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Ce qu'il faut retenir des adieux de Mario Draghi à la BCE

jeudi 24 octobre 2019 à 17h49
Le testament de Mario Draghi

(BFM Bourse) - Le conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne a tenu jeudi après-midi la dernière de ses réunions sous la présidence de "Supermario" Draghi. Après huit ans à la tête de l'institution, l'Italien a poliment esquivé quelques questions trop directes sur son bilan et ses relations avec les dirigeants les plus réticents à sa politique accommodante.

Si la dernière conférence de presse de Mario Draghi en tant que président de la Banque Centrale Européenne (BCE) n'a strictement amené aucune surprise (en termes de mesures techniques), le folklore et un brin d'émotion étaient bien réunis, pour la délectation des "ECB-watchers", ainsi qu'on surnomme la cohorte des économistes, gérants et journalistes inexplicablement passionnés par les subtilités de politique monétaire, et dont nous reconnaissons volontiers faire partie.

Patiemment, le président de la BCE, qui laissera donc dans quelques jours son poste à Christine Lagarde, s'est posément prêté au jeu des questions-réponses. En guise d'héritage spirituel, il a essentiellement réaffirmé la nécessité d'avoir engagé l'institution sur un terrain non-conventionnel et en répété son appel à davantage d'intégration budgétaire en Europe.

Bleue comme la cravate du "whatever it takes"

Quelle sera la teinte de la cravate que portera Mario Draghi ? La question (#DraghiTieGuesses, lancée pour la première fois en 2013 par la journaliste devises du FT, Katie Martin) n'a pas manqué de revenir pour cette dernière apparition es-qualité. Rappelons que ce détail vestimentaire constitue parfois un code pour donner des indices sur la communication de la banque centrale (chez Greenspan, l'épaisseur de l'attaché-case jouait un rôle similaire). Et le Milanais n'a pas manqué d'opter pour un bleu vif rappelant la couleur de la cravate qu'il arborait lors des interventions particulièrement marquantes (comme le jour du "whatever it takes"), petit clin d’œil aux habitués de l'exercice.

Dans une ambiance non dénuée d'émotion, le président sortant de la BCE a reçu les voeux de nombreux représentants de la presse au cours des échanges suivant la lecture de la décision -statu quo pour mémoire et confirmation de l'entrée en vigueur des mesures prises en septembre. "Je voulais souligner qu'alors que mes amis me disent que suivre la politique monétaire doit être ennuyeux, cela n'a jamais été le cas avec vous et j'ai beaucoup appris", a notamment résumé une journaliste italienne. "C'est toujours un enjeu, essayer de ne jamais se montrer ennuyeux", lui a-t-il répondu.

En retour, Mario Drahi a adressé ses remerciements à la presse. "Vos interactions ont été essentielles", a-t-il déclaré au parterre de journalistes européens. "Et franchement vos questions approfondies ont stimulé l’évolution [de la communication de la BCE] vers une plus grande transparence et une plus grande sincérité par rapport à ce qu’était la communication des banques centrales il y a une vingtaine d’années. Aujourd'hui plus personne ne pourrait dire 'si vous ne m’avez pas compris, vous êtes stupides'", a expliqué Mario Draghi. Une allusion transparente à la phrase dédaigneusement lâchée par Alan Greenspan (qui resta à la tête de la Fed pendant près de 20 ans) suggérant à ses interlocuteurs que s’il leur avait semblé particulièrement clair, c’est qu’ils avaient probablement mal compris ses propos.

Un rythme de créations d'emplois proche de celui des Etats-Unis

Des regrets quant à ses huit années ? "Comment juger le passé ? De toute façon vous ne pouvez pas changer le passé - à moins d'être historien", a plaisanté l'économiste. Manière de dire qu'il ne fallait pas compter sur lui pour revendiquer un bilan, fût-ce celui de sauveur de l'euro.

Rappelons donc avec Stéphane Déo, stratégiste à La Banque Postale Asset Management, que la zone euro a créé plus de 11 millions d’emplois depuis 2013. Le rythme de créations d’emplois est d’ailleurs similaire, depuis 2015, à celui observé aux Etats-Unis, a rappelé le stratégiste. Et si la politique monétaire n’est qu’une variable du problème, on peut dire toutefois que la BCE n’a pas cassé la croissance, selon Stéphane Déo.

De quoi Mario Draghi s'estime donc le plus fier ? "S'il y a une chose dont je suis fier, c'est la façon dont le conseil des gouverneurs et moi-même avons constamment poursuivi notre mandat. De cela, collectivement, nous pouvons être réellement très fiers". Le président a également loué la qualité du travail mené au quotidien par les équipes de la BCE, "principal ingrédient du succès de notre politique et du changement opéré par la BCE standard".

Confiance réaffirmée envers les compétences de Christine Lagarde

La présidente du Fonds monétaire international, qui prendra la présidence de la BCE officiellement le 1er novembre, a assisté (sans prendre part aux délibérations) à ce dernier conseil des gouverneurs de Mario Draghi, et ce dernier en a profité pour rappeler tout le bien qu'il pensait d'elle. "Elle n'a nullement besoin de mes conseils", a-t-il assuré en louant son expérience de l'économie internationale.

Enfin, s'il était un voeu à formuler par le président sortant, c'est sans surprise celui d'une plus grande intégration budgétaire dans la zone euro (même s'il "n'oserait jamais évoquer la situation budgétaire d'un pays en particulier", chacun ayant compris qu'il évoquait le surplus allemand). Une unité pour laquelle il a milité pendant ces huit années, mais qui n'a progressé qu'à pas comptés malgré la mise en place d'un mécanisme de solidarité qui a permis de stopper l'effondrement de la Grèce.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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