur tête dans le sable, espérant que leur portefeuille ne sera pas trop durement affecté. Ce type d'investisseur ignore les actualités négatives dans l'espoir que cela finisse par passer sans impacter de manière trop négative leurs investissements. Concrètement, les "autruches" pensent que si elles ne suivent pas leur portefeuille, celui-ci peut survivre aux tempêtes boursières d'une manière ou d'une autre et en sortir intact.
Un "canard boiteux", une expression déjà utilisée au XVIIIe siècle
Parmi les derniers animaux que l'on peut croiser sur une place boursière, les "cygnes" pour l'acronyme "SWANs", sont des actions qui permettent à un investisseur de "Sleep Well At Night", de dormir sur leurs deux oreilles. Les "cerfs" sont pour leur part à la recherche d'opportunités et se concentrent plus précisément sur les introductions en Bourse. Ces "IPO stag" achètent les actions émises dans le cadre d'une IPO pour les revendre dès la première cotation, misant sur une forte hausse du cours du titre en question dans les premiers échanges.
Les "loups" caractérisent des investisseurs puissants qui n'hésitent pas à mettre leur éthique de côté pour réaliser des profits sur le marché. Comme son nom le suggère, un "canard boiteux" définit un investisseur qui subit de lourdes pertes. L'expression, parmi les plus anciennes, était déjà utilisée sur le London Stock Exchange vers la moitié du XVIIIe siècle. Enfin, une "baleine" est un investisseur dont la taille est tellement importante que les positions qu'il prend sur un actif donné font bouger les cours. Un investisseur lambda peut réaliser des profits conséquent s'il suit la bonne baleine.