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Ces entreprises que le fonds Muddy Waters a accroché à son tableau de chasse

dimanche 9 mai 2021 à 07h00
Carson Block, le fondateur de Muddy Waters Capital

(BFM Bourse) - Connu pour attaquer des entreprises dont il estime qu'elles s'arrangent un peu trop avec la réalité, voire qu'elles dissimulent des pratiques malhonnêtes, le fonds new-yorkais peut se prévaloir d'avoir contribué à la chute d'une dizaine d'entreprises comme Sino-Forest ou plus récemment NMC Health.

Les griefs de Muddy Waters pèsent en Bourse. Le fonds se vante de faire un travail de remise en cause de perspectives parfois trop belles pour être crédibles communiquées par certaines sociétés, voire de percer à jour une comptabilité carrément malhonnête. Un travail de "due diligence" parfois ingrat que les investisseurs, abreuvés de liquidités, négligent trop souvent à ses yeux. Mais qui peut rapporter par le mécanisme de la vente à découvert (voir notre dossier sur le sujet ici). Une pratique toutefois à haut risque puisque le fonds "short" peut subir une perte virtuellement illimitée si son analyse est démentie par le marché et que le cours de la société qu'il juge surévaluée continue à progresser.

À ce jeu, qui nécessite de solides convictions et une assise financière confortable pour résister à un éventuel "short squeeze", Muddy Waters affiche un "tableau de chasse" qui n'est pas négligeable. À la suite de ses analyses, une dizaine d'entreprises cotées ont été retirées de la cote ou se sont vu imposer des sanctions par le régulateur boursier compétent.

Son premier fait d’armes remonte à 2010. Rapport détaillé à l'appui, le fonds de vente à découvert affirme que les revenus, les bénéfices et le montant des actifs d'Orient Paper, un fabricant chinois de papiers de spécialité, ne sont en réalité qu'une petite fraction de ce qu'affirme l'entreprise, cotée au Nasdaq. Après avoir démenti, la firme avait fini par transiger pour éteindre les plaintes des investisseurs sans avoir à reconnaître de malversation... tandis que ses résultats publiés au titre des suivants exercices avaient justement fondu comme peau de chagrin. Renommée IT Tech Packaging, pour essayer de mettre cette histoire derrière elle, la firme est toujours cotée mais n’est plus aujourd’hui qu’une micro-capitalisation à Wall Street.

Le cabinet EY impliqué dans le scandale Sino-Forest

Mais le plus connu des "trophées" de Muddy Waters est Sino-Forest Corp, une autre société chinoise cotée à Toronto cette fois. Après la publication en 2011 d’un rapport incendiaire, dénonçant une fraude massive à tous les étages, cette société d’exploitation forestière a perdu 6 milliards de dollars de capitalisation avant que le régulateur ne suspende l’action. La firme a déposé son bilan l’année suivante, tandis que le gendarme canadien des marchés a inculpé ses dirigeants pour avoir massivement exagéré le montant de ses actifs et berné les investisseurs. Le cabinet d’audit Ernst & Young (devenu depuis EY), attaqué par des investisseurs lésés pour n’avoir pas détecté la fraude dans les états financiers, a depuis versé plus de 100 millions de dollars afin d’éteindre les poursuites.

Autre exemple, en septembre 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine condamne la société de publicité Focus Media Holding et son PDG à 55,6 millions de dollars d’amende pour fraude et déclarations trompeuses – dont les pratiques avaient été dénoncées dès la fin 2011 par Muddy Waters. Cette société chinoise, qui avait été la première de son secteur à entrer au Nasdaq, a quitté depuis la cote américaine.

Des milliards de dettes non déclarées

Plus récemment, en 2019, Muddy Waters a rendu publique son analyse de NMC Health, entreprise basé à à Abu-Dhabi, supposément le principal opérateur privé d’établissements de soins des Emirats Arabes Unis, coté à Londres. Le fonds dirigé par Carson Block a soulevé de sérieux doutes quant à la valeur de ses actifs, sa position de liquidités et de dette. Peu après, NMC Health a reconnu qu'il n'avait pas déclaré plusieurs milliards de dollars de dettes. Le groupe a été exclu de l’indice FTSE 100 puis placé sous administration judiciaire et retiré de la cote britannique.

En 2020, le fonds a également accusé la société chinoise de cours particuliers –un secteur très en vogue- GSX Techedu d’être une "quasi-complète escroquerie" ("near total fraud"). D’après Muddy Waters au moins 70% des clients qu’elle revendique sont imaginaires, si ce n’est 80%.

Au total, à ce jour parmi les entreprises visées par le fonds, huit ont été retirées de la cote (RINO International, China MediaExpress, Duoyuan Global Water, Sino-Forest, NQ Mobile, Huishan Dairy, Superb Summit et NMC Health) et deux (Focus Media Holding et China Zhongwang) ont fait l’objet de sanctions des autorités boursières compétentes.

En France, Muddy Waters Capital s’est d’abord fait connaître en stigmatisant l’endettement du principal actionnaire de Casino Guichard-Perrachon dès 2015, soit quatre ans avant que la cascade de holdings contrôlant le groupe (dont Rallye mais aussi Foncière Euris, Finatis et Euris) ne soit placée en procédure de sauvegarde en vue d’un rééchelonnement de sa dette.

Plus récemment, le spécialiste de la vente à découvert a pris pour cible Solutions 30 en mai 2019, puis a indiqué souscrire à l’essentiel des conclusions d’un rapport anonyme publié en décembre 2020 à l’encontre de la société mettant non seulement en cause la fiabilité de ses comptes, mais accusant carrément Solutions 30 d'être lié au blanchiment d'argent. Depuis, le fonds multiplie les accusations, tandis que la firme a demandé à Deloitte (pour coordonner les travaux) et Didier Kling Expertise & Conseil (pour la partie comptabilité) d’investiguer les allégations potentielles de fraude et de blanchiment d’argent. Les cabinets ont souligné "la complexité relative de certaines opérations et le recours à des tiers, appelant à un meilleur contrôle et plus de lisibilité" du reporting de Solutions 30 mais n’ont "pas identifié d’élément permettant de corroborer les allégations de blanchiment d’argent, en lien avec le crime organisé". A la suite des investigations menées par les cabinets Deloitte et Didier Kling, le groupe a aussi procédé à un retraitement de ses comptes 2019, revalorisant de 9,2 millions d'euros le chiffre d’affaires initialement indiqué, mais diminuant de 2,4 millions d'euros l’Ebitda et de 1,1 million d'euros le bénéfice net tels que publiés à l'époque.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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